Parti Communiste International
 
LE COURS DU CAPITALISME MONDIAL
( R.G. Turin 27-28 mai 2017)

 

ETAT DE LA PRODUCTION INDUSTRIELLE MONDIALE

Afin de donner une vue d’ensemble du cours du capitalisme mondial depuis la grande récession de 2008-2009, nous rapportons deux tableaux. L’un, contenant les incréments annuels de la production industrielle depuis le dernier maximum atteint, l’autre indiquant le niveau actuel de la production par rapport à ce maximum. L’année correspondante au maximum atteint par la production industrielle, lors du cycle précédent, est généralement l’année 2007 ou 2008. Lorsque l’année de référence diffère, elle est indiquée entre parenthèse à côté du nom du pays. Toutes ces données sont calculées à partir des indices de la production industrielle fournis par la base de donnée de l’ONU. Sauf pour la Chine qui ne respecte pas la méthodologie définie par l’ONU et qui est traitée à part.

(ONU) INCREMENTS ANNUELS
2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016
ETATS-UNIS 2,8 -3,3 -11,2 6,1 3,2 3,0 2,1 3,0 0,4 -0,8
ROYAUME-UNI 0,4 -3,0 -9,5 2,8 -0,8 -2,8 -0,6 1,5 1,4 1,4
ALLEMAGNE 5,8 0,6 -16,5 11,3 7,0 -0,7 -0,1 1,3 1,5 0,8
FRANCE 1,1 -2,9 -14,1 5,1 2,6 -3,0 0,0 -0,8 1,8 0,3
ITALIE 2,5 -3,2 -18,7 7,0 0,4 -6,0 -3,1 -1,1 1,8 2,0
BELGIQUE 6,6 4,0 -10,2 11,3 3,9 -2,2 0,8 0,8 0,2 4,3
RUSSIE 6,8 0,6 -10,7 7,3 5,0 3,4 0,4 1,7 -3,4 0,6
ESPAGNE 2,3 -7,1 -16,2 0,8 -2,0 -6,3 -1,7 1,6 3,3 1,6
PORTUGAL 0,1 -4,1 -8,3 1,6 -1,3 -5,8 0,8 1,5 2,0 0,4
GRÈECE 2,3 -4,0 -9,3 -5,9 -5,7 -1,9 -3,2 -1,9 1,0 2,1
IRLANDE 5,3 -2,1 -4,5 7,5 -0,4 -1,5 -2,2 21,0 37,1 0,1
JAPON 2,8 -3,3 -21,1 15,1 -2,9 0,6 -0,8 1,9 -1,3 -0,3
CORÈE 6,9 3,4 -0,1 16,3 6,0 1,3 0,7 0,2 -0,6 1,0
INDE 15,5 2,5 5,3 8,2 2,9 1,2 -0,1 2,8 2,4 0,2
BRÈSIL 5,7 3,0 -7,0 10,2 0,4 -2,3 2,0 -3,0 -8,2 -6,6
MEXIQUE 0,6 -1,7 -6,2 5,6 3,3 3,0 0,8 2,9 0,5 -0,2
ARGENTINE 3,0 5,6 0,5 12,5 13,7 1,7 3,5 -0,9 -14,7  

Pour clarifier tout malentendu dans la lecture des tableaux. Prenons l’exemple des Etats-Unis, pour le premier tableau qui indique les augmentations ou diminutions annuelles de la production industrielle: l’on voit qu’en 2009 la production industrielle a chuté de 11,2% par rapport à 2008 et qu’elle a augmenté de 3% en 2014, par rapport à 2013. En ce qui concerne le deuxième tableaux, qui indique la diminution ou l’augmentation de la production par rapport à l’année de référence, l’on peut lire, par exemple pour l’Irlande, que la production industrielle en 2009 a diminué de 6,5% par rapport à 2007, qui est l’année de référence pour l’Irlande, et qu’elle a au contraire augmenté de 59,8% en 2015, toujours par rapport à 2007. Il ne s’agit donc pas là d’une variation annuelle, mais de l’augmentation, ou de la diminution totale par rapport à l’année de référence.

A côté des grands pays impérialistes, comme les Etats-Unis, le Japon, l’Allemagne, la Russie, etc.., que nous suivons régulièrement, on y trouve aussi des pays en développement, comme l’Inde, le Brésil, ou le Mexique, ainsi que de vieux pays industriels comme la Belgique et la Suisse, et des pays d’industrialisation plus récente, mais que l’on ne peut plus considérer comme des pays en développement, comme la Corée du sud, dont le poids industriel est aujourd’hui supérieur à celui du Royaume-Uni ou de l’Italie. On y a ajouté aussi la République d’Irlande pour son dynamisme industriel. Tous ces pays, avec la Chine et quelques autres, font partie du panel de pays que nous suivons depuis plusieurs années afin d’avoir une vue d’ensemble du cours du capitalisme mondial.

Lors de la crise de surproduction de 2008-2009, tous les grands pays impérialistes, à part la Chine, ont été durement touchés: la Russie, le Japon, l’Italie et l’Espagne ont vu leur production industrielle chuter de plus de 20% par rapport au maximum atteint précédemment, tandis que les Etats-Unis, l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni et la Belgique voyaient leur production chuter entre 10 et 16%. Certain pays en développement, comme le Mexique et le Brésil ont vu la leur chuter de 6-7%, ou ont simplement marqué le pas comme l’Inde. D’autres, comme la Chine et la Corée du Sud, qui sont de grands pays industriels et impérialistes au sens de Lénine, mais au capitalisme plus jeune, ont simplement subi un fort ralentissement, avec une chute de la production dans certain secteurs industriels.

(ONU) CHUTE DE LA PRODUCTION
PAR RAPPORT À L’ANNÈE DE REFERENCE
2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016
IRLANDE   -2,1% -6,5% 0,5% 0,1% -1,4% -3,6% 16,6% 59,8% 59,9%
BELGIQUE     -10,2% 0,0% 3,8% 1,5% 2,3% 3,2% 3,4% 7,8%
ALLEMAGNE     -16,5% -7,0% -0,5% -1,3% -1,4% -0,1% 1,4% 2,2%
ETATS-UNIS   -3,3% -14,2% -8,9% -6,0% -3,2% -1,2% 1,8% 2,3% 1,4%
FRANCE   -2,9% -16,5% -12,3% -10,0% -12,7% -12,7% -13,4% -11,8% -11,6%
ROYAUME-UNI -3,3% -6,2% -15,1% -12,7% -13,3% -15,7% -16,2% -15,0% -13,8% -12,6%
JAPON   -3,3% -23,7% -12,2% -14,8% -14,2% -14,9% -13,4% -14,5% -14,8%
RUSSIE -20,7% -20,2% -28,7% -23,6% -19,8% -17,0% -16,7% -15,2% -18,2% -17,6%
PORTUGAL -6,7% -10,5% -17,9% -16,6% -17,7% -22,4% -21,8% -20,7% -19,1% -18,8%
ITALIE   -3,2% -21,3% -15,8% -15,5% -20,5% -23,0% -23,8% -22,5% -20,9%
ESPAGNE   -7,0% -22,0% -21,0% -23,0% -28,0% -29,0% -28,0% -26,0% -25,0%
GRÈECE   -4,0% -12,9% -18,1% -22,8% -24,2% -26,7% -28,1% -27,4% -25,8%
CORÈE     -0,1% 7,8% 7,2% 5,7% 4,7% 3,9% 3,3% 3,0%
INDE   2,5% 3,9% 5,3% 4,7% 4,0% 3,3% 3,2% 3,1% 2,8%
BRÈSIL     -7,0% 2,4% 2,8% -2,3% -0,3% -3,3% -11,3% -17,1%
MEXIQUE   -1,7% -7,8% -2,6% 0,6% 3,6% 4,4% 7,4% 7,9% 7,7%
ARGENTINE 21,4% 28,3% 28,8% 44,9% 64,8% 67,5% 73,5% 71,9% 46,7%  

Tous ont ensuite connu en 2010-2011 une reprise de l’activité industrielle, plus ou moins soutenue suivant les pays, mais assez vive dans l’ensemble: +6,1 et +3,2% pour les Etats-Unis, +11,3 et +7 pour l’Allemagne, +5,1 et 2,6 pour la France, +11,3 et +3,9% pour la Belgique, +15,1 pour le Japon, +16,3 et +6 pour la Corée, etc. Cette reprise a été suivie d’une rechute durant les années 2012-2014. L’on assiste depuis mi 2014 ou 2015, suivant les pays, à une faible reprise qui va en ralentissant. En résumé, l’on a donc eu une double récession, suivie d’une faible croissance.
Les Etats-Unis, n’ont pas suivi ce schéma général. Ils connaissent au contraire depuis la reprise de 2010-2011, une croissance continue, mais qui va en ralentissant, avec un incrément négatif en 2016. Mais on y reviendra un peu plus loin.

Parmi les pays impérialistes, une poignée d’entre-eux, mais non des moindres, a récupéré et dépassé leur maximum de 2007-2008: Les États-Unis, avec une production supérieure à 1,4% à celle atteinte en 2007; l’Allemagne, avec 2,2% et la Belgique avec un remarquable 7,8%!

INDE : CYCLES
1953-1965 1965-1972 1972-2012 2012-2016
7,4% 3,9% 6,1% 1,3%
1953-1972 1972-2016
6,1% 5,6%
Mais tous les autres se trouvent dans les choux, si ce n’est dans les abysses pour certain: -25% pour l’Espagne, -20,9% pour l’Italie, -18,8% pour le Portugal, -17,6% pour la Russie – année de référence 1989, -14,8% pour le Japon – malgré tous les efforts du gouvernement Shinz? Abe et les interventions massives de la banque centrale nipponne, -14,8% pour le Royaume-Uni – dont le maximum précédent remonte en 2000, et -11,6% pour la France.

Parmi les petits pays, l’on trouve, dans le sens opposé, la malheureuse Grèce qui paye un terrible tribu avec -25,8%! A quand le même chiffre pour la Grande Allemagne? Pour bientôt et il sera bien plus terrible!

CYCLES : CORÈE DU SUD
1954 - 1979 25 ans 17,6%
1979 - 1997 18 ans 9,4%
1997 - 2008 11 ans 7,5%
2008 - 2016 8 ans 3,0%
Les pays en développement connaissent soit un fort ralentissement comme l’Inde, ou sont en pleine récession comme le Brésil avec une chute de la production de -17,1% par rapport à 2012. En ce qui concerne l’Inde, dans le tableau suivant l’on a rapporté les incréments annuels moyens pour les cycles moyens et courts. En passant du cycle 1953-1972 à celui de 1972-2016 l’on constate un faible ralentissement: 6,1%, puis 5,6%. Par contre si l’on décompose le cycle moyen 1972-2016 en ses deux cycles courts, l’on constate alors un fort ralentissement de la croissance de la production industrielle, ce qui concorde avec ce que l’on observe avec les autres pays industriels. Ainsi, alors que l’incrément annuel moyen était de 6,1%, pour la période allant de 1972 à 2012, on tombe à 1,3 % pour le cycle suivant, cycle qui n’est pas encore terminé, mais qui approche de sa fin.

L’on constate le même phénomène avec la Corée du Sud, grand pays industriel, mais d’industrialisation récente.

RUSSIE
1920 - 1940 30 ans 20,1%
1940 - 1975 35 ans 8,4%
1948 - 1975 27 ans 10,4%
1975 - 1978 3 ans 5,1% 3,9%
1978 - 1989 11 ans 3,6%
On a décomposé le long cycle 1954-2016 en ses 4 cycles. Chaque cycle commence par le maximum atteint par la production, juste avant la crise de surproduction qui conduit à une chute brutale de la production, et se termine par le maximum suivant, qui précède une nouvelle chute de la production. Comme on peut le voir la décélération est nette. Elle est tout à fait comparable à ce qui s’est passé pour l’URSS, avant son effondrement. Pour permettre à nos lecteurs de faire la comparaison nous rapportons la table de l’URSS.

Pour qui savait lire, l’effondrement de l’URSS était clairement annoncé. Il en est de même non seulement pour la Corée du Sud, mais aussi pour tous les pays impérialistes, dont la trajectoire annonce clairement la venue d’une grave crise de surproduction mondiale bien pire que celle de 1929.

 

ET LES ETATS‑UNIS

Revenons aux Etats-Unis, l’impérialisme dominant, pour y examiner de plus près la trajectoire du capital. On a vu que la production industrielle en 2016 avait dépassé de 1,4% le niveau atteint en 2007. Cependant la croissance en 2016 a été négative.

La production industrielle se compose de 3 grandes branches: la production minière, la production manufacturière et le bâtiment. La croissance de chacune de ces branches est représentée par un indice. L’indice général est la sommation de ces trois indices, après avoir donné à chacun d’entre eux un coefficient qui reflète le poids de chaque branche dans la production générale. Comme le poids de chaque branche change au cours du temps, le coefficient de pondération est régulièrement modifié à chaque changement de base (1).

La production de gaz de schiste aux Etats-Unis a augmenté considérablement à partir du début des années 2000, et celle de pétrole à partir de 2009. Tant et si bien que les Etats-Unis sont devenus le premier producteur de gaz naturel, et de loin, avec 22% de la production mondiale, et sont à peu près à parité avec l’Arabie Saoudite et la Russie pour la production de pétrole: grosso modo environ 13% de la production mondiale pour chacun d’entre eux. Les chiffres diffèrent suivant que l’on se réfère aux données de l’ONU, ou à celles de BP, qui maintient une base de données détaillées pour la production des différentes formes d’énergie.

Alors que la production manufacturière et celle du bâtiment s’effondraient, la production de gaz et de pétrole de schiste s’envolait, si bien que leur coefficient de pondération a été augmenté pour le calcul de l’indice général. C’est ce qui explique qu’en 2016, l’indice est supérieur de 1,4% à celui de 2007. Le coefficient de pondération de l’indice minier, qui comprend le pétrole et le gaz, bien que devant être augmenté, a vu peut-être son poids exagérément augmenté. Bien que la production manufacturière et celle du bâtiment augmentent lentement mais régulièrement, on est toujours au-dessous des sommets atteints en 2007: -52% pour le Bâtiment, et, d’après le rythme de croissance actuel, il faudrait encore 3 ans pour que la production manufacturière rejoigne le niveau atteint en 2007.

Dans le contexte actuel de chute de la production industrielle dans tous les grands pays impérialistes et de fort ralentissement ou de crise dans les pays en développement, qui conduit à une demande de matières premières, et en particulier d’énergie, bien moindre que durant les années 2000, surtout qu’à cette époque la Chine connaissait une forte croissante, il en résulte une surproduction générale et une forte chute des prix. Chute qui se trouve encore accrue par l’augmentation de la production, tant dans le secteur énergétique avec la forte production aux Etats-Unis, que pour les autres matières premières, car nombre de projets commencés durant les années 2000, sont arrivés à terme aujourd’hui, provoquant une surproduction générale et une chute des prix.

Cette surproduction dans le secteur des matières premières minérales et agricoles engendre une guerre commerciale exacerbant la chute des prix. Le résultat dans le secteur énergétique a été la mise en sommeil de nombre de puits, trop coûteux pour être exploités et, aux Etats-Unis, la faillite de nombre de petites entreprises du secteur énergétique, ce qui a conduit – toujours aux Etats-Unis – à un léger fléchissement de la production de pétrole et de gaz en 2016, d’où la baisse de l’indice de la production industrielle.
En complément de nos propos, nous rapportons ici 3 histogrammes et une courbe qui se rapportent respectivement à la production de gaz, de pétrole, à la construction et à la production manufacturière aux USA.

Avec un incrément annuel moyen de 9,4% – qui correspond à la croissance dans le bâtiment en 2015 et 2016 –, il faudrait un peu plus de 8 ans pour que le bâtiment retrouve son niveau de 2004!

Si l’on se réfère à la croissance annuelle de 1,1% de 2015, il faudrait encore 3 ans pour rattraper le maximum atteint en 2007.


Passons maintenant à la Chine!

Lorsque l’on se réfère aux indices de la production industrielle de l’annuaire de la Chine populaire, on constate un net ralentissement de la croissance industrielle. Si la croissance dans les années 2000 caracolait entre 12 et 15%, cette dernière est tombée à 6% en 2016. Soit une chute de plus de la moitié. Le ralentissement est très net depuis la crise mondiale de 2008-2009. Toutefois l’on sait que ces chiffre sont surévalués et cela est dû à la méthodologie utilisée par l’institut de la statistique chinoise pour construire ses indices. Alors, pour avoir une vue plus juste de la réalité, nous nous référons à la production physique de branches clefs, comme la production de ciment, d’acier, la construction des logements, la production d’électricité et notamment la consommation d’énergie par l’industrie.

Toutes ces branches de la production nous montrent le même phénomène: une forte croissance industrielle entre 2000 et 2007, puis un fort ralentissement en 2008, suivi d’une reprise en 2009, et depuis lors un ralentissement général, quasi régulier de la croissance de la production, pour aboutir à une chute de la production en 2015, suivi d’une reprise en 2016. Pour illustrer notre propos nous rapportons d’abord deux courbes qui concernent la production d’énergie et la consommation d’énergie.

Comme l’énergie concerne toutes les branches de la production matérielle, ces courbes ont l’avantage d’être plus générales.Sur ces deux graphiques l’on voit très bien la courbe en cloche, que l’on retrouve aussi pour la production de l’acier, du ciment ou de l’électricité et pour la construction de logements, et qui correspond à la fulgurante croissance de la production industrielle en Chine pour la période 2000 – 2007.

On constate aussi le fort ralentissement de 2008 – 2009 et la non moins forte reprise en 2010, suivie ensuite par une nette décélération de la croissance industrielle. A la différence des autres branches citées, l’on n’a pas une chute de la production ou de la consommation en 2015, mais un net ralentissement ou même un arrêt de la croissance pour ce qui est de la production. Un autre point à souligner, c’est la chute de la production d’énergie en 1998 et le fort ralentissement de sa consommation en 1998-1999. Ce pic vers le bas correspond à la Crise asiatique de 1998-1999; crise qui a gagné la Russie – l’État russe a dû se déclarer insolvable – puis l’Amérique Latine, et notamment l’Argentine, où la crise fut particulièrement terrible et qui a conduit l’État argentin à la faillite.

L’inconvénient de ces deux courbes c’est qu’elles ne se rapportent pas seulement à la consommation industrielle, mais qu’elles concernent aussi bien la consommation d’énergie par l’industrie, que par l’agriculture, les services et les ménages. Cependant nous allons affiner notre analyse avec deux autres courbes qui représentent la consommation d’énergie par l’industrie chinoise.

La période couverte est plus courte car l’institut de statistique chinois se fait là plus avare. Mais la tendance de la production industrielle y est clairement montrée et avec elle, le cours de l’accumulation du capital en Chine.

De 6,1 %, l’incrément annuel de la consommation d’énergie par l’industrie tombe à 2,7 % en 2012, pour diminuer régulièrement de 2012 à 2014. Il est dommage que nous n’ayons pas les chiffres des années suivantes. Mais ce n’est sûrement pas par hasard que l’annuaire 2017 ne nous les donne toujours pas ! Ces incréments, bien plus faibles que ceux officiels de la production industrielle chinoise, sont le vrai reflet de la croissance industrielle en Chine. C’est-à-dire que, au lieu d’avoir +6 % en 2016, la croissance réelle est vraisemblablement plus proche de 1 % !

Et ceci malgré tous les efforts de l’État chinois et de sa banque centrale pour stimuler l’accumulation du capital, en ouvrant en grand les vannes du crédit, tant pour les entreprises que pour les particuliers, notamment pour l’accession au logement, et en investissant massivement dans les grands travaux d’infrastructure. On voit que la fin est très proche.

En complément nous rapportons une seconde courbe de la consommation d’énergie par l’industrie. Cette courbe couvre une période de temps un peu plus longue – 1995-2014 – par intervalle de temps de 5 ans. A chaque intervalle de 5 ans correspond l’incrément annuel moyen de la consommation d’énergie.

On y retrouve, pour l’année 2000 la pointe vers le bas, qui correspond à la crise asiatique, la forme en cloche qui exprime la formidable croissance industrielle entre 2000 et 2007, puis le ralentissement régulier de la croissance industrielle

Pour compléter ce tableau du cours du capital en Chine, nous conclurons par un histogramme qui représente l’endettement total en Chine en pourcentage du PIB. Il s’agit aussi bien de l’endettement public, celui des régions, qui est devenu très important, que de celui privé et qui regarde les entreprises et les ménages. Ces données ont été calculées par une grande banque suisse qui exerce aussi ses activités en Chine.

Comme on le voit, aussi dans ce domaine, la Chine rattrape toutes les grandes nations impérialistes, et ce d’autant plus, qu’une bonne partie des crédits provient du shadow banking et échappe donc à toute comptabilité et tout contrôle. Ce qui fait que l’endettement réel est probablement supérieur à ce qu’a calculé la banque suisse.En Chine, comme ailleurs, l’accumulation du capital conduit tout droit vers une formidable crise de surproduction, crise qui sera à la mesure de l’accumulation de ces trente dernières années. Alors plus rien ne pourra arrêter la crise de surproduction à l’échelle mondiale.

 

RAPIDE TOUR D’HORIZON DU COMMERCE INTERNATIONAL

En volume, le commerce mondial entre 2000 et 2007, au sortir de la crise de 2001-2002, a crû à un rythme particulièrement soutenu, dépassant la plupart du temps les 10 %. En dollars courant la croissance était encore plus forte. Cependant il faut se souvenir qu’avec les délocalisations à outrance et la sous traitance, plus aucun produit n’est entièrement fabriqué sur place. La moitié des composants qui entrent dans la fabrication d’un produit est aujourd’hui importée. En outre la fabrication d’un même produit exige, bien souvent, de nombreux aller-retours entre différents pays. Ce qui gonfle artificiellement le commerce en le multipliant par plus de deux

La différence entre les données en volume et celle en dollars courants s’explique par la montée des prix des matières premières minérales et agricoles et surtout énergétiques, sous l’effet d’une forte demande, surtout de la part de la Chine. Montée des prix de marché qui a été considérablement amplifiée par la spéculation frénétique de ces années.

Et, comme cela devait arriver, en 2008-2009 on a eu une formidable crise de surproduction qui a entraîné, non seulement une baisse des prix, mais aussi une chute du commerce mondial en volume de -12,6 % et en valeur de -22,6 %.

Cette récession fut suivie en 2010 d’une vigoureuse reprise de 14 % en volume et de presque 22 % en dollars courants. Mais depuis la croissance du commerce mondial ne fait que décliner. Depuis 2012, la croissance en volume reste nettement en dessous des 3 %. La reprise de la production industrielle dans les grands pays impérialistes, depuis 2015, n’a fait que compenser la stagnation et la récession de nombreux pays en développement et le ralentissement en Chine. Si bien que la croissance du commerce mondial en volume a encore ralenti en 2016. Et en dollars courants elle est même devenue franchement négative avec presque -13 % en 2015 et -3 % en 2016. Cette chute en dollars courants est due à deux facteurs. Le 1er, le plus important, c’est l’effondrement du cours des matières premières : de mi 2014 à décembre 2015, le prix du combustible a chuté de 62 %, celui des métaux de 35 % et celui des produits agricoles de 22 % ! Le 2ème facteur a été la remontée du dollar ; puisqu’il faut moins de dollars qu’auparavant lors du change des monnaies locales, les prix exprimés en dollars chutent.

Cette chute du cours des matières premières a entraîné un recul des importations de la plupart des pays producteurs. La récession ou la stagnation des pays en développement, couplée avec le ralentissement en Chine s’est traduite en 2015 par une moindre demande des produits américains en provenance d’Asie, du Moyen-Orient et de l’Amérique latine, et donc par une stagnation des exportations des Etats-Unis. Aggravant d’autant le déficit commercial chronique des Etats-Unis.

Afin que le lecteur se rende compte par lui-même du cours du commerce mondial, nous donnons les courbes pour le commerce en volume et en dollars courant.

 

BILAN DU CAPITAL FINANCIER

Le fort ralentissement de l’accumulation du capital pour tout le cycle, qui va de 1973 à 2007, s’est accompagné d’un accroissement considérable de l’endettement, tant public que privé, et d’une spéculation frénétique sans précédent par rapport au cycle 1950-1973. A tel point que l’endettement dans tous les grands pays industrialisés, y compris la Chine, dépasse aujourd’hui celui atteint aux Etats-Unis à la veille de la grande dépression de 1929-1932. 1932 étant l’année où l’indice de la production industrielle avait touché son point le plus bas après une chute de la production de 43 %!

La spéculation est d’autant plus frénétique que l’accumulation du capital est ralentie par la chute du taux de profit. Les banques, les compagnies d’assurance, les fonds d’investissement, les fonds de pension, etc.., tous se jettent à corps perdu dans la spéculation plutôt que d’investir dans l’industrie qui rapporte peu. La spéculation ne crée aucune richesse, c’est un jeu de dupe et d’escroquerie où l’on s’accapare de larges fractions de plus-value déjà produite et où l’on rackette l’ensemble de la population en prenant l’argent directement dans leurs poches.

Si l’accumulation du capital est lente par suite de la chute du taux de profit, la masse de marchandises produites par l’industrie est gigantesque et la demande de matières premières nécessaires à leur production est d’autant plus grande. Demande qui se trouve encore accrue par l’accumulation accélérée du capital en Chine et la faim insatiable de matières premières qui l’accompagne. Durant toute la période qui va de 2000 à 2007, bien que la croissance industrielle à l’échelle mondiale reste modeste dans les vieux pays impérialistes, son volume considérable a demandé des ressources en matières premières qui ont nécessité d’importants investissements, tant pour la recherche et l’extraction du pétrole, du gaz naturel, que des métaux. Investissements qui se font sur le long terme et dont les effets se font sentir aujourd’hui alors que la production industrielle mondial est inférieure au maximum qu’elle avait atteint en 2007.

Cette forte demande en matières premières a favorisé la spéculation, tirant les prix vers le haut. Les spéculateurs en matières premières, qu’il s’agisse de céréales, de métaux ou de ressources énergétiques, les achètent en grande quantité, souvent à terme, c’est-à-dire avec un payement différé, par exemple de 3 mois, et, sachant que la demande est forte, provoquant une pénurie passagère, attendent que les prix montent avant de revendre avec un substantiel bénéfice. C’est ainsi que le prix du pétrole a pu dépasser les 150 dollars le baril et que les céréales ont vu leur prix flamber en 2007-2008, aggravant la pénurie et la famine. Et ce racket est organisé en tout légalité avec la bénédiction des Etats qui sont là uniquement pour défendre les intérêts de la grande bourgeoisie.

La même spéculation s’est portée sur l’immobilier, mais aussi sur les titres en tout genre. On achète des titres – des obligations, des actions, etc.., qui ne sont rien d’autre que des prêts avec intérêts – non pas tant pour ce que leur intérêt rapporte, mais simplement dans la perspective de voir monter leur prix et donc de les revendre plus cher. On emprunte même pour cela. Et la spéculation est d’autant plus frénétique, comme aujourd’hui, que l’argent n’est pas cher, c’est-à-dire que le loyer de l’argent, l’intérêt est faible.

La technique financière de la titrisation, qui consiste à mélanger des prêts de différentes qualités et de différentes natures, partant du principe qu’en combinant différents prêts l’on réduit le risque – les crédits qui font défaut sont compensés par les autres –, est utilisée aux Etats-Unis depuis le début des années 70. Et les produits dérivés, qui sont des sortes d’assurance contre le risque et qui ont permis aux banques de faire de substantiels profits, sont utilisés depuis le 17° siècle sur les places financières de Londres, Amsterdam et Paris pour les céréales.

Mais à partir des années 90 et surtout durant le cycle 2000-2007, la spéculation va se distinguer par son ampleur, par le montant des volumes et par une créativité tout azimut dans le montage de titres en tout genre. Les banques qui produisaient les titres titrisés les cédaient à des sociétés ad hoc qui se chargeaient de les vendre, les sortant ainsi de leur bilan et transférait le risque à l’imbécile qui les achetait. Les produits dérivés, qui permettent un effet levier important – c’est-à-dire que par rapport à la mise le gain peut être très important, mais la perte tout autant – furent utilisés sur toute sorte de titres. L’avantage du produit dérivé, outre son effet de levier important, c’est qu’il n’est soumis à aucun contrôle et que la banque peut le sortir de son bilan, comme si de rien n’était. Aujourd’hui les produits dérivés détenus par la Deutsche Bank, Barclays, BNP Paribas et la Royal Bank of Scotland représenteraient plus de 20 fois leurs actifs et plus de 300 fois leurs fonds propres. Quand ces monstres vont s’effondrer, cela va faire mal !

Les financiers partent du principe qu’il est possible de calculer mathématiquement les risques des actifs sous-jacents et donc d’effectuer un pari raisonnable. Seulement quand la crise de surproduction arrive, les faillites d’entreprises s’enchaînent et avec elles les impayés, et alors finis les paris, c’est le bouillon !

C’est ce qui arriva fin 2007 et en 2008-2009 !

Au plus fort de l’euphorie l’encours des titres titrisés s’élevait aux Etats-Unis à 7242 milliard de dollars, soit la moitié du PIB américain, et le Dow Jones (le cours de la bourse de New-York) atteignait le 11 octobre 2007, le sommet vertigineux de 14198 points d’indice – 84 % d’augmentation par rapport à septembre 2002.

Mais ce qui devait arriver arriva : Lehman Brothers, la quatrième banque d’investissement américaine, réalise de substantiels profits dans l’immobilier, qui est en plein boom, avec des prêts hypothécaires titrisés. En 2006 son portefeuille de titres hypothécaires s’élève à 146 milliards de dollars, pour un chiffre d’affaire de 19,3 milliards et un résultat net de 4,2 milliards. Toute cette opération est faite avec un effet de levier de 31 % ; c’est-à-dire que ces 146 milliards représentent 31 fois la valeur des fonds propres de la banque, tout le reste a dû être emprunté sur le marché bancaire pour être repr?té. Seulement dès le premier trimestre 2007, les premiers symptômes de la crise de surproduction se font sentir par des défauts de payement des traites concernant les emprunts immobiliers, contraignant la banque à emprunter pour faire face à ses pertes et à ses remboursements. La machine s’emballe, car le nombre de défauts augmente de façon exponentielle, d’autant plus que les prêts sont à taux d’intérêt variables. Le 17 mars 2008, après la quasi-faillite de Bear Stearns, second établissement financier dans les crédits hypothécaires, son titre en bourse dégringole de 48 %. L’agonie durera jusqu’au 13 septembre 2008, après que sa valeur boursière ait dégringolé de 93 % la contraignant à se déclarer en faillite.

Un second mastodonte, AIG, premier assureur mondial dont les actifs dépassaient 1 000 milliards de dollars (2), peu après la faillite de Lehman Brothers, a été sauvé de peu par l’État américain grâce à un apport de fonds publics de 182 milliards. Sans cette intervention, c’est tout le système financier international qui, par effet domino, risquait de s’effondrer.

Les titres boursiers s’effondrèrent et le Dow Jones touchera son niveau le plus bas le 9 mars 2009 avec un indice à 6457 points : une dégringolade de 54 % dépassant celle de 1931 (-52,6%).

Que la valeur des titres monte ou dégringole, le pays n’est pas plus riche ou plus pauvre avant qu’après. Si un promoteur immobilier achète un immeuble dont la construction a coûté 1 million d’euro et, que par suite de la spéculation immobilière, son prix gonfle à 100 millions d’euro, le pays n’en est pas plus riche, la richesse produite n’a pas bougé d’un iota. Cependant, si ce même promoteur vend l’immeuble au prix de 100 millions, il empoche un substantiel bénéfice qui lui permet de s’accaparer pour 100 millions de richesses qui avaient été produites auparavant: on a simplement un transfert de plus-value qui était en possession de l’acheteur dans la poche du vendeur. Par contre si l’immeuble, à la suite d’une récession voit son prix s’effondrer tombant nettement en dessous du million, le prometteur perd sa mise de fond. Il en va de même pour tous les titres et leur valse de prix. Toute cette spéculation permet simplement à toute une couche de parasites de vivre dans le luxe aux frais de la princesse, en l’occurrence à ceux du Prolétariat. Mais il s’agit de plus-value qui était déjà produite dans le procès de production. A la bourse les bourgeois s’escroquent entre-eux, exactement comme dans une partie de cartes où l’on joue de l’argent. Par contre lorsque la spéculation porte sur les matières premières, comme les céréales, le pétrole, etc.., c’est toute la société qui est escroquée. Et cela peut aller jusqu’à affamer les plus pauvres.

A tous ces parasites nous réservons les travaux forcés.

Les banques centrales du monde entier et les Etats interviendront alors vigoureusement pour éviter un effondrement du système financier et une récession qui aurait été pire que celle de 1929-1931. Quand la crise frappe l’argent se fait rare et devient cher. C’est exactement ce qui s’est passé: les banques cessèrent de se prêter de l’argent; or sans ces prêts quotidiens tout le système financier se trouve paralysé. A cela s’ajouta une fragmentation du marché mondial; pour les banques européennes il devint de plus en plus difficile d’obtenir des dollars pour leurs investissements internationaux. En Europe même, le Nord ne voulut plus prêter au Sud. Alors qu’auparavant le marché européen tendait à s’unifier, chacun se replia sur son marché national.

Les Etats s’endettèrent pour sauver leurs banques au point qu’une partie d’entre-eux furent contraints à la faillite ou se retrouvèrent dans une situation de quasi faillite.

L’intervention énergique des banques centrales – La FED, the Bank of England, la BCE, la Banque of China – permit d’éviter l’effondrement du système financier, soit en rachetant pour des milliards de titres – des bons du trésor et des hypothèques – soit en prêtant à des taux voisin de zéro des centaines de milliards aux banques, voire même pour les plus «malades» en les nationalisant comme au Royaume-Uni. Progressivement l’argent se remit à circuler et les Etats qui n’arrivaient plus à emprunter sur le marché à un taux raisonnable, purent le faire de nouveau auprès de leurs banques nationales qui s’étaient auparavant renflouées auprès de la banque centrale.

Les banques centrale purent d’autant plus prêter de l’argent, ou acheter des titres, que les banques créditrices, qui refusaient de prêter à leur consœurs, versèrent leur surplus sur leur compte courant à la banque centrale. Des milliers de milliards affluèrent ainsi vers les banques centrales.

Le second effet, et non des moindres pour la bourgeoisie, la valeur des titres remonta: après avoir atteint son point le plus bas le 9 mars 2009, le Dow Jones remonta régulièrement pour dépasser son maximum d’octobre 2007, le 8 mars 2014 avec 14413 points d’indice. Aujourd’hui en juillet 2017 il dépasse les 20 000 points! La grande et la petite bourgeoisie ont eu chaud, elles ont vu leur ruine de près. Mais rien n’est perdu, ce sera pour la prochaine fois. Tout de même au passage certains ont perdu leur épargne, ce qui n’est pas un mal.

En Chine les banques, appliquant les ordres de la banque centrale, ouvrirent en grand le crédit. Cette action, couplée à d’importants travaux publics qui mobilisèrent des centaines de milliards de dollars, permit d’éviter une franche récession. L’effet secondaire fut une importante spéculation grâce à l’argent facile et une forte inflation.

L’argent est abondant et pas cher, comme disent les économistes bourgeois. Évidemment on ne le distribue pas dans la rue au premier quidam venu! Mais les Etats peuvent emprunter à peu de frais, d’autant plus qu’il se sont tous lourdement endettés durant la crise. Les grandes entreprises des pays impérialistes, qui ont refait leur trésorerie à la suite des restructurations, empruntent à bon marché, pas tant pour investir, car elles n’ont pas beaucoup de perspectives de reprise, que pour conserver leur trésorerie.

Les Etats et les grandes entreprises des pays en développement, qui à la différence des vieux pays impérialistes, ne connaissaient pas de récession, purent emprunter à bon marché. Car les capitaux nord-américains, européens et japonais qui ne trouvèrent pas à s’employer dans leur continents respectifs s’expatrièrent vers ces pays où le capital continuait à s’accumuler à un rythme soutenu ou du moins honorable. La fête pour ces pays prit fin en 2014, lorsque la FED mit fin à son troisième et dernier quantitative easing. Les taux d’intérêt se mirent à remonter, accélérant la venue de la récession qui commençait à se faire jour dans nombre de ces pays; Brésil, Afrique du Sud, etc.

ENDETTEMENT EN % DEL PIL (BRI)
2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016
PUBLIC
Japon 145,3 149,8 168,5 175,8 189,7 196,6 202,9 210,6 207,9 212,9
Italie 105,3 107,9 120,7 119,5 112,3 130,7 138,6 150,9 152,9 151,3
Belgique 89,9 97,7 105,5 104,0 106,6 116,4 114,8 126,1 123,1 124,2
Royaume-Uni 44,6 54,8 68,5 81,9 95,8 98,2 94,5 105,6 104,9 116,6
Espagne 36,5 41,5 55,2 59,5 69,4 86,2 99,9 112,9 111,6 112,2
France 65,8 71,8 83,2 86,8 90,7 99,8 99,7 108,7 109,0 111,0
Etats-Unis 60,7 71,6 81,5 91,1 99,7 102,5 99,0 101,3 100,1 100,8
Allemagne 63,9 68,0 75,3 84,5 84,3 86,8 81,8 82,2 78,0 75,3
DES ENTREPRISES NON FINANCIÈRES
Chine 96,8 96,3 119,9 120,7 119,9 130,6 140,7 149,9 162,7 166,3
Belgique 122,6 141,0 148,1 135,7 143,0 147,8 149,0 150,5 154,8 163,2
France 103,9 108,9 112,6 111,8 116,8 120,6 118,8 125,8 126,6 128,5
Espagne 124,4 127,5 130,3 132,2 132,3 126,0 120,0 112,6 106,7 101,7
Japon 98,3 103,5 106,7 101,5 101,8 99,8 98,5 97,4 94,4 95,5
Royaume-Uni 83,3 93,9 91,9 86,9 85,5 87,6 82,1 76,3 73,4 76,2
Italie 75,7 78,4 81,1 81,3 79,3 83,4 81,4 80,4 77,6 75,9
Etats-Unis 69,8 72,6 70,4 66,8 66,1 66,7 67,4 68,7 70,7 72,5
Allemagne 55,9 57,0 58,3 55,3 52,6 53,0 54,9 52,6 52,6 53,2
DES MÉNAGES
Royaume-Uni 93,2 94,4 97,0 93,9 91,3 90,1 87,7 85,9 86,3 87,6
Etats-Unis 97,7 95,4 95,7 90,6 86,2 83,2 81,4 80,2 79,2 79,5
Espagne 81,1 81,9 84,0 83,5 81,8 80,6 77,1 72,7 67,8 64,4
Japon 62,9 62,9 65,4 62,5 63,5 62,9 62,8 62,3 61,8 62,5
Belgique 45,7 48,3 50,5 51,5 53,7 54,7 55,8 57,8 58,8 59,4
France 46,5 48,6 52,5 53,7 54,8 55,2 55,6 56,0 56,6 57,4
Allemagne 61,1 59,5 61,8 59,2 57,0 56,3 55,3 54,2 53,6 53,4
Chine 18,8 17,9 23,5 27,2 27,7 29,7 33,1 35,7 38,8 44,4
Italie 38,2 39,1 42,5 43,7 43,8 44,0 43,5 42,7 42,1 41,4
DU SECTEUR PRIVÉ NON FINANCIER
Belgique 168,3 189,3 198,7 187,2 196,6 202,5 204,8 208,2 213,6 222,6
Chine 115,6 114,2 143,3 147,9 147,6 160,3 173,8 185,6 201,6 210,6
France 150,4 157,5 165,2 165,5 171,6 175,9 174,4 181,8 183,3 185,9
Espagne 205,5 209,3 214,3 215,7 214,0 206,6 197,1 185,4 174,5 166,1
Royaume-Uni 176,4 188,4 188,9 180,8 176,8 177,7 169,8 162,2 159,6 163,8
Japon 161,2 166,3 172,1 164,0 165,3 162,8 161,3 159,7 156,2 158,0
Etats-Unis 167,5 167,9 166,1 157,5 152,3 149,9 148,9 148,9 149,9 152,0
Italie 113,8 117,6 123,6 125,0 123,1 127,3 124,9 123,1 119,7 117,3
Allemagne 117,0 116,5 120,1 114,5 109,6 109,3 110,1 106,7 106,2 106,6
Alors où en est-on après presque 10 ans de récession? L’endettement des Etats atteint des sommets comme jamais vu, et à part l’État allemand qui a légèrement réduit son endettement, tous continuent à s’endetter. En moyenne leur endettement, exprimé en pourcentage du PIB de leur pays respectif, est le double de celui des États-Unis à la veille de la grande dépression de 1929 et même le quadruple en ce qui concerne le Japon. L’endettement public des Etats-Unis à la veille de la grande dépression frisait les 54% du PIB.

En ce qui concerne l’endettement, tant public que privé, il faut savoir que suivant les sources, cela varie du simple au double. Par exemple la Banque de France ne tient compte que des emprunts effectués auprès des banques, alors que beaucoup d’emprunts se font aussi auprès d’organismes institutionnels comme les assurances, les fonds d’investissement, les fonds de pension, etc. L’OCDE tient compte de tous les emprunts, mais elle ajoute aussi les charges incompressibles qui ne font pas partie à proprement parler des dettes. Finalement il semble que ce soit la Banque des règlement internationaux (BRI) qui soit la plus proche de la réalité. Aussi nous nous référerons à ses données.

Pour ce qui est du secteur privé, après avoir atteint un maximum en 2009, on constate un léger désendettement, tant des familles que des entreprises non financières. Sauf pour la Belgique et la France où l’endettement privé continue à croître. L’endettement des familles en France s’explique par l’acquisition du logement grâce au crédit dont les taux sont très bas. En 2016 les banques prêtaient en moyenne au taux 1,50% sur vingt ans. Les familles les plus endettées sont les foyers anglo-saxons: 87,6% pour le Royaume-Uni et 79,5% pour les Etats-Unis en 2016, contre un endettement qui varie de 62 à 41% pour les autres pays. A noter l’endettement des familles chinoises qui est de 44% du PIB.

Pour ce qui est des entreprises non financières, il est de 166% en Chine, le niveau le plus haut. Suivi par la Belgique avec 163,2%, puis par la France, 128,5% et l’Espagne 101,7%. Le Japon a un taux d’endettement de ses entreprises non financières intermédiaire avec 95,5%. Les autres se situant en-dessous de 80% du PIB. Ce qui est tout de même considérable. Le moins endetté, pour ne pas nous étonner est l’Allemagne, avec 53,2%.

La contre-partie de cet endettement est la masse de titres qui se trouvent dans les bilans bancaires et dans ceux des organismes institutionnels. Pour ce qui est des banques, le taux de prêts non performants – c’est-à-dire ceux pour lesquels aucun payement n’aurait été effectué depuis plus de 3 mois – en Europe s’élèverait à plus de 1 000 milliards d’euros, dont rien que 349 milliards, ou à peu près, en Italie. Pour ce qui est des autres organismes c’est la boite noire on n’en sait rien.

Or le shadow banking a pris une importance croissante durant ces dernières décennies et ce d’autant plus que les banques sont devenues frileuses à prêter. On estimait le poids du shadow banking fin 2015 à 92 000 milliards de dollars, soit environ 122% du PIB mondial, dont 30 000 milliards pour l’Europe et 26 000 pour les Etats-Unis. Pour la Chine on l’évalue à 8 000 milliards, valeur sûrement en dessous de la réalité, quand l’on connaît les traditions chinoises dans ce domaine. Ces chiffres sont une simple indication, car une bonne partie de l’activité du shadow banking échappe à tout contrôle.

Que cache ce gros mot de «shadow banking», la «banque de l’ombre»? Il s’agit de prêts, comme des crédits à la consommation, par exemple pour acheter une voiture, ou d’investissements sous forme de titres titrisés plus ou moins sophistiqués qui sont accordés ou vendus par des organismes institutionnels non bancaires, comme les compagnies d’assurance vie, les fonds de pensions, les fonds d’investissements, les hedge funds – fonds spéculatifs – et toutes sortes d’organismes de prêt à la consommation. Ce qui les distingue des banques, c’est que n’ayant pas de dépôts, comme les comptes bancaires, ils ne sont pas soumis aux mêmes réglementations que les banques, les contrôles et les contraintes juridiques sont beaucoup plus faibles, voire totalement absents en ce qui concerne les hedge funds, qui bien souvent ont leurs sièges dans les paradis fiscaux.

Le shadow banking est appelé à croître toujours plus, car les banques veulent continuer à prêter et même à spéculer, mais avec le moindre risque possible. Avant la grande récession de 2008-2009 elles sortaient déjà une bonne partie de leurs créances de leur bilan en les revendant à des sociétés ad hoc dont le but était de les revendre à des investisseurs. Cependant elles continuaient à spéculer pour leur compte propre et gardaient dans leur bilan les titres titrisés qui étaient considérés comme les meilleurs. Et ce d’autant plus, que ces titres transformés en produits dérivés, se trouvaient assurés par des sociétés spécialisées dans les produits dérivés comme la compagnie d’assurance AIG. Cette dernière se portait contrepartie pour des Credit Default Swap (CDS) d’un montant de 2700 milliards de dollars pour des banques réparties à travers le monde entier. Cependant quand la récession a frappé, elle fut submergée par l’avalanche de défauts et ne put y faire face. Ce qui contraignit le gouvernement des Etats-Unis à intervenir sous peine de provoquer un choc systémique. La chute du cours des actions qui s’ensuivit fit plonger de nombreuses banques dans le rouge.

Ça tombe bien, car la commission européenne, avec le soutien de tous les Etats européens, veut unifier tous ces marchés d’ici à 2019. A la différence des Etats-Unis qui constituent un marché unique, non seulement du point de vue géographique, mais aussi du point de vue financier, le marché européen est fragmenté. Fragmenté au niveau national, mais aussi entre marché bancaire et non bancaire. Alors qu’aux Etats-Unis, les petites et moyennes entreprises, tout comme les grandes, ont accès à un marché unique qui leur permet d’émettre des obligations tout autant auprès des banques que des organismes non bancaires, cette faculté en Europe est réservée aux seules grandes entreprises. Les PME (petites et moyennes entreprises) et les ETI (entreprises à taille intermédiaires) dépendent du bon vouloir des banques pour leur emprunts.

L’achat massif des bons du trésor et des obligations des grandes entreprises par la BCE vise, en asséchant ces marchés et en portant les taux d’intérêt à des niveaux voisin de zéro, à pousser les investisseurs à investir dans des obligations et des titres plus risqués, comme les obligations des PME et des ETI, mais plus rémunérateurs.

Les épargnants jusqu’ici investissaient dans les titres sûrs, comme les bons du trésors ou les grandes entreprises d’État comme EDF. En France l’épargne des ménages se montait en 2016 à 4841 milliards d’euros, et chaque année se sont 70 à 80 milliards qui sont mis de côtés. En Europe environ 200 milliards au minimum seraient épargnés chaque année. Ce ne sont pas de petites sommes et les Etats européens voudraient en orienter une partie vers l’industrie et en particulier vers les PME et les ETI.

Il est ici intéressant de faire une petite analyse de classe. Les économistes parlent des ménages en général sans distinction de classe. Mais l’on sait qu’en France les 2/3 de l’épargne est détenue par 20% des foyers fiscaux. C’est-à-dire que ces 20% détiennent 3631 Milliards sur les 4841, ce qui fait par ménage, en sachant qu’il y a en France 37,4 millions de foyers fiscaux, 485394 €. On a là affaire à la grande et moyenne bourgeoisie qui détient la plus grande partie de l’épargne et de la richesse en général et surtout la propriété des moyens de production. A l’autre bout, se trouvent les 20% de ménages qui n’épargnent pas ou ont une épargne négative. Là se trouve le vrai prolétariat, qui côtoie aussi de pauvres diables, comme des paysans et des artisans ruinés ou retraités – nombre de paysans retraités survivent avec une retraite misérable – et le sous prolétariat. Restent 60% des ménages qui peuvent épargner 5 à 10% de leurs revenus et qui détiennent le 1/4 de l’épargne, soit 1210 milliards d’euros, ou 53922 € en moyenne par foyer. On a là affaire à l’infâme marais des couches moyennes, sur lequel s’appuie la grande bourgeoisie pour maintenir sa domination de classe. Mais heureusement la crise va se charger de les prolétariser en les libérant de leur épargne. Et l’on peut compter sur la bourgeoisie pour les sacrifier afin de sauver sa peau. Certains deviendront fous furieux et rejoindront les rangs du fascisme, mais une autre grande partie nous rejoindra pour renverser la bourgeoisie.

Pour inciter les épargnants à acheter ces titres, les différents Etats prévoient des incitations fiscales. Déjà en France le financement des entreprise par les assureurs – assurance vie qui représentent 39% de l’épargne, dont 54% est détenu par les banque qui offrent aussi des services d’assurance vie – représentait une masse de titres d’une valeur de 1349 milliards d’euros, dont 56%, soit 756 milliards, ont été investis dans des entreprises françaises. Et rien qu’en 2016, 63 milliards d’euros ont été consacrés au financement des PME et ETI. Un engagement qui a triplé en 6 ans.

Donc les banques sont prêtes à participer à cette grande œuvre de création d’un marché unique de la finance en revendant les titres titrisés au shadow banking qui se chargera de les revendre à l’investisseur final. Les banques toucheront une commission au passage et comme elles continueront à gérer ces titres une fois vendus, elles feront payer des charges, le tout à moindre risque. Et la BCE pour les aider est prête à prendre comme collatérale, lorsqu’elle prêtera de l’argent, des titres titrisés.

Voici ce que l’on peut lire dans un article du «Monde diplomatique» intitulé «Finance, Bruxelles rallume la mèche, du 01/2016: «Or ni les petites et moyennes entreprises (PME), qui composent l’essentiel du tissu productif, ni les projets d’infrastructures glouton en capitaux ne parviendraient à trouver des financements adéquats. En cause: des circuits traditionnels grippés. Les banques rechignent à prêter et les puissances publiques sont corsetées par les contraintes budgétaires. (…) Mais la proposition-phare de la Commission concerne le développement de la titrisation des prêts bancaires. Avec cette technique, les banques revendent leurs crédits sur les marchés de capitaux sous forme de titres financiers, ce qui leur permet de se débarrasser de leurs risques tout en empochant les commissions perçues à l’occasion de l’octroi des prêts. Ce qu’elles firent avec allégresse au milieu des années 2000, en transférant aux investisseurs les emprunts immobiliers des ménages américains reconditionnés en actions.»

L’on nous promet des titres titrisés de qualité, non pas des subprimes, la dessus on peut compter sur eux, comme pour le reste. Surtout lorsque l’on voit qui se trouve à la tête du Conseil européen. M. Jean-Claude Juncker, qui préside la commission, a été, de 1995 à 2013, chef du gouvernement de l’un des principaux paradis fiscaux européen.

Le problème de fond est qu’il ne suffit pas de mettre sur pied des organismes capables de financer les entreprises européennes. Pour que ces dernières investissent, il faut qu’elles aient des perspectives de vente et c’est là que le bas blesse. Il y a bien une reprise depuis la fin de 2014, mais elle reste très modérée. La seule chose qui va bon train, c’est la spéculation qui a dépassé en intensité et en volume celle de la fin des années 2000.

Il y a une banque italienne qui a bien compris la combine, il s’agit de Intesa Sanpaolo. Elle a dans son bilan de nombreux prêts non performants. Comment résoudre le problème? En les transformant en fonds d’investissement: «En dix huit mois nous les (les NPL ou prêts non performants en français) avons pour notre part réduit de 7,5 milliards d’euros sans accuser de pertes. Mais pour y arriver il faut une véritable machine en interne comparable à un fonds de «private equity». C’est ce que nous avons fait et d’ici deux ans nous espérons pouvoir revenir au niveau de NPL d’avant la crise. (…) C’est un modèle d’affaire soutenable qui se fonde sur la force de l’épargne des Italiens. Nous gérons actuellement 860 milliards d’euros, dont 320 milliards d’euros d’actifs, en hausse de 80 milliards d’euros ces trois dernières années. (…) Le premier axe consistera à approfondir notre empreinte dans la gestion de patrimoine. Nous avons déjà converti 80 milliards d’euros de simple épargne en actifs gérés, et le potentiel est de 200 milliards d’euros supplémentaires environ.». Les Échos du 23/05/2017; article d’Olivier Tosseri.

Des banques sans scrupule il y en aura bien d’autres, surtout lorsqu’elles sentiront l’odeur de l’argent de la spéculation.

Notre tour d’horizon de la situation présente du capital financier ne serait pas complet si nous n’abordions pas la question brûlante du bilan des banques centrales. Pour rappel, le bilan d’une banque est constitué de deux colonnes, d’un côté le passif qui correspond aux dépôts et en face l’actif qui correspond aux prêts réalisés avec ces mêmes dépôts et qui rapportent des intérêts.

Les fonds propres d’une banque, qui font partie du passif, correspondent toujours à un faible pourcentage du bilan de la banque. Par exemple, les fonds propres de la Bank of America représentent environ 9,4% de son bilan, ce qui est exceptionnellement élevé. Ceux de Commerz-Bank, 6,2%, ceux de la BNP Paribas 5,1% et ceux de la Deustche Bank 3,8%, porté le 31 mars 2017 à 4,34%! Pour financer leurs prêts les banques utilisent donc les dépôts de leurs clients et les complètent par des emprunts auprès d’autres banques. Les banques d’investissement, qui à la différence des banques génériques n’ont pas de dépôts de clients, doivent emprunter toutes les sommes qu’elles reprêtent, à des taux supérieurs, auprès des banques génériques.

Pour les banques centrales il en va de même, mais leurs clients ne sont plus les particuliers ou les entreprises, mais les banques du pays qui doivent déposer une certaine fraction de leurs dépôts à la banque centrale, sur un compte ouvert à leur nom. Fraction que la banque centrale fait augmenter ou diminuer pour réguler le système monétaire et le montant des prêts que les banques peuvent accorder, en fonction de la situation économique. Pour la BCE, ses clients sont les banques centrales de la zone euro qui déposent un certain pourcentage de leur avoir sur leur compte à la BCE.

Si l’on prend la FED, son bilan s’élève en 2017 à 4 471 milliards de dollars; ce qui veut dire qu’elle a en dépôt 4 471 milliards de dollars, auxquels font face un même montant en créances. Ce même bilan s’élevait à 851 milliards en 2005. Le Quantitative easing, qui a permis aux différentes banques centrales de juguler la déflation et d’éviter l’écroulement du système financier, a gonflé dangereusement leur bilan. Ces dernières ont acheté et continuent d’acheter, en ce qui concerne la BCE et la Banque du Japon, à tour de bras des montagnes de bons du trésor et d’obligations – des titres hypothécaires pour la FED – avec de l’argent qu’elles ne possèdent pas, mais qui appartient aux banques déposantes. Si bien que si une partie importante de ces titres venait à faillir, le pompier se transformerait en pyromane provoquant la faillite des banques qui ont déposé leurs avoirs à la banque centrale. A moins de payer en monnaie de singe, provoquant ainsi une immense inflation qui conduirait de facto à une dévalorisation de tous les titres et donc de l’épargne, sauf pour les valeurs immobilières et l’or. Par exemple une inflation de 20% réduit l’épargne mobilière d’un cinquième.

Nous reportons ci-dessous le bilan des principales banques centrales. On peut y voir que le bilan de la BCE a dépassé celui de la FED et de la Banque du Japon. La différence ne peut que s’accroître, la FED ayant cessé son quantitative easing le 29 octobre 2014 et la BCE continuant d’acheter pour 720 milliards d’euros de titres par an, contre 645 pour la Banque du Japon. La seule banque dont le bilan serait supérieur, d’après le journal économique les Échos, serait la Banque de Chine.

Cela fait presque 3 ans que la FED a cessé ses achats de titres, maintenant se pose pour elle le problème de la réduction de son bilan au niveau qu’il avait avant la crise, à savoir environ 1 000 milliards de dollars. Problème qui va se poser aussi pour les autres banques centrales, à condition que la crise du capital leur en laisse le temps. Réduction du bilan et remontée progressive des taux. Un casse tête pour la bourgeoisie!

Les titres que la FED a achetés arrivent régulièrement à échéance, c’est-à-dire qu’ils sont remboursés par l’emprunteur et ce dernier réémet le même montant de titres sur le marché, puisqu’il n’arrive pas à réduire sa montagne de dettes et qu’au contraire elle continue de s’accroître. Jusqu’ici la FED rachetait sur le marché le même montant de titres, mais à partir de la fin de l’année, elle va progressivement commencer à se désengager. Elle ne peut pas se désengager brutalement car cela provoquerait un choc systémique sur le système financier. Il faut aussi savoir que toute réduction du bilan va se traduire par une remontée des taux. Or une remontée des taux conduit à une dévalorisation des titres qui ont été achetés avec des taux bas, puisque leur rendement est inférieur à celui des nouvelles obligations émises. De plus la remontée des taux des bons du trésor à 10 ans entraîne mécaniquement une baisse de la valeur des actions. En 18 mois la FED a déjà relevé 3 fois son taux directeur qui est maintenant de 1,25%. Cette action a fait remonté les taux des obligations d’État, et notamment le rendement des bons du trésor à 10 ans à 2,45%. Or la plupart des économistes américains considèrent qu’un taux de 3%, pour des bons du trésor à 10 ans, est une ligne jaune à ne pas franchir, car elle entraînerait une forte dévaluation des obligations, toujours en cours, qui ont été achetées à des taux nettement inférieurs, et risque de provoquer une vente massive d’actions pouvant conduire à un nouveau krach.

Comme on le voit la FED «marche sur des œufs». Elle est donc contrainte d’agir par petites touches. Elle planifie un désengagement des bons du trésor en commençant par 6 milliards de dollars, qu’elle augmentera par palier de 6 milliards tous les 3 mois, jusqu’à atteindre un plafond de 30 milliards mensuels. Et pour les autres titres, elle commencera par 4 milliards, qu’elle augmentera aussi par palier jusqu’à 20 milliards, soit 50 milliards en tout par mois de titres à se défaire. Pour arriver au montant de 50 milliards il lui faudra une année pleine, à laquelle il faudra ajouter encore 5 ans pour que la FED retrouve son bilan d’avant crise.

On nous dira que rien ne presse, elle a tout son temps. Cependant la crise n’attend pas. On peut douter que la FED ait le temps d’assainir son bilan avant le retour de la récession. 6 ans c’est énorme. La durée des cycles varie de 7 à 11 ans. 2007 plus onze cela nous conduis à 2018. Admettons que le cycle en cours dure un peu plus longtemps, disons 2 ans de plus, nous arrivons à 2020.

La crise sera de retour alors que la FED aura tout juste commencé à réduire son bilan. Et que dire de la BCE et de la Banque du Japon, elles n’auront même pas le temps de commencer.

CONCLUSION

On a vu que depuis fin 2014, il y a une reprise de la production industrielle des grands pays impérialistes. Toutefois cette reprise est plus que modérée, elle caracole avec des rythmes de croissance compris entre 1 et 2% de l’an, pas vraiment de quoi pavoiser. Surtout si l’on regarde dans le détail: la croissance pour la France est même inférieure à 1% et pour le Japon elle est restée résolument négative. Et tous ces pays, à part l’Allemagne, la Belgique et les Etats-Unis, ont une production industrielle inférieure au maximum atteint en 2007 qui s’échelonne, suivant les pays, de -12% à -25%!

Les Etats-Unis se sont distingués par une reprise assez forte en 2010, avec un incrément de 6,1%. Croissance cependant qui a constamment ralenti pour devenir négative en 2016. Cette croissance a permis aux Etats-Unis de dépasser le maximum atteint par la production industrielle en 2014. Mais à y regarder de plus près, on s’aperçoit que c’est le secteur énergétique qui a tiré la production industrielle, car le niveau de la production manufacturière est encore inférieur à celui atteint en 2007, et il faudrait encore 3 ans, au rythme de croissance actuel, pour le retrouver. Quant à la construction, son indice est inférieur de 56% à celui atteint en 2004.

La Chine aussi profite de l’«embellie» actuelle: après un fort ralentissement de 2012 à 2015, elle connaît une certaine reprise, tout en sachant qu’il faut prendre avec des pincettes les chiffres officiels. Toutefois tous les signes d’une grave surproduction sont présents: fort ralentissement, avec surproduction dans des secteurs clés comme l’acier, le ciment, la production d’énergie, etc. Et un fort endettement, tant public que privé, qui va croissant. C’est simple, la croissance industrielle en Chine ne s’est maintenue que grâce aux grands travaux publics, aux importants investissements dans l’armement qui requiert beaucoup d’acier et à un endettement galopant.

Exactement comme dans les autres grands pays industriels qui ne se sont maintenus qu’à coup de Quantitative Easing et grâce à un endettement public et privé considérable.

Tout est en place pour une formidable crise de surproduction. La situation actuelle est comparable à celle qui prévalait à la veille de 1929, mais en pire: L’endettement public et privé y est bien supérieur et les Etats et les Banque Centrales ont épuisé toutes leurs cartouches.

Dès que la crise de surproduction va éclater en Chine, coïncidant avec celle des Etats-Unis, d’Europe et des autres pays d’Asie – Japon, Corée, Inde, etc. – plus rien ne pourra l’arrêter: aucun barrage n’y résistera, toutes les digues tomberont; les banques centrales seront submergées et nombres d’Etats seront contraints de se déclarer en faillite. Des banques systémiques comme la Deutsche Bank tomberont par dizaine.

La terre s’ouvrira sous les pieds de l’aristocratie ouvrière et de la petite bourgeoisie. L’ignoble marais des couches moyennes sera ruiné et avec lui une partie de la grande bourgeoisie. Prolétariat et bourgeoisie seront poussés à un affrontement sanglant, provoquant une déchirure irréversible et une polarisation de la société.

Alors la voix révolutionnaire du Prolétariat Communiste se fera de nouveaux entendre avec une renaissance de l’Internationale Communiste et de l’Internationale syndicale rouge.

Lorsqu’après plusieurs années de crise de surproduction du capitalisme une reprise se fera jour, alors se posera l’alternative ou Révolution Communiste Mondiale, ou 3ème Guerre Impérialiste Mondiale!


(1) Ce que l’on appelle la base, c’est l’année de référence à partir de laquelle on fait partir la série d’indices. Elle est posée égal à 100. Si L’année suivant la production augmente, par exemple, de 5%, l’indice pour cette année sera donc égal à 105. Comme le poids différentes branches, et le poids des industries qui compose ces branches, change au cours du temps, le statisticiens sont amenés à changer les coefficient de pondération. On change alors l’année de référence à partir de laquelle part une nouvelle séries d’indices

(2) En comparaison, le PIB de l’Italie en 2007 était de 2203 milliarda de dollars. Autrement dit AIG pesait presque la moitié du PIB italien