Parti Communiste International

 
 

LA CLASSE OUVRIÈRE IRAKIENNE ET LA FARCE ÉLECTORALE

(Avril 2005)





Finalement, malgré le tragique bilan d’attentats, de morts et de blessés pour la population irakienne, les élections ont eu lieu.

Farce électorale, mais comme partout en Europe, ou aux États-Unis!

La bourgeoisie impérialiste, en particulier celle américaine, voudrait étendre le «crétinisme parlementaire», qui lui a si bien réussi dans sa domination politique du prolétariat occidental, au prolétariat irakien, et si possible à l’ensemble des masses opprimées du tiers monde, où la situation, sous la pression démographique et la crise mondiale du capitalisme, devient toujours plus explosive.

Le caractère timoré propre aux petits bourgeois combiné à l’abrutissement démocratique font écrire aux journalistes, que même si la guerre n’a pas imposé la paix et qu’elle a ruiné l’économie, par ses destructions d’habitations, d’hôpitaux, d’écoles et d’usines, et si même elle a réussi à faire de l’essence une denrée rare dans un pays grand producteur de pétrole, sans parler des privations d’eau et d’électricité, au moins elle a donné un avant goût de ce qu’est la liberté et apporté avec elle la Démocratie!

Mais le grand cirque électoral, après un refus dans un premier temps de la part de l’impérialisme américain, est ressorti pour mieux organiser la division ethnique et religieuse, en la sanctionnant et en la formalisant par le mécanisme démocratique. Sans parler des multiples marchandages entre les différentes bourgeoisies irakiennes qui ont la perspective de pouvoir mettre la main sur les leviers du pouvoir, même au prix d’une soumission à l’impérialisme américain, alors qu’elles en étaient écartées jusqu’alors au profit de celle sunnite.

D’autres attentats sanguinaires feront la démonstration, que les «libérateurs» doivent encore apporter la «civilisation moderne» dans un pays «arriéré», dominé par l’affrontement entre clans, tribus et factions religieuses fanatiques, et qui ne connaissent pas les bonnes manières et le caractère civilisé du parlementarisme.

Là se trouve un double mensonge : l’Irak n’est pas un pays arriéré, ni du point de vue économique, ni du point vue politique. L’on n’ a plus à faire à une société pré bourgeoise, comme au temps de Bonaparte, lorsqu’il débarqua en Égypte.

Les «libérateurs» américains ont substitué à une dictature, qui voulait jouer avec trop de cartes à la fois, une dictature démocratique, mais toute aussi féroce et odieuse.

En 1958, la bourgeoisie irakienne, suivant l’exemple de la bourgeoisie égyptienne, renversa la monarchie filo-britannique du roi Hussein, et s’empara du pouvoir. S’initia un processus de modernisation capitaliste, qui en émarginant le clergé, conduisit le pays dans les années soixante, entre coups d’état et répression féroce, au statut de puissance régionale. L’Irak jouissait d’une rente pétrolière, mais aussi d’un potentiel agricole et industriel non négligeable.

Le Parti Communiste irakien, d’inspiration moscovite, apparu dans les années trente, devint à la fin des années cinquante, une des forces politiques majeures du pays. Suivant la politique de Moscou, il s’aligna sur la bourgeoisie irakienne, contribuant ainsi à couillonner et à dévier un mouvement social de classe particulièrement robuste. Les gouvernements bourgeois successifs, remboursèrent cette fidélité (manoeuvre aujourd’hui classique, que l’on pense entre autre à l’Indonésie dans les années soixante, ou auparavant à la Chine de Chang Kai Chek) par la persécution de ses militants. Incarcérés et massacrés par centaines, sinon par milliers, dans les dernières décennies, surtout par le régime baasiste. Aujourd’hui, la bourgeoisie américaine retient utile de soutenir le Parti «communiste irakien», qui à Bagdad est l’un des principaux partis du nouveau parlement. En retour ce dernier assure ses nouveaux patrons de sa neutralité.

Malgré la répression, le prolétariat et les masses pauvres continuèrent à opposer une résistance et à maintenir un minimum d’organisation dans l’industrie. Et à l’aube de la guerre contre l’Iran de nombreuses grèves furent organisées. L’un des motifs de cette guerre, puis de celle contre le Koweit fut la recherche d’un moyen de contenir le mécontentement et l’exaspération des masses envers le régime. Suivant en cela la leçon apprise auprès des bourgeoisies occidentales, décrépites, mais parfaitement démocratiques, il s’agissait de ramener la paix sociale, au prix d’un bain de sang, comme la guerre de 1914, ou mieux celle de 1939, l’ont parfaitement montré.

Le parti baasiste, malgré ses origines laïques, a utilisé et avivé les divisions tribales, ethniques (kurdes et arabes) et religieuses (schites et sunites) pour se maintenir au pouvoir. S’appuyant presqu’ exclusivement sur la bourgeoisie sunnite, il a exclu de l’administration publique les Schites. Il a persécuté les Juifs, les contraignants à quitter le pays et il a repoussé les Kurdes vers les confins turques.

Ce faisant la bourgeoisie sunnite, tout en cherchant à maintenir sa suprématie, au détriment des autres bourgeoisies, a aussi cherché, par ce moyen à diviser les masses opprimées et le prolétariat. Cependant, bien que contraint à agir dans la clandestinité, ce dernier a su préserver ses traditions de classe et ses sentiments internationalistes, comme l’a démontré son opposition aux guerres passées et comme le démontre aujourd’hui la renaissance de syndicats et d’associations prolétariennes qui, en opposition aux différents clergés, transcendent les divisions ethniques ou religieuses.

A la lumière des luttes passées, on peut espérer que le prolétariat irakien aura assez d’expériences pour comprendre que l’adjectif «démocratique» ne change pas la nature des rapports de classe et de l’État, des rapports de soumission entre les classes et qu’il ne diminue en rien l’exploitation du travail salarié de la part des classes dominantes, bien au contraire.

A l’inverse la soi-disant résistance irakienne, si chère à certains mouvements de gauche, se garde bien de porter à la lumière ces rapports de classes. Masquant derrière l’étendard de l’islam ses intérêts bourgeois, elle espère entraîner une partie des couches déshéritées qui lui serviront de chair à canon. Tout en manifestant un réel mépris pour les masses et une haine féroce de tout ce qui est révolutionnaire et communiste. Sur ce terrain, qui est celui du non dit, elle se retrouve avec la bourgeoisie américaine, où elles se comprennent à mi-mot.

Le mouvement islamique est composé de différents groupes terroristes pas forcément reliés entre eux. L’une des figures emblématique est celle d’Abou Moussad Zarquaoui qui a fait allégeance aux groupes Al-Qaida. Ces derniers, lorsqu’ils étaient basés en Afghanistan, étaient financés par les services secrets Pakistanais et maintenaient des liens étroits avec la péninsule arabique d’où provenaient des fonds.

Lorsqu’elle ne s’inspire pas de la Sharia (la «république théocratique», avec en annexe ses salles de tortures, peut constituer une «bonne» forme de gouvernement bourgeois), la «résistance» se réfère à la tradition nationaliste et laïque du parti Baas. Le gros de cette tendance est constitué des anciens militaires et cadres du régime de Sadam qui ont tous perdu leurs privilèges à la suite de leur licenciement par la bourgeoisie américaine, et qui ont dû se réfugier en Syrie, où ils y seraient environ au nombre de 400 000. Leur financement provient en partie de l’Iran, qui soutient aussi le Hezbolla au Liban.. La propagande laïque et «démocratique» de ce dernier courant fait levier sur les illusions petites bourgeoises et n’a pas d’autre but que de détourner le prolétariat de ses buts de classe et de sa nécessaire organisation autonome, afin de préparer sa soumission et éventuellement sa répression, comme le parti Baas l’a déjà fait dans le passé. Et ceci à une époque où la lutte pour l’indépendance nationale avait effectivement un sens, ce qui n’est même plus le cas aujourd’hui.

Il est possible que le gouvernement qui sortira des élections, après bien des marchandages pour la répartition des «portefeuilles», réussisse à s’entendre avec une partie de la résistance. Un processus, qui à ce qui paraît serait déjà en cours, sur la base d’un retrait graduel des troupes étrangères et d’un assujettissement aux revendications impérialistes, en contre partie d’un partage de la main mise sur les richesses du pays, le tout évidement et comme toujours sur le dos du prolétariat des villes et des campagnes.

Cette solution ne dépend évidemment pas de la volonté de ces partis, mais des accords entre puissances impérialistes. Accords qui passeront au dessus de leurs «têtes» et auxquels les différents partis «nationalistes» devront se plier.

Ainsi la directive que doit se fixer le prolétariat en Irak est claire :

Pour que le prolétariat irakien évite de tomber dans les multiples pièges tendus par la bourgeoisie, et tende vers une affirmation socialiste toujours plus claire, il est indispensable qu’un parti, qui s’appuie fermement sur la doctrine séculaire du marxisme révolutionnaire, prenne la tête des luttes sociales et encadre les organisations syndicales.
Encadrées et guidées par un tel parti, dont la doctrine communiste internationaliste est invariante depuis «le manifeste du parti communiste» de 1848, les masses prolétariennes d’Égypte et du Proche Orient pourront imposer avec force et détermination leurs objectifs de classe, qui sont les mêmes que ceux du prolétariat mondial.