Parti Communiste International
 

Antisémitisme et judaïsme, sionisme et antisionisme

 

Février 2019

Face à une campagne dithyrambique dénonçant une flambée de l’antisémitisme en France au mois de février 2019 que les politiciens et les mass‑media agitent pour discréditer le mouvement des gilets jaunes, et justifier de nouvelles lois afin d’empêcher ces « dérives populistes », il nous semble nécessaire de rappeler certains faits et de redéfinir certaines notions.

En premier lieu, les insultes relevées dans les cortèges des gilets jaunes par la presse et les politiciens de tous bords ne sont le fait que de quelques groupes de gilets jaunes, voire de groupes isolés ; en outre, les actes de profanation de cimetières juifs ou les tags et graffitis sur des magasins ou autres symboles rattachés à la religion juive sont mis en exergue en ignorant d’autres actes perpétués contre des communautés apparemment moins attrayantes pour l’instant, qu’elles soient ethniques (pour la population noire et rom, les actes sont qualifiés de racistes) ou religieuse (musulmane, chrétienne) ou sociologiques (homosexuelles). Ces actes appartiennent au fond raciste coutumier de la société française, entre autres, et qui s’exacerbent dans les périodes de crises.

Le ministre de l’Intérieur déclare une augmentation de 74% des actes antisémites en 2018 par rapport à 2017 sans plus de commentaires ! Ce chiffre provient en effet du ministère de l’Intérieur mais s’inscrit dans un rapport beaucoup plus complet réalisé par le Service central du renseignement territorial de la Direction centrale de la sécurité publique qui enregistre les « actes haineux » déclarés : les actes racistes, antisémites, antimusulmans, antichrétiens ; insultes, graffitis (croix gammées par exemple), agressions physiques sur une personne, atteinte aux édifices religieux, aux cimetières, etc...

Il s’avère qu’il s’agit en 2018 de 541 actes antisémites pour 67 millions de Français, la population répertoriée « juive » ne représentant que 700 à 800 000 personnes (mais comment est‑elle répertoriée ?). Et la même année, on enregistre 100 actes antimusulmans (leur plus bas niveau depuis 2010 : mais sont‑ils tous déclarés ?), et étonnamment 1 063 actes anti‑chrétiens (surtout des atteintes aux lieux de culte, et ce chiffre est stable) dont personne ne s’émeut ! L’année 2017 avec 335 actes antisémites sur 950 (en 2016 : 1 128) actes haineux correspond à une année de très bas pourcentage (851 actes antisémites en 2014, 974 en 2004, 219 en 2001).

Certains « honnêtes hommes » font par ailleurs la corrélation des variations des actes antisémites avec la politique israélienne vis à vis de sa population arabe et celle palestinienne ! En 2002‑2003, il est bien clair que la poussée des actes « antisémites » correspondait aux exactions de l’armée israélienne contre la 2ème Intifada palestinienne. La campagne internationale de boycott des produits issus des territoires occupés ou BDS (Boycott Desinvestissement Sanctions) lancée par des militants « humanitaires » en 2005 fut la cible de nombreux procès qui n’aboutirent pas.

Le CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) qui était à l’origine de ces procès en France et qui critique aujourd’hui violemment le mouvement des gilets jaunes, est une organisation peu représentative de la population étiquetée juive en France (certains évoquent le chiffre de 10% des juifs répertoriés (1) mais elle occupe pourtant un grand espace médiatique. Cette organisation est une seconde ambassade de l’État d’Israël et la classe politique française se fait fort de se rendre régulièrement à ses « dîners ».

Pourquoi, alors que le mouvement des gilets jaunes s’éteint inexorablement du fait de ses nombreuses divisions internes et de l’essoufflement aggravé par une répression étatique, instrumentaliser une nouvelle fois l’antisémitisme ? Pourquoi le CRIF demande‑t‑il une loi qui condamnerait les « antisionistes », alors que très souvent ceux‑ci critiquent explicitement la politique discriminatoire de l’État d’Israël à l’encontre des populations arabes israéliennes (20% des Israéliens) et l’occupation militaire et la colonisation des territoires palestiniens ? Et pourquoi le gouvernement français semble apporter son soutien au CRIF ?

Ainsi le 16 juillet 2018, pour la commémoration de la rafle du Val d’hiv, le président Macron, en présence du premier ministre israélien Benyamin Netanyahou (le premier des ministre israéliens à y être invité), appelant ce dernier dans ce discours « mon cher Bibi », déclarait : « Nous ne céderons rien à l’antisionisme car il est la forme réinventée de l’antisémitisme ». Devant la levée de boucliers que provoque la possibilité d’une loi contre l’antisionisme (jugée anti-constitutionnelle, car il faudrait alors condamnée tout autant les antigaullistes, les anticommunistes, les anti de toutes sortes), en février 2019, Mr Macron faisait prudemment marche arrière.

Et pourquoi tout ce bruit sur l’antisémitisme et l’antisionisme, qui conduit à agiter les « horreurs de la shoah », puis à la suite le spectre du retour du fascisme et pour clore, comme le filon a toujours bien servi, en appeler au front antifasciste, au front de classe afin de détourner les masses de la lutte pour leur survie, si ce n’est encore une fois pour justifier les réactions de défense des classes bourgeoises et des classes moyennes, apeurées par toute manifestation des masses qui remet en question « l’ordre établi » en faveur de la grande bourgeoisie ?

Avec ce chaos médiatique, il nous semble nécessaire de revenir sur certaines définitions : l’antisémitisme et la judaïté, le sionisme, l’antisionisme.


L’antijudaïsme et la judaïté dans l’histoire

Commençons par l’antisémitisme. Il serait, comme nous l’expliquerons plus loin, plus exacte de parler d’anti‑judaïsme. Ce fut la Réforme protestante au 16ème siècle, avec son retour aux sources du christianisme et sa reprise de la bible hébraïque, qui fit le lien entre les juifs modernes d’Europe et les anciens Hébreux de Palestine. Alors que les Protestants millénaristes, qui attendaient la venue du Christ, soutenaient que les juifs contemporains, en tant que descendants des anciens Hébreux, devaient quitter l’Europe pour la Palestine afin d’accélérer la seconde venue du Christ, des découvertes philologiques du 19ème siècle conduisaient à l’étiquetage des juifs contemporains comme sémites, comme les descendants « raciaux » des anciens Hébreux. Pourtant le terme sémite a été inventé en 1781 par l’orientaliste allemand August Ludwig Schlözer, à partir du nom d’un des fils de Noé, Sem, pour désigner des langues dont la parenté avait été établie dès le Moyen‑Âge par les savants juifs : l’hébreu, l’araméen, l’arabe, donc pour des populations qui habitaient principalement au Moyen Orient, en Afrique du Nord, et dans la Corne de l’Afrique.

Le terme sémite a été ensuite repris à partir du XIXème siècle par les propagateurs de la conception des races (la race supérieure étant celle indo‑européenne ou aryenne, celle des « sémites », juifs et arabe, ayant un développement inférieur) et le français Ernest Renan y contribua largement. Les théories raciales se répandirent, appliquant la théorie raciale animale, qui perdure encore aujourd’hui, à l’espèce humaine. Elles se répandirent en Europe et aussi en Angleterre. Quand les peuples d’Europe devinrent des nations, les « juifs » devinrent « une nation dans la nation », un État dans l’État, ainsi lors de la création de la nation allemande. Le terme « antisémitisme » a ensuite été inventé dans la seconde moitié du 19ème siècle par Wilhelm Marr, nationaliste-populiste allemand, qui haïssait les juifs et présupposait l’existence d’une « hiérarchie des races ».

L’antijudaïsme existe dans nos sociétés chrétiennes depuis l’antiquité romaine et chrétienne. Rappelons que le judaïsme et le christianisme étaient des religions très prosélytes et se sont affrontées toutes les deux entre elles d’abord, et contre le paganisme lors des premiers siècles du premier millénaire chrétien. Chrétiens et juifs furent combattus par les païens romains, les révoltes juives en Palestine romaine autour du début de notre ère conduisant à une répression romaine féroce et donc à une conversion à d’autres religions ou à une migration de populations juives dans tout l’Empire. Le prosélytisme juif fut combattu dans l’antiquité romaine païenne en utilisant plusieurs stratagèmes.

La circoncision chez les Hébreux, pratiquée à la naissance, est une obligation pour les mâles : elle est le signe de l’alliance du peuple juif avec leur Dieu. Elle était pratiquée à l’origine par les antiques égyptiens (3 000 ans avant notre ère) et pour des raisons d’hygiène et à la puberté. Elle fut réprouvée par les Grecs et les Romains, et interdite sous l’empereur romain Hadrien en 120 aux non juifs (donc aux citoyens romains païens et chrétiens convertis). Le prosélytisme juif s’en trouva donc restreint et de plus, sans la circoncision et donc la conversion de l’époux, les unions mixtes étaient désormais illicites (le mariage n’était pas possible) du point de vue de la religion juive.

Hors du mariage, la matrilinéarité offrait la seule solution au dilemme portant sur le statut de l’enfant dont le père ne pouvait plus se convertir au judaïsme. Cette matrilinéarité apparut officiellement dans la loi rabbinique de la Michna vers 200 de notre ère, la filiation étant précédemment patrilinéaire comme tout système social patriarcal l’imposait et comme l’affirme la bible, œuvre éminemment patriarcale : de nombreux héros ou souverains juifs de la bible se sont unis à des femmes non juives qui se soumettaient à la religion de leur époux (Moïse ainsi avait épousé une femme non juive). En fait, l’influence du droit romain fut déterminante pour l’apparition de cette matrilinéarité dans la religion juive. Pour les juristes romains précédents le 2ème siècle de notre ère, il fallait préserver le statut du citoyen romain ; ils affirmèrent la nécessité du mariage légal ou valide (justum matrimonium), par conséquent concernant exclusivement des citoyens romains. L’enfant d’un couple mixte (l’un des deux n’est pas citoyen romain, ce qui rend impossible le mariage légal), suivait automatiquement le statut de sa mère, et n’avait pas de père légal : un enfant né d’un citoyen romain et d’une femme non citoyenne (une esclave par exemple, statut dans lequel se retrouvait le plus souvent les populations juives), n’était pas citoyen et gardait le statut de sa mère ; mais une loi établit très vite que si une femme romaine avait un enfant avec un esclave, l’enfant demeurait esclave, affirmant ainsi la patrilinéarité du système juridique romain !

Si les juifs dans l’Empire romain ont pu pratiquer la matrilinéarité, c’est qu’ils y ont été aidés par l’autorité romaine. Soulignons comment cette décision juridique romaine ainsi que le statut sélectif des religions dès l’empire romain, furent utilisés par les racistes des 19‑20ème siècle, pour marquer au fer toute personne issue d’une ascendance juive (c’est‑à‑dire issue de familles appartenant, du fait de l’organisation sociale en « communautés » religieuses, à la « communauté » juive, s’appuyant surtout sur la communauté religieuse de la mère). Aujourd’hui, la question est au centre d’un débat permanent en Israël où le judaïsme libéral et réformé prône (la religion juive connaît aussi de nombreuses dissidences), malgré l’obstination des « orthodoxes », la non‑linéarité, l’enfant d’une femme non‑juive pouvant être considéré comme juif dans la mesure où il a reçu une éducation juive ! (2)

Avec l’adoption du christianisme au 4ème siècle par l’Empire romain, le christianisme a combattu non seulement le paganisme mais aussi le judaïsme, et accusé les juifs du meurtre du fils de Dieu, créant ainsi les bases culturelles de l’antijudaïsme, repris par ailleurs plus tard par l’Islam. La situation de la diaspora juive dans l’Empire romain se détériora fortement. Et à la fin de l’Empire romain et au Moyen âge, le prosélytisme juif se réduisit de ce fait à des régions périphériques comme l’Afrique du nord (certaines tribus berbères) et l’est de l’Europe (le royaume khazar, et les slaves). Il est notoire que sous les pouvoirs se réclamant de la chrétienté, les juifs ont subi des persécutions bien plus graves que la discrimination et les massacres intermittents qu’ils ont endurés sous les pouvoirs se réclamant de l’Islam apparu au VIIème siècle. La situation ne fut guère meilleure à Byzance sous Justinien (VIème siècle).

La domination musulmane améliora au contraire la condition des juifs tant à Alexandrie qu’en Afrique du Nord ou en Espagne. Babylone – où a été composée la version la plus importante du Talmud – resta le grand centre des Académies juives jusqu’au milieu du XIème siècle. La situation se dégrada sous les Almonades, vers 1150. Aux XI‑XIIème siècles dans un climat marqué par les croisades et la reconquête chrétienne (Tolède est reprise en 1085) se développa un anti‑judaïsme qui aboutit à des massacres en Europe occidentale. Le concile de Latran (1245) donna une base juridique à ce rejet et les juifs furent désormais tenus de porter un signe distinctif (la rouelle, disque de couleur jaune ou rouge, symbolisant les 30 deniers de Judas).

Il n’y avait pas de limitations professionnelles aux activités économiques des juifs à Rome, à Byzance. Mais celles‑ci apparurent dans l’Occident médiéval. Les juifs ne pouvaient ainsi pas posséder de terres ni devenir membres d’une guilde de marchands ou d’artisans chrétiens, un certain nombre, quand ils le pouvaient, se firent donc prêteurs, l’usure étant interdite par l’Église pour les chrétiens, et par l’Islam.

Contre le judaïsme et ses fidèles, nulle arme ne s’est révélée plus redoutable que « l’enseignement du mépris », forgé principalement par les Pères de l’Église du IVème siècle ; et dans cet enseignement, nulle thèse plus nocive que celle du « peuple déicide ». A cette théologie militante est étroitement lié un système de restrictions, d’exclusions, d’humiliations qui mérite d’être dénommé « système d’avilissement ». La mentalité chrétienne en a été imprégnée jusque dans les profondeurs du subconscient. Sous le couvert que les « juifs » étaient responsables de la mort du Christ (« le roi des juifs » !) – l’Islam reprit l’accusation même si Jésus n’était pas divin selon Mahomet mais un de leurs grands prophètes – le Christianisme et l’Islam les reléguèrent entre autre dans les fonctions de l’usure (prêt avec intérêt), fonction que le Christianisme (le Protestantisme fut plus souple sur le sujet!), et l’Islam, interdirent pendant de nombreux siècles à leurs pratiquants, et qui pourtant était une nécessité économique.

Le Christianisme imposa à ces populations juives une exclusion de nombreux droits civiques, une exclusion des villes, des massacres à l’époque de la Pâque chrétienne, jusqu’à la création des ghettos dans l’Italie de la Renaissance puis dans le reste de l’Europe jusqu’au 19‑20ème siècle.

Et avec les théories racistes reprises par les nazisme au 20ème siècle, elles servirent également de bouc émissaire, d’agneau à sacrifier, afin d’en redistribuer les biens et de régler les problèmes de surpopulation ou de tension sociale. Soulignons que dans les communautés religieuses, quelles qu’elles soient, et dans les ghettos existaient tout autant que dans le reste de la société un système de classes, où une partie opprimait l’autre !

Les juifs sous les Ottomans et sous la domination musulmane en général furent exclus, comme les autres minorités religieuses, de certaines fonctions (comme celle des armes) et occupèrent un statut inférieur à celui des Musulmans. Ils étaient tenus de porter un turban jaune. Mais leur autonomie religieuse était respectée, et ils pouvaient occuper de hautes fonctions.

À partir du XIVème siècle, les juifs persécutés par les chrétiens d’Europe occidentale se déplacèrent vers l’Europe centrale: Bohême, Moravie, Lituanie et Pologne, où existait déjà une forte communauté juive arrivée au Xème siècle. Les juifs y jouissait d’une situation particulièrement favorable et de larges prérogatives pour le commerce, malgré des épisodes de persécutions au 15ème siècle.

En 1492, les juifs étaient expulsés d’Espagne, au moment de la prise de Grenade, marquant la fin de la reconquête catholique de l’Espagne. Une partie de cette communauté sépharade (juifs venus d’ Espagne, parlant le judéo‑espagnol) passa par le Portugal pour finalement aboutir en Europe du Nord (Pays‑Bas), mais la plupart se réfugièrent dans les pays méditerranéens ottomans : Afrique du Nord (particulièrement au Maroc), Tunisie, Avignon, Italie (Rome), Égypte, Grèce (Salonique), Constantinople. Les sépharades de Constantinople et Salonique étaient un des jalons du commerce international entre la Méditerranée, Amsterdam et l’Orient.

En Europe, le royaume Pologne‑Lituanie fut un des pays les plus tolérants et au cœur du judaïsme dit ashkénaze (juifs d’Europe centrale et de l’Est). Au XVIIème siècle, c’est dans cette « grande Pologne » à son apogée, de Dantzig à l’Ouest de l’Ukraine actuelle, que les juifs bénéficiaient du meilleur statut au monde, servant parfois d’intermédiaires entre la classe dirigeante et les paysans. La Pologne demeura jusqu’au milieu du 20ème siècle le centre de la vie religieuse de la communauté juive, et s’y développèrent les grands courants de la pensée hébraïque, comme la kabbale prônée par le hassidisme (renouveau hébraïque insistant sur la ferveur, la prière, la mystique, dont le mouvement loubavitch est issu).

Cependant, les massacres perpétrés par les Cosaques ukrainiens contre la population de Pologne, juive et chrétienne, à partir de 1650 entraînèrent un reflux de la population juive de l’Europe centrale vers l’Europe de l’Ouest, l’Angleterre et l’Amérique. En 1790, la Pologne‑Lituanie était dépecée en grande partie par la Russie, mais aussi par la Prusse et l’Autriche‑Hongrie.

La Russie héritait de la communauté juive la plus importante du monde à l’époque. L’impératrice Catherine II de Russie se débarrassa des marchands juifs qui concurrençait ceux moscovites et promulgua une loi qui cantonnait obligatoirement les juifs (et ceci jusqu’en 1917) dans une «zone de résidence» dans l’ouest de l’Empire russe allant l’ouest de l’Empire russe allant de la Baltique à la Mer noire, comprenant la Pologne, la Lituanie, l’Ukraine, la Biélorussie et la Crimée, leur interdit de posséder de la terre, d’intégrer la fonction publique ou d’atteindre un grade d’officier dans l’armée, de vivre dans des communautés agricoles ou dans les grandes villes comme Kiev, Sébastopol ou Yalta, et les sépara de la population chrétienne. L’immense majorité était donc cantonnée aux métiers traditionnels du commerce, des services, de l’artisanat et de l’industrie. A la fin du 18ème siècle, plus de 4 millions de juifs vivaient dans cette zone. La population juive était forcée de s’installer dans de petites villes provinciales, où la vie était difficile et pénible en raison de la grande pauvreté. Les enfants étaient soumis à de sévères quotas dans l’enseignement. Pour le «petit » peuple orthodoxe, le juif était donc vu comme « l’Autre », qui ne travaille pas la terre mais se livre à l’usure et au commerce – ce qui est souvent assimilé à la spéculation ou à l’accaparement, surtout en période de crise ou de pénurie.

L’assassinat du tsar Alexandre II entraîna en 1881 une première vague de manifestations anti‑juives appelées pogroms («attaque» ou «émeute» en russe), sur une période allant de 1881 à 1884. Alors que sur le groupe des 15 meurtriers, 1 seul était juif, les juifs étaient rendus responsables de cet assassinat. La politique du gouvernement russe au sujet des juif tenait dans ce programme: «Un tiers des juifs sera converti, un tiers émigrera, un tiers périra».

Avant même les persécutions et les expulsions, le nombre de juifs en Allemagne (et a fortiori en France, Espagne ou Italie) était relativement modeste (se comptant en milliers); les juifs y jouaient le rôle de bouc émissaire sans être réellement en position de concurrence économique. En revanche, en Pologne, Ukraine, Russie occidentale, leur nombre était considérable (se comptant en centaine de milliers puis millions); leurs voisins « chrétiens » s’estimaient ainsi parfois pénalisés par cette situation, ce qui pouvait décupler la rancœur, et donc la haine future. Les événements de 1881‑84 constituèrent un tournant dans l’histoire des juifs de Pologne et à travers le monde, car ces persécutions entraînèrent une très importante vague d’immigration juive en Amérique du Nord (principalement) et dans l’Europe de l’Ouest.

L’émigration fut renforcée par l’expulsion des juifs de Moscou en 1890, et par la deuxième vague de pogroms de 1903‑1906. Les pogroms s’amplifièrent en 1904 et 1905, dans le sillage de la défaite russe dans la guerre russo‑japonaise et la révolution avortée de 1905. Les pires d’entre eux se déroulèrent sur le territoire polonais où la majorité des juifs russes vivaient, en particulier le pogrom de Bialystok en 1906 durant lequel plus de 100 juifs furent massacrés et de nombreux autres blessés. Durant les deux seuls derniers mois de 1905, on recensa 650 pogroms, 3 000 victimes, 15 000 blessés. Les juifs, même ceux devenus laïcs, et bien intégrés socialement, se virent désignés comme coupables des famines, des crises économiques, lors des pogroms qui se multiplièrent au 19ème siècle.

À son apogée, la Zone contenait en 1914 une population juive supérieure à 5 millions, ce qui représentait à cette époque la plus grande concentration de juifs au monde, avec près de 50% de la population juive mondiale. Et ce malgré l’émigration de 1,5 millions de juifs entre 1861 et 1914.

Au final, à la fin des années 1920, près de 2 millions de juifs avaient quitté la zone de résidence pour les États‑Unis; en France, la population juive passa de 60‑000 en 1882 à 120‑000 en 1914. En 1930, les 15 millions de juifs se répartissaient principalement en: 4 millions aux États‑Unis, 3 à 3,5 en Pologne, 2,6 en URSS et 850‑000 en Roumanie. En 1945, après la tuerie guerrière de millions de personnes, toutes religions et toutes « races » confondues, 90% des 3,3 millions de juifs polonais avaient été exterminés, et 32% des 3,1 millions de juifs russes.


La définition du terme "juif"

Existe‑t‑il un « peuple juif », un peuple dont l’origine géographique, linguistique et religieux est identique ?

Le « peuple » de tradition religieuse juive du 19ème siècle et encore plus aujourd’hui a en effet des origines géographiques diverses en raison du prosélytisme de ses membres, comme c’est le cas pour les chrétiens ou les musulmans. La dispersion des populations juives dans l’Empire romain puis chrétien et le prosélytisme juif nous permet d’affirmer qu’il n’existe pas de « peuple juif » et qu’une bonne partie de ceux qui se réclament du judaïsme ont peu à voir biologiquement avec les tribus de Palestine. Les Palestiniens d’aujourd’hui sont certainement beaucoup plus proches au sens ethnique et donc génétique des populations de la Palestine antique, que les habitants d’Israël et des juifs de par le monde d’aujourd’hui !

Les juifs d’Europe trouvent principalement leur origine dans un mélange d’ascendances. Parmi les populations juives qui se trouvaient donc au Nord et surtout à l’Est et au Centre (Moravie, Pologne, Lituanie) de l’Europe, existaient aussi des populations d’origine slave et khazar (3) converties au judaïsme. Elles se mélangèrent aux juifs venant de Mésopotamie et de Palestine et d’Espagne. Ces populations juives parlaient une langue, le yiddish, et présentaient des références culturelles (mythes, littérature, chants, musique, etc.). Cette langue yiddish, « langue de l’errance », provient de multiples dialectes germaniques venus se greffer sur des bases d’hébreu et d’araméen, intégrant des locutions de langues slaves et romanes, et s’écrit en caractère hébraïques. Certains historiens ont donc évoqué l’existence d’un « peuple yiddish » (4).

Les « juifs » ne forment donc pas un peuple‑race, comme l’affirme encore aujourd’hui la bourgeoisie israélienne : elle pratique ainsi l’ethnocratie comme le fit l’Europe « raciste » des 19‑20ème siècles ! En conséquence, l’antisémitisme, que l’on devrait remplacer désormais par le terme anti‑judaïsme, ne s’applique pas en terme d’origine génétique ou géographique mais en terme de religion. La notion de « peuple juif » sur laquelle s’appuie la création et la constitution de l’État d’Israël en 1948, n’a donc aucune base scientifique.

Quelle est donc la définition du qualificatif ou du terme juif ? Il devrait être évident qu’il qualifie une religion et non une ethnie et encore moins un peuple juif qui de fait n’existe pas.

Précisons que nous n’utilisons ici pas le mot race pour éviter toute polémique, l’UNESCO ayant recommandé en 1950 d’utiliser le terme ethnie (sachant que dans une même région sans migration, le nombre d’ethnies est très important!), bien que le racisme et l’anti‑racisme, perdurent.

D’autre part, il est important de souligner qu’au cours de l’histoire les populations étaient souvent divisées en « communautés » religieuses ; ainsi l’État ottoman, tout en définissant l’Islam comme la religion d’État, tolérait les autres religions organisées en « communautés » religieuses régies par un « conseil » religieux.

Et dans certains États encore aujourd’hui, les citoyens sont enregistrés par l’État civil selon leur appartenance à une communauté religieuse, comme en Allemagne et autres pays du Nord, à laquelle ils doivent verser parfois directement de l’argent, ceci perpétuant évidemment le sentiment d’appartenir à une « communauté » religieuse, même si l’individu se dit athée.

En France, la séparation de l’État et des Églises en 1905 (L’Alsace‑Lorraine, allemande au moment de la promulgation de la loi, y échappe encore aujourd’hui) avec le principe de laïcité présent dans sa constitution n’a pas pour autant fait disparaître le fond « culturel » de méfiance vis à vis du « juif », symbole de l’usure et de la finance internationale, et qui serait un partisan inconditionnel de l’État d’Israël.

Précisons que le nazisme ne s’attaqua pas uniquement aux population juives, et que, durant la période du nazisme les communistes furent assassinés en premier : les fascismes des années 1920 sont nés de la lutte des classes, leur fonction essentielle étant d’exterminer le prolétariat révolutionnaire et ensuite une surpopulation devenue gênante pour le Capital. Cette haine engloba ainsi les juifs, les tziganes, les homosexuels, les malades mentaux, les roms (dont la situation actuelle présente des similitudes avec l’histoire « juive »), et les slaves (Dans “Mein Kampf” écrit par Hitler, les attaques haineuses portent tout aussi bien sur les « sémites » que sur les slaves). D’autre part les théoriciens nazis étaient également partisans d’un paganisme anti chrétien, leur symbole, la croix gammée, se référant à la svastika (terme sanskrit) des peuples « aryens » de l’Inde.

En aparté, signalons que l’historien américain, spécialiste de la Russie, Richard Pipes n’hésite pas à affirmer que «la rationalité de l’extermination des juifs par les nazis leur a été apportée par les milieux de droite russes avec leur théorie qui liait les juifs russes au communisme». L’« holocauste » concerna des dizaines de millions de morts « sans étiquette », exterminés par les deux guerres mondiales. Et tous ces morts, dans les camps, sous les bombes et sur les champs de bataille, afin de sauvegarder l’ordre capitaliste et régénérer le Capital !

Aujourd’hui beaucoup d’individus issus par leurs ascendants des anciennes « communautés juives » ne se reconnaissent pas comme appartenant à la « communauté juive », ne rejoignent pas les organismes communautaires et ne considèrent leur judaïté que comme une partie de leur histoire individuelle. Ils n’apparaissent même pas dans les chiffres estimant la « population juive ». Évidemment, si une « sélection » sur le modèle nazi devait renaître, ils seraient de nouveau sortis des rangs !

Le fait que la grande majorité des millions de juifs en Europe orientale ait souffert de la faim, et ait vécu en situation de pauvreté, de même que la démocratie dans le nations et la laïcisation, n’ont pas fait disparaître ce préjugé, cette opinion, qui font du juif un étranger dans la nation, un symbole de l’usure et de l’oppression. Ceci constitue un instrument qui permet aux classes dominantes de désigner un bouc émissaire à offrir aux masses révoltées contre leur joug. Et le rappel régulier des horreurs de la Shoah, les traitements spécifiques et « avantageux » que les classes dominantes offrent aujourd’hui face à l’antijudaïsme avec un système juridique sévère et une publicité tapageuse pour tout acte haineux concernant un individu « juif », ne font qu’accentuer le préjugé qui fait du juif un être à part, un « étranger ». Mais l’antijudaïsme n’est qu’un parmi tant d’autres instruments qu’utilisent les classes dominantes pour diviser le prolétariat et le détourner de ses tâches historiques !

Les réponses des communautés juives à cette acharnement anti‑judaïque furent multiples: l’émigration, le sionisme, l’organisation socialiste laïque juive mais antisioniste (Bund), et enfin rejoindre le socialisme international, devenu, après la trahison en 1914 de la social‑démocratie, pour une partie le communisme dans la IIIème Internationale en 1919.


Le sionisme

L’émergence des États‑nations occidentaux au 19ème siècle s’accompagna d’un affaiblissement des institutions communautaires juives et la revendication de l’égalité des droits entre les juifs et les autres citoyens. La Haskalah (éducation) juive, qui a émergé au 18‑19ème siècle, d’abord en Allemagne, est un mouvement de pensée inspiré du mouvement des Lumières en Europe. Il se traduisait par une volonté d’intégration des juifs dans les sociétés européennes laïques non juives en leur faisant abandonner leur culture juive, leur langue yiddish, s’opposant ainsi au judaïsme traditionnel. Ce fut la Haskalah qui a cherché à briser l’hégémonie des rabbins juifs orthodoxes sur les « Ostjuden » [juifs de l’Est] des petites villes d’Europe de l’Est et à abandonner ce qu’elle percevait comme une culture juive "médiévale" en faveur de la culture laïque moderne des chrétiens européens. Le Judaïsme réformé (de type protestant), comme une variante du judaïsme, émergea du sein de la Haskalah. Ce programme assimilationniste, cependant, a cherché à intégrer les juifs dans la modernité européenne, non à les expulser en dehors de la géographie de l’Europe. Mais avec les pogroms des années 1880, elle fut discréditée comme solution pour l’intégration des juifs.

Le Bund, l’Union générale des travailleurs juifs de Lituanie, de Pologne et de Russie, qui a été créée à Vilna en Lituanie russe le 7 octobre 1897, quelques semaines après la tenue du premier Congrès sioniste à Bâle, fin août 1897, devint le plus féroce ennemi du sionisme de Herzl. Le Bund rejoignait sur ce point la coalition juive antisioniste existante groupant des rabbins orthodoxes et réformistes, s’appuyant sur la tradition qui affirme que les juifs n’auront pas de pays avant la venue du Messie.

Le sionisme est incontestablement né en réaction à la longue oppression endurée par les minorités juives dans l’Europe chrétienne du Moyen‑Âge, mais les pogroms du XIXème siècle furent déterminants. Le 19ème siècle fut celui de la création de nations et le siècle durant lequel les théories racistes virent le jour. Les pogroms se multiplièrent, surtout à la fin de ce siècle, en Russie, en Pologne où vivaient la majorité de ces communautés juives. Une forte émigration se produisit dès ce siècle principalement vers les États Unis, qui les accueillit jusqu’aux années 1930, et une petite partie vers la Palestine.

Le sionisme militant naquit ainsi vers la fin du 19ème siècle en réponse aux pogroms et aux conditions d’exclusion qui s’aggravaient parmi les communautés juives d’Europe centrale et de l’Est avec la montée des nationalismes et la diffusion des entreprises colonialistes, justifiées par les théories racistes. L’affaire Dreyfus en France en 1898 eut ainsi un écho notable dans le monde occidental et accentua le mouvement sioniste.

Il s’agissait d’un sionisme étatique, visant à la création d’un État pour les juifs, à la différence de courants sionistes antérieurs qui se voulaient spirituels ou culturels. Il s’appuyait sur une idéologie politique fondée sur un sentiment national juif prônant la création d’un centre territorial ou étatique peuplé par les « juifs » en terre d’Israël, la Palestine du monde moderne et qui était alors dans l’Empire ottoman, où la population hébraïque vivait dans l’antiquité. Son théoricien fut l’austro‑hongrois (né à Budapest, vivant en Autriche, juif assimilé et laïque), Theodor Herzl (en tant que journaliste, il suivit l’affaire Dreyfus), qui publia « Der Judenstaat » (L’État des juifs, et non l’État juif, comme cela est souvent traduit) en 1896, dans lequel il considérait que les juifs ne seraient jamais intégrés dans les nations et qu’il leur fallait un État propre. Le sionisme faisait ainsi appel à un retour à Sion – Sion étant une des collines qui entouraient Jérusalem ; il faisait fi de l’existence d’une population autochtone.

Projet de fait colonialiste, s’insérant ainsi dans le contexte du colonialisme et de l’impérialisme européen. Herzl vantait auprès des bourgeoisies occidentales l’intérêt qu’elles pourraient trouver à voir partir une population pauvre et qui affluait de l’Est vers l’Ouest. En 1897, Herzl réunit à Bâle le premier congrès sioniste. Il se rapprocha du banquier français, Edmond de Rothschild, qui avait commencé à acheter des terres en Palestine dès 1882.

Réalisant que son plan pour l’avenir des juifs européens était dans la ligne de celui des anti‑judaïques, Herzl élabora très vite une stratégie d’alliance avec ces derniers. Il déclara dans son ouvrage « L’État des juifs » que : « Les gouvernements de tous les pays frappés par l’antisémitisme seront vivement intéressés pour nous aider à obtenir la souveraineté que nous voulons ». Il ajouta que « non seulement les juifs pauvres » contribueraient à un fonds d’immigration pour les juifs européens, « mais aussi les chrétiens qui veulent se débarrasser d’eux ». Herzl confia sans complexe dans son Journal que : « Les antisémites deviendront nos amis les plus fiables, les pays antisémites nos alliés ».

En 1902, Herzl contactait le gouvernement britannique, en particulier son secrétaire d’État Chamberlain et s’appuyait sur le richissime Lord Walter Rothschild, partisan et financier du sionisme. Il rencontra en 1903 des anti‑judaïques notoires comme le ministre russe de l’Intérieur Vyacheslav von Plehve, qui supervisa les pogroms anti‑juifs en Russie, alliance qu’il cherchait à dessein. Et il se tourna vers un autre anti‑judaïque notoire, Lord Balfour, qui en tant que Premier ministre de Grande‑Bretagne, promut en 1905 la Loi sur les Étrangers ou Aliens Acte de son gouvernement. Cette loi visait à endiguer l’immigration au Royaume‑Uni de réfugiés juifs en provenance de l’Empire russe, fuyant les pogroms, afin de, comme il le déclara, sauver le pays des « maux incontestables » d’« une immigration qui était essentiellement juive ». Les thèses racistes et anti‑judaïques remportaient aussi beaucoup de succès en Angleterre.

La situation politique du Moyen Orient devait aller dans le sens de Herzl. En effet, dès la fin du 19ème siècle les puissances impérialistes comme la France, l’Angleterre, la Russie et aussi l’Allemagne se préparaient à dépecer l’Empire ottoman qui se décomposait à vive allure. Mais le nationalisme arabe naissait également au 19ème siècle et faisait sien les conquêtes idéologiques européennes. La naissance du mouvement ouvrier au Moyen Orient se fit avant 1914 avec des organisations de métiers où les indigènes se mêlaient au prolétariat européen colonial. Ce fait provoquait l’inquiétude des grands impérialistes qui cherchaient le moyen de perpétuer la domination européenne sur le Moyen orient, bien commencée sous l’Empire ottoman agonisant. En effet l’impérialisme, phase ultime du système capitaliste, caractérisé de façon lumineuse par Lénine, avait besoin de nouveaux marchés pour écouler ses profits et ses marchandises.

L’impérialisme anglais encouragea ces mouvements d’autonomie au début multi‑religieux (arabes chrétiens et musulmans) dans le but d’affaiblir encore plus l’Empire ottoman, mais ils étaient encore peu répandus en raison des hostilités tribales et des concurrences bourgeoises régionales. De plus la perfide Albion préféra évidemment s’appuyer sur les organisations religieuses sunnites, comme l’avaient fait avant eux les Ottomans, dans une région où les chiites étaient très nombreux. La diplomatie britannique encouragea donc le nationalisme arabe, tout en visant à le diviser, avec la promesse, faite au chérif sunnite de la Mecque, Hussein, et ses bédouins (l’accord Hussein‑MacMahon fut conclu en 1915), comme à Ibn Saoud, en échange de leur participation à la guerre contre les Turcs ottomans, de « reconnaître et soutenir l’indépendance des Arabes » et de favoriser la mise en place d’un grand État arabe indépendant. Mais en 1916, elle passait des accords secrets avec les Français, dits « accords Sykes‑Picot », qui partageaient entre les deux pays impérialistes le grand royaume soi‑disant destiné aux Arabes (sans y prévoir d’ailleurs de Foyer national juif). Pas question en effet de tenir les promesses faites à Hussein !

La grande révolte arabe menée par l’émir Hussein et ses fils de 1916 à 1918 permit à Londres d’ouvrir un front au sud de l’Empire ottoman dans la région de l’Irak et de la Syrie. La tâche accomplie, le danger pour l’impérialisme était désormais le nationalisme arabe : la stratégie fut celle de créer sur les ruines de l’Empire ottoman des États faibles et opposés entre eux. Diviser pour mieux régner, vieille ritournelle !

Après avoir feint de soutenir le mouvement nationaliste arabe pour mieux fragiliser l’Empire ottoman, il s’agissait désormais de trouver un moyen de s’opposer à ce nationalisme arabe ! En plein conflit mondial, Londres se tournait vers le mouvement sioniste. Lui promettre un « Foyer national » pourrait – pensaient les stratèges britanniques – transformer les juifs en atout : en Palestine, où ils appuieraient les troupes du général Allenby ; aux États‑Unis où ils accentueraient l’engagement du pays dans la guerre ; en Allemagne, en Autriche‑Hongrie, en Russie où les impérialistes espéraient qu’ils s’en détacheraient – beaucoup de dirigeants bolcheviks et mencheviks étant d’origine juive. Et sans oublier qu’il s’agissait aussi de contrer la présence française.

Depuis quelques décennies s’étaient déjà établies des colonies de population juive surtout russe et cela dès 1878, à la suite de pogroms. Et au début du 20ème siècle, la Russie tsariste embourbée dans les troubles politiques, la guerre russo‑japonaise et la révolution de 1905, connaissait encore une vague de pogroms ; ce furent près d’un millions de juifs qui quittèrent le pays dont 40‑000 vers la Palestine, la « terre sainte » et parmi lesquels se trouvaient de nombreux socialistes.

En 1917 commençait l’occupation britannique de la Palestine et était alors publiée la fameuse Déclaration Balfour le 2 novembre 1917. La date de la lettre était celle de la victoire décisive que l’armée britannique remporta contre les forces ottomanes à Gaza. La Déclaration Balfour était une lettre ouverte, dactylographiée, que Lord Arthur James Balfour, alors ministre britannique des affaires étrangères (Foreign Office), expédia le 2 novembre 1917 à Lord Lionel Walter Rothschild, leader de la « communauté juive britannique », financier du mouvement sioniste, et qui fut publiée dans le Times le 9 novembre avec l’encart : « Palestine for the jews. Official sympathy ». La lettre est si brève que la citer en entier n’alourdira guère cet article :

« Foreign Office, le 2 novembre 1917
« Cher Lord Rothschild,
« Au nom du gouvernement de Sa Majesté, j’ai le plaisir de vous adresser ci‑dessous la déclaration de sympathie à l’adresse des aspirations juives sionistes, déclaration soumise au Cabinet et approuvée par lui.
« Le gouvernement de Sa Majesté envisage favorablement l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif, et fera tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif, étant clairement entendu que rien ne sera accompli qui puisse porter atteinte ni aux droits civils et religieux des collectivités non juives existant en Palestine, ni aux droits et au statut politique dont les juifs jouissent dans tout autre pays.
« Je vous serais reconnaissant de bien vouloir porter cette déclaration à la connaissance de la Fédération sioniste.
« Arthur James Balfour ».

Les promoteurs chrétiens du sionisme, de lord Shaftesbury (5) en 1839 à Balfour en 1917, pensaient aussi se débarrasser du problème de l’immigration des juifs en Grande‑Bretagne. Lord Arthur James Balfour, était en effet appuyé par un « sionisme chrétien » partisan d’un « retour » des juifs en Palestine, afin d’en débarrasser les pays à majorité chrétienne. Edwin Samuel Montagu fut le seul ministre britannique à s’opposer à la déclaration Balfour, qu’il considérait comme antisémite, et au projet sioniste dans son ensemble: il était le seul membre juif du cabinet de David Lloyd George, auquel Balfour appartenait, et seulement le troisième ministre juif de l’histoire britannique. Montagu mit en garde contre la perspective que l’entreprise sioniste entraînerait l’expulsion des autochtones musulmans et chrétiens de Palestine et renforcerait par ailleurs, dans tous les autres pays, les courants qui souhaitaient se débarrasser des juifs. L’infâme Déclaration Balfour bafouait en effet les engagements que Londres avait pris antérieurement auprès des nationalistes arabes qui crièrent à la trahison. Lawrence d’Arabie pouvait aller se rhabiller !

Le Royaume Uni se déclarait donc en faveur de l’établissement en Palestine d’un foyer national juif, mais qui ne devait pas porter atteinte aux collectivités non juives existantes en Palestine ! Voyons donc !

Dès 1917, les britanniques favorisaient l’immigration juive en Palestine. Selon les consignes de la SDN, fut créé un système politique autonome chargé des juifs, autour d’une assemblée élue et d’une Agence Juive chargée du pouvoir exécutif en 1922. Cette dernière était une branche de l’Organisation Sioniste Mondiale fondée en 1897 à Bâle par Théodore Herzl (le siège fut successivement déplacé à Berlin, Londres, New York et aujourd’hui se trouve à Jérusalem). Le Fonds pour l’implantation juive (Jewih colonial trust) fut créé par Herzl en mars 1899, et il drainait les capitaux reçus de toutes la diaspora juive ; en 1901 le Fonds national juif permit ainsi d’acquérir des terres mises en vente en Palestine, d’abord par les Ottomans puis après 1919 par les propriétaires fonciers arabes, indifférent au sort des paysans qui vivaient sur ces terres et les cultivaient. Ce fonds se transforma en une banque anglo‑palestinienne puis en Banque nationale d’Israël en 1951.

La population de la Palestine devait ainsi passer de 94‑000 juifs en 1914 (avec 525 000 musulmans, 70‑000 chrétiens) à 630‑000 (1 181 000 musulmans, 143‑000 chrétiens) en 1947 à la fin du mandat britannique dont 80% d’ashkénazes venus d’Europe. En 1926, 100‑000 juifs avaient rejoint la Palestine, d’autant plus qu’à partir de 1925, les USA restreignaient l’entrée des juifs (ainsi en 1924, on comptait 50‑000 immigrés juifs aux USA et 14‑000 en Palestine et l’année suivante, ce fut l’inverse). En 1931, la population juive en Palestine se montait à 164 000 personnes (soit 16% de la population de la Palestine) dont le quart était d’origine orientale, en 1938 à 217‑000, en provenance principalement de la Russie, des pays baltes, et de l’Europe centrale ; le taux d’émigration vers la Palestine doublant à partir de 1933.

La montée du nazisme provoqua évidemment une accélération de l’immigration juive : de 1932 à 1939 247 000 arrivants, soit 30‑000 par an, quatre fois plus que depuis la fin de la Première Guerre mondiale. Représentant moins un « choix sioniste » qu’une fuite face aux persécutions, ce transfert vers la Palestine bénéficia de l’accord dit « Haavara », conclu par l’Organisation sioniste avec les autorités nazies à Berlin le 25 août 1933 et qui fonctionna jusqu’en 1939. Il s’agissait en effet de faciliter l’émigration des juifs allemands vers la Palestine, ces derniers versant de l’argent pour acheter des marchandises allemandes pour la Palestine et contournant l’embargo britannique. 20 000 juifs allemands en bénéficièrent. Soulignons que beaucoup de ces juifs auraient préféré migrer vers d’autres zones plus florissantes, mais la plupart des pays européens (la Grande Bretagne en particulier) et les USA se montrèrent plutôt hostiles, et ce également après la deuxième guerre mondiale.

Le mécontentement contre la trahison par la « perfide Albion » de ses promesses, déjà vif en 1917, grandit durant l’entre‑deux guerres au fur et à mesure de la construction du Foyer national juif, dont le développement violait la clause du mandat qui protégeait théoriquement les populations « non juives », largement majoritaires...

D’où des révoltes de plus en plus massives et de plus en plus violentes, suivies chaque fois d’une commission d’enquête et d’un Livre blanc de la part d’un Royaume‑Uni soucieux de ne pas laisser miner son pouvoir sur la région. Après les heurts de 1920 à la veille de la Conférence de San Remo (5 morts juifs et 4 morts arabes) et ceux de 1921 à Jaffa (47 juifs et 48 Arabes tués), vint l’explosion, beaucoup plus grave, de 1929 : des affrontements se déroulèrent un peu partout, et notamment à Jérusalem, autour du Mur des Lamentations, et à Hébron, où une partie de la population arabe tua plusieurs dizaines de juifs tandis qu’une autre partie protégeait leurs voisins juifs. Au total, en une semaine d’août, les émeutes coûtèrent la vie à 133 juifs et 116 Arabes. En 1936, enfin, éclatait une véritable grève insurrectionnelle palestinienne, qui devait durer près de trois ans.

De 1945 à 1947, les 100‑000 soldats britanniques stationnés en Palestine combattirent les activistes sionistes devenus très agressifs. La tragédie du bateau l’Exodus de l’été 1947 où ils empêchèrent les rescapés des camps de débarquer leur firent porter le poids d’une ignominie dont était responsable toutes les bourgeoisies sorties victorieuses de la guerre.

Quoiqu’il en soit, le second conflit mondial avait sonné le glas de l’impérialisme anglais qui passait la main à celui américain. Le gouvernement de Sa Gracieuse Majesté mesura que le Royaume‑Uni, épuisé par la Seconde Guerre mondiale, n’avait plus les moyens de laisser stationner en Palestine 100 000 hommes – un dixième de ses forces à l’étranger – ni de dépenser 40 millions de livres par an pour le mandat. N’oublions pas que Londres ne survivait que grâce au prêt de 39 milliards de livres des États‑Unis (qui ne sera complètement remboursé qu’en 2006).

Restait à trouver la solution la mieux à même de préserver les intérêts britanniques au Proche‑Orient. Enfin un facteur tout aussi déterminant : la pression internationale, notamment celle des États‑Unis et de l’URSS. Outre le règlement urgent de la question des survivants du génocide, Washington et Moscou partageaient un même calcul stratégique, chacun évidemment pour son compte : chasser les Britanniques de Palestine pour mieux affaiblir leur emprise sur la région. N’oublions pas qu’à l’époque, les deux grands vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale ne sont pas encore entrés dans la guerre froide – celle‑ci ne commencera qu’avec la prise du pouvoir par les « communistes » à Prague, en février 1948. Et le 18 février 1947, le Foreign Office rendait son mandat à l’ONU. Place aux vainqueurs !

Le lendemain de l’achèvement du mandat britannique sur la Palestine, le 15 mai 1948, l’État d’Israël était proclamé par la voix de Ben Gourion. L’armée anglaise quittait la Palestine, ce qui permit aux troupes terroristes juives de réaliser de terribles exactions sur la population palestinienne sans défense pour les pousser à fuir. L’État d’Israël fut immédiatement reconnu par les USA et le 17 mai par l’URSS. La Turquie fut le premier pays musulman à reconnaître Israël en 1949. Ce chœur signifiait que les deux plus grandes puissances impérialistes d’alors USA et URSS avaient bien compris l’importance contre-révolutionnaire de ce petit État, pour contrer les mouvements nationalistes et de décolonisation s’amorçant au Moyen‑Orient comme dans le monde entier.

Après 1948, des vagues successives d’émigration de juifs se poursuivirent, mais elles furent souvent obligées de se rendre en Israël, l’Europe et l’Amérique se montrant peu accueillantes. Dans l’après guerre, plusieurs centaines de milliers de juifs vivaient encore dans les camps de concentration, la Palestine leur étant alors fermée par les Anglais, et ils ne pouvaient rentrer chez eux pour beaucoup ; en Pologne, les retours s’accompagnèrent même de massacres. Les USA, terre des migrants, avaient déjà réduit l’immigration avant la 2ème guerre mondiale, en instituant des lois en 1921 (limitant le quota à 3% par pays), 1924 (la loi vise les immigrants d’Europe de l’Est et du Sud) ; ils n’ouvrirent que très peu leurs portes aux juifs durant la 2ème guerre mondiale et une nouvelle loi contre l’immigration fut votée en 1952 (les USA ne signèrent pas la convention de Genève de 1951 sur les réfugiés fuyant un pays où ils sont persécutés). Un millions de juifs venant du Maghreb, soit qu’ils aient été expulsés (Égypte), soit convaincus par les organisations de propagande juive, arrivait en Israël.

Dès la fin des années 70, l’émigration reprenait en provenance d’URSS, en difficultés économiques, et s’accélérait avec Gorbatchev en 1988, sous la pression américaine (6) ; mais ces juifs étaient orientés vers Israël.

Actuellement Israël compte 6,5 millions de « juifs » (75% de sa population totale) alors que la population mondiale de juifs est estimée à 15 millions, dont 6 aux USA.

Le 19 juillet 2018, la Knesset adoptait une nouvelle loi fondamentale de l’État d’Israël qui fait du pays l’État nation du peuple juif, instituant ainsi officiellement un apartheid avec sa population arabe (20% de la population israélienne hors territoires occupés), et affirmant une nouvelle fois Israël comme la patrie de « tous les juifs »!

L’antisionisme

Le sionisme dès sa naissance au 19ème siècle rencontra très vite l’hostilité au sein des « communautés juives » des religieux réformateurs ou conservateurs, et des laïques, dont beaucoup se tournaient vers le socialisme. La majorité de la population juive du monde vivait alors dans l’Empire russe, non en Russie même, mais en Lituanie, Pologne, Biélorussie, Ukraine, Moldavie. On peut ainsi affirmer que l’antisionisme était avant tout diffus et majoritaire parmi les communautés juives, en Europe et aux États‑Unis, qui continuèrent de voir le sionisme comme un mouvement anti‑juif, et ceci jusque dans les années 1940. Il s’agissait pour ces juifs de combattre afin de rester dans « leur » pays et non de rejoindre un territoire qu’ils ne reconnaissaient absolument pas comme leur patrie. Et aujourd’hui, quand l’État d’Israël affirme qu’il est l’État des juifs, voire l’État juif, il s’adresse uniquement aux sionistes et conforte l’antijudaïsme.

Les milieux religieux juifs considéraient alors le sionisme comme un blasphème, car il ne peut exister de patrie pour les juifs sans la venue préalable du messie.

L’organisation Bund ou Union générale des travailleurs juifs de Lituanie, Pologne, Russie, créée en 1897 en Lituanie, était un mouvement socialiste juif, laïque, se battant pour le droit des travailleurs juifs, revendiquant le yiddish (et non l’hébreu), s’opposant au sionisme, qu’il condamnait comme complice du colonialisme britannique. Il fut reconnu comme une fraction du Parti ouvrier social démocrate de Russie en 1898, fut proche des mencheviques, tandis que de nombreux juifs se rapprochaient des bolchéviks. En 1905, le Bund fut à la pointe de la contestation en Biélorussie mais en 1917 il ne rejoignit pas les Bolcheviks. Rappelons aussi que le bundiste Marek Edelman qui fut l’un des dirigeants de l’insurrection du ghetto de Varsovie se déclarait ouvertement antisioniste. L’immense majorité des juifs jusqu’à la deuxième guerre mondiale était antisioniste ; aujourd’hui la majorité des juifs vivent en dehors de l’État d’Israël, et une partie notable s’affirme comme antisioniste mais avec un contenu différent.

Ainsi l’antisionisme désigne historiquement l’opposition juive au projet sioniste d’établissement d’un foyer national juif en Palestine, opposition qui réfute qu’un individu dit juif ne puisse être intégré dans la nation ou l’État où il est né et où il vit. L’antisioniste initial était un sujet étiqueté juif qui ne reconnaissait pas la Palestine comme son État mais se reconnaissait comme membre du pays où il vivait.

Aujourd’hui, depuis la création de l’« État des juifs » en Israël en 1948, l’antisionisme ne peut avoir la même signification. Il qualifie une position politique qui s’oppose à la politique de la bourgeoisie israélienne de colonisation des territoires palestiniens et d’oppression des populations arabes israéliennes, position que le sionisme actuel défend, en agitant frénétiquement l’alibi de la shoah. Le persécuté devient persécuteur et parle au nom des morts de la shoah, qui ne lui ont ô grand jamais remis de mandat pour cela !

Par contre, les sionistes, juifs ou non juifs, d’aujourd’hui qualifient l’antisioniste comme la face cachée de l’antisémitisme, l’accusant d’être contre la création de l’État d’Israël, considéré comme l’État des juifs, voire d’être pour la destruction du pays. Mr Macron, et sa clique sioniste, voudrait réprimer les antisionistes ; il lui faudra alors condamner les juifs orthodoxes et d’autres organisations juives de Paris et de New York, et tant d’autres personnalités juives qui, pour des raisons « humanitaires », se déclarent opposées à la politique de colonisation des palestiniens et d’oppression des citoyens arabes de l’État d’Israël.

Nous, parti communiste international, qualifions la politique de la bourgeoisie israélienne de politique coloniale, de d’oppression de sa population arabe. Nous sommes tout aussi critiques vis à vis de la bourgeoisie palestinienne, complice avec celle israélienne de l’oppression du prolétariat palestinien et israélien. Et nous appelons à l’union des classes prolétariennes israélienne et palestinienne, pour combattre leur ennemi commun, la bourgeoisie désormais aujourd’hui internationale. Nous sommes internationalistes, et notre combat est celui du prolétariat international contre la bourgeoisie internationale.


La bourgeoisie internationale et la "judaïsation" de l’État d’Israël

Ce qui intéresse le gouvernement israélien et nombre de ses soutiens n’est pas le combat contre l’antijudaïsme et les résurgences du « nazisme », comme le prouve le flirt de Benyamin Netanyahou avec des forces d’extrême droite en Europe: le polonais Jaroslaw Kaczymnski, l’italien Matteo Salvini, le chancelier autrichien Sebastian Kurz)... Il s’agit avant tout de dévoyer ce combat afin de discréditer toute solidarité avec les palestiniens, comme l’attestent les déclarations accusatrices des sionistes contre les antisionistes.

Comme l’écrit Gilbert Achcar dans Le Monde diplomatique de février‑mars 2018, « Aujourd’hui le premier ministre sioniste Benjamin Netanyahou compte toujours sur les antisémites des pays occidentaux pour cautionner l’attitude colonialiste et arrogante de son État et de son gouvernement. Entre son alliance privilégiée avec les sionistes chrétiens aux États‑Unis, sa complaisance envers Viktor Orbán, le premier ministre antisémite de la Hongrie, et son silence à l’égard de la défense par Donald Trump de l’extrême droite américaine anti‑juive et antimusulmane, M. Netanyahou applique les recettes de Theodor Herzl, mais avec une abjection morale plus grande encore, car le génocide nazi a montré entre‑temps à quelles horreurs l’antisémitisme et autres types de racisme pouvaient mener ».

On parle aux USA de l’industrie de l’holocauste et d’exploitation de la souffrance des juifs. Cette industrie aurait à sa tête des organisations juives américaines qui s’efforcent de rendre impossible toute critique de la politique israélienne et de récolter des fonds pour Israël.

Dénoncer la politique colonialiste d’Israël ne suffit pas. Il faut dénoncer la connivence des grands impérialistes d’avant guerre pour parvenir à la création de l’État d’Israël, en terre palestinienne bouleversée alors par les mouvements nationaux arabes en marche, et la connivence d’après guerre et celle actuelle de presque toutes les bourgeoisies, y compris celles arabes, pour maîtriser tout mouvement des masses arabes.

L’impérialisme offre son soutien pratiquement inconditionnel à la politique d’Israël, petit nain mais fortement soutenu par le géant américain. Aujourd’hui l’État d’Israël est une des forteresses militaires des USA au Moyen Orient, assurant le maintien de l’ordre sur les nations arabes qui l’entourent et en Afrique du Nord sur l’Égypte, mais surtout sur le prolétariat de toutes ces nations dont l’unité fut historiquement empêchée.

Si demain les USA devaient abandonner Israël, d’autres impérialismes devenus plus puissants comme la Chine prendront le relais.

Le prolétariat israélien, noyé sous la propagande de l’agression anti‑juive imminente que lui sert chaque jour sa bourgeoisie, n’a pas d’autre solution, comme les autres prolétariats qui l’entourent, pour échapper à cette oppression, que de rejoindre le chemin de la lutte des classes, contre la bourgeoisie qui l’exploite matériellement, l’opprime par des lois de plus de plus fascistes, le mine moralement par la propagande belliciste de l’agressé-agresseur et lui fait honnir ses frères de classe arabes.

Fascisme et démocratie ne sont que les deux faces de la médaille de la dictature qu’exerce la bourgeoisie sur le prolétariat. Face à une crise économique mondiale qui s’annonce catastrophique, les attaques contre les travailleurs ne cessent de se multiplier, et les alibis de toutes espèces sont favorisés pour jeter la zizanie entre les « communautés » et diviser le prolétariat.

Nous, militants du parti communiste international, affirmons que seul le prolétariat international, en retrouvant le chemin de la révolution dans ses organisations économiques, conquises à la théorie communiste et conduites par notre parti international, pourra sauver l’humanité des atrocités du système capitaliste, en instaurant, d’abord par sa dictature sur les autres classes, les bases d’une société nouvelle où n’existera plus l’exploitation de l’homme par l’homme, où les classes, le salariat et le capital, la propriété et la haine de « l’autre », n’auront plus leur place !

 

 


1 L’UJFP ou Union juive française pour la paix dénonce ainsi l’instrumentalisation faite de la shoah et reconnaît qu’il y a un traitement différencié des actes haineux, ceux antisémites étant toujours les plus décriés. Il apporte son soutien au peuple palestinien et dénonce avec véhémence la politique ségrégationniste de l’Etat d’Israël.

2 L’arrivée dans les années 1990 d’un important contingent de familles russes dites juives dont seul l’époux était juif posa de nombreux problèmes aux religieux israéliens.

3 Les Khazars sont un peuple d’origine turque. Ils étaient des nomades des steppes, païens au culte phallique, et s’établirent au 6ème siècle au sud de la Russie. Ils dominaient de grands territoires de la mer Noire à la mer caspienne, et du Caucase à la Volga. Au 8ème siècle, leur roi se convertit au judaïsme, la religion du Talmud, ainsi que sa cour et le peuple. Le royaume fut conquis par les Mongols au 13ème siècle et les Khazars essaimèrent vers l’ouest, puis en Russie ; et la Pologne, la Lituanie, la Galicie la Hongrie, la Roumanie et l’Autriche ont acquis des parties de l’ancien royaume Khazar. Les Khazars parlaient une langue yiddish.

4 Pour ne pas trop alourdir l’exposé, précisons que des études génétiques de cette population dite ashkénaze (juifs originaires d’ Europe de l’Est et du centre) de par le monde, réalisée par une équipe internationale dirigée par Martin Richards, des Universités de Leeds et de Huddersfield, en Grande-Bretagne en 2013, en utilisant l’ ADN mitochondrial (uniquement transmis par la mère aux enfants) a montré que 80 pour cent des ADN mitochondriaux modernes des juifs ashkénazes ont une origine européenne, qu’une petite proportion de ces ADN proviennent du Proche‑Orient. En d’autres termes, la lignée maternelle des juifs ashkénazes remonte principalement à l’Europe occidentale préhistorique. La conversion des femmes indigènes a donc été fondamentale.

5  Lord Shaftesbury en 1839 acheta une pleine page dans le Times pour y publier son article appelé The State and rebirth of the jews dans lequel il s’adresse aux monarques protestants d’Europe, et où il suggère le retour des juifs pour récupérer la Judée et la Galilée, avec le slogan une terre sans peuple pour un peuple sans terre. Il écrira une lettre en ce sens au Ministre des affaires étrangères britannique Lord Palmerson.

6  La Communauté russe d’Israël est la plus grande communauté juive du pays avec plus d’un million d’individus. D’abord dirigée vers les Etats Unis, celle‑ci se réorienta en 1990 vers Israël à la suite du durcissement dans la politique d’immigration américaine et par un développement important de l’activité de l’Agence juive en ex‑URSS. Cette dernière dépêcha en Russie et dans les pays de l’Est plusieurs centaines d’émissaires pour recruter des volontaires juifs pour l’émigration vers Israël. De plus, pour des raisons économiques, plus qu’idéologiques, les juifs russes se sont également installés dans les colonies de Cisjordanie et de Gaza ; ainsi par exemple, les Russes forment 96,6% de la population juive de la colonie d’Ariel, 84,9% de la colonie de Ma’ale Adournim, 74,5% de la colonie de Kiryat Arba. Soumis à de fortes difficultés d’insertion socioprofessionnelle, certains nouveaux immigrants n’ont eu comme choix que de s’installer dans ces implantations rendues économiquement accessibles par les subventions d’État ; il s’agit de « colonies-dortoirs » à proximité des bassins d’emplois de Tel‑Aviv (pour Karne Shomeron et Ariel), de Jérusalem (pour Givat Zeev et Ma’ale Adoumim), et plus globalement d’implantations situées le long de la Ligne verte.