Parti Communiste International

 

LE RÉARMEMENT DES IMPÉRIALISMES

 

Les Les séries statistiques du SIPRI (Stockholm International Peace Research Institute 1), mises à jour chaque année, rapportent la dépense militaire de plus de cent Etats dans le monde depuis 1988. La dépense militaire se réfère à toutes les dépenses publiques actuelles pour les forces et les activités militaires (salaires, avantages sociaux, retraites, frais de fonctionnement, achat de matériel militaire, infrastructures militaires, administration centrale, etc.). Elle est calculée de trois façons : dans la monnaie courante de chaque Etat, en dollars (en prenant pour référence pour les données de 2017 la valeur du dollar constant USA de 2016 et du dollar courant 2017 2), et enfin en pourcentage du produit intérieur brut (PIB) 3. L’analyse de l’évolution de la dépense militaire sur une longue période, la comparaison de la dépense de chaque Etat avec celle des autres et par rapport à leur PIB, permettent de tracer un cadre assez réaliste de l’évolution des rapports de force au niveau mondial entre les différents groupes impérialistes.

D’autres D’autres données examinent la valeur des ventes et des achats de systèmes d’arme de la part des différents Etats, exprimée en dollars constants de 2016, et il est ainsi possible d’obtenir l’évolution des différents types d’armes échangés (avions, navires, véhicules blindés, missiles, etc.), ainsi que le volume des armements.

Dans la dernière publication du SIPRI de mai 2018, le premier diagramme concernant l’évolution de la dépense militaire mondiale depuis 1988 jusqu’à 2017, exprimée en millions de dollars US, montre une première diminution après 1988 (1 424 milliards en 1988 jusqu’à 994 en 1996) pour remonter progressivement et constamment – sauf une légère diminution en 2013 – jusqu’à 1 739 milliards (en excluant l’Irak) en 2017 (soit 2,2% du PIB mondial), et ceci malgré la réduction des dépenses de la part des Etats en raison de la crise économique. Comme l’explique le rapport du SIPRI de 2018, l’augmentation des dépenses militaires mondiales de ces dernières années est largement due à la croissance substantielle des dépenses des pays d’Asie et Océanie et du Moyen Orient, tels que la Chine, l’Inde et l’Arabie Saoudite, tandis qu’au niveau mondial le poids des dépenses militaires s’éloigne de la région euro-atlantique. Le rapport du SIPRI souligne ainsi que la plus forte augmentation en dollars en 2017 par rapport à 2016 de la dépense militaire concerne la Chine, tandis que la plus forte baisse est celle de la Russie dont nous expliquerons la raison plus loin.

La prolongation de la crise détermine en effet une augmentation des conflits entre les plus grands Etats impérialistes dont les rapports deviennent de plus en plus tendus. Il s’agit désormais de remettre en jeu les équilibres établis à la fin de la seconde guerre mondiale et puis laborieusement retrouvés après la chute de l’empire russe dans les années 1990. Les Etats‑Unis demeurent l’Etat impérialiste militairement le plus fort, le vrai gendarme du monde, mais leur puissance économique montre des signes de faiblesse face à des concurrents comme la Chine. Ces difficultés de l’économie US sont devenues évidentes quand la nouvelle administration a commencé une guerre commerciale en introduisant des taxes sur de nombreux produits importés, considérés comme stratégiques par ce pays. Mais le fait que les Etats Unis produisent à des prix plus hauts que leurs concurrents, et qu’ils importent plus que ce qu’ils réussissent à exporter, qu’ils vivent au dessus de leurs possibilités en augmentant leur dette extérieure, montre leur faiblesse économique et financière. Et leur puissance économique demeure considérable tandis que leur puissance militaire et diplomatique les aide également à imposer le dollar comme la monnaie mondiale pour la plus grande partie des transactions commerciales et financières. La guerre des taxes n’en est qu’à ses débuts et a déjà provoqué de fortes préoccupations en Europe et également en Chine.

Or il devient évident que la Chine est en marche pour devenir la première puissance économique du monde. C’est pour cette raison que le gouvernement chinois a entrepris depuis des années une politique déterminée de réarmement avec l’intention de pouvoir opposer des forces armées à la superpuissance US et leurs alliés dans le Pacifique. Selon le SIPRI, les dépenses militaires en Asie et en Océanie ont augmenté pour la 29ème année consécutive. Cet effort de Pékin, 2ème grand dépensier du monde, est attesté non seulement par une dépense militaire croissante qui est passée de 108 milliards de dollars en 2008, soit 5,6% de la dépense mondiale, à 228 en 2017, soit 13,4% de la dépense mondiale, mais aussi par de grands progrès technologiques surtout en ce qui concerne l’aviation et la marine. La nouvelle politique chinoise cherche à étendre le contrôle sur la Mer de Chine méridionale et à protéger les routes commerciales qui unissent le pays à l’Océan Indien et à la Mer Méditerranéenne. Et ceci ne manque pas de préoccuper les autres économies voisines, à commencer par les États riverains de la mer de Chine : le Japon, la Corée du Sud, Taïwan, les Philippines, le Vietnam et l’Indonésie. Il s’agit d’un axe commercial important et qui le contrôle militairement peut couper l’approvisionnement des autres États. En outre l’activisme de la flotte militaire chinoise dans l’Océan Indien et l’ Océan pacifique ne peut qu’inquiéter ces États, ainsi que l’Australie et l’Inde.

Le Le conflit en Ukraine et l’annexion de la Crimée par la Russie, la guerre sans fin au Moyen Orient avec son extension au Yémen, le heurt en mer de chine méridionale pour le contrôle d’une série d’îlots stratégiques, les contrastes croissants dans différentes régions de l’Afrique pour l’accès aux zones de production de matières premières stratégiques, opposent entre eux les grands impérialismes et les impérialisme régionaux, et inquiètent les petits Etats, comme par exemple les Etats baltiques ou la Finlande vis à vis de la Russie, ou le Vietnam et les Philippines vis-à-vis de la Chine. Ces tensions croissantes, exacerbées par la crise du capital, conduit à des antagonisme entre des Etats secondaires, comme par exemple entre la Turquie et la Grèce pour le contrôle de la Mer Egée et de ses ressources pétrolières, mais aussi à des conflits entre des impérialisme régionaux, comme entre l’Arabie Saoudite et l’Iran, sans oublier la Turquie.

Ceux qui dominent les dépenses pour les armements ne sont qu’une « poignée de pays », comme l’écrivait déjà Lénine ; en effet les 15 Etats qui dépensent le plus représentent 80% de la dépense mondiale, et les deux premiers sont les Etats Unis et la Chine qui à eux seuls tiennent 48,6% ! C’est ce petit groupe d’États qui détient donc la force militaire suffisante non seulement pour défendre ses propres intérêts économiques, politiques, diplomatiques, mais pour les imposer aux Etats militairement et économiquement plus faibles.

Mais ce sont aussi les Etats les plus dépensiers en matière militaire qui, à de rares exceptions près, produisent les plus grands systèmes d’armes en usage dans leurs armées et qui les vendent à d’autres 4. Et ce secteur du commerce mondial a une évolution en forte croissance depuis 2002, tiré par la demande d’abord de l’Asie-Océanie puis du Moyen Orient, et n’a pas subi les contrecoups de la crise économique. Le SIPRI estime la valeur totale du commerce mondial des armes en 2016 vaut au moins 88,4 milliards USD, bien que l’institut déplore le manque de transparence des pays dans ce domaine ! Le volume des transferts internationaux d’armes majeures, dont le pic entre 1950 et 2016 se situe autour des années 1980 a subi une nette diminution après l’effondrement de l’URSS, mais il connaît de nouveau une remontée régulière depuis les années 2000 : pour les années 2013‑17 il es déjà supérieur de 10% à celles de 2008‑12. Le flux d’armes vers l’Asie‑l’Océanie et vers le Moyen Orient a augmenté de 86% entre 2007‑11 et 2012‑16 ! Tandis que les flux vers l’Afrique, les Amériques et l’Europe diminuaient. Les cinq principaux exportateurs d’armes au monde sont les USA (34% du total des exportations mondiales d’armes), la Russie, la France, l’Allemagne, et la Chine qui totalisent à eux seuls 74% du total des exportations d’armes en 2013‑17.

Nous allons donner un bref compte-rendu de la dépense militaire des dix premiers Etats qui s’arment le plus dans le monde et nous donnerons les chiffres en dollars courants 2017. Nous y ajouterons leurs implications dans la vente d’armes.

Les Etats Unis restent la plus grande puissance impérialiste mondiale, mais le maintien de leur appareil militaire, de dizaines et de dizaines de bases éparpillées dans le monde et de 7 flottes en action, a un coût énorme qui, au fil des ans, est arrivé en 2010 a représenter 4,7% du PIB, un des taux les plus importants dans le monde 5, puis ce taux s’est réduit les années suivantes pour atteindre 3,1% en 2017. Lors de son maximum de 2010, la dépense des USA atteignait 768 milliards, soit 45,6% de la dépense mondiale, tandis qu’en 2017 elle est descendue à 597 milliards, soit 35,2%. Le SIPRI estime que la baisse des dépenses militaires américaines amorcée en 2010 a pris fin et que « les dépenses militaires américaines devraient sensiblement augmenter en 2018 afin de soutenir l’augmentation du personnel militaire et la modernisation des armes classiques et nucléaires ». Mais il s’agit aussi de faire des affaires car la production d’armements est une grande affaire économique pour les USA et correspond à 34% des exportations mondiales d’armement. Les exportations d’armes des USA ont augmentées de 25% entre la période 2008‑12 et celle de 2013‑17 et fournissent 98 Etats. En 2017, elles s’élevaient à 12,4 milliards de dollars, en direction de dizaines de pays dont les plus importants se trouvent dans les régions les plus « chaudes » du monde : au Moyen Orient (49% du total des exportations d’armes des USA), l’Arabie Saoudite (3 425 millions), l’Irak (506), Israël (515), les Émirats (499), le Qatar(496) ; et en Asie orientale, l’Australie (1 172), le Japon (479), la Corée du Sud (456), Taïwan (493). On peut ainsi voir dans ce commerce les futures alliances militaires !

La Chine, deuxième du classement, que les Etats Unis de Trump désignent comme une des puissances « révisionnistes », avec la Russie, et qu’ils individualisent comme étant leur principal adversaire au niveau mondial dans la période à venir, poursuit sa politique de renforcement et de modernisation de ses forces armées, surtout celle de l’aviation et de la marine, afin de briser l’encerclement qu’elle subit de la part des USA et de leurs alliés dans l’Océan Pacifique. En 2008, la dépense militaire chinoise représentait 7% de la dépense mondiale et atteint en 2017 13,4%. Sa dépense militaire qui est ainsi passée de 108 à 228 milliards (contre 597 milliards pour les USA) de dollars durant cette période, représente seulement 1,9% de son PIB. Et Pékin prévoit pour 2018 une augmentation des dépenses militaires de 8,1% par rapport à 2017. La Chine cherche à se rendre de plus en plus autonome en ce qui concerne la production de ses différents armements, comme le démontre la diminution constante de ses importations qui ont baissé de 19% entre la période 2008‑12 et celle de 2013‑17. Mais elle demeure en cinquième position parmi les importateurs d’armement tandis que s’accroît son pourcentage d’exportations, surtout vers le Pakistan (514 millions), le Bangladesh (204), la Thaïlande (129) et Myanmar (70), sans parler de nombreux Etats africains. Elle est le cinquième exportateur d’armes au monde en 2013‑17 et ses exportations ont augmenté de 38% entre 2008‑12 et 2013‑17, surtout vers le Pakistan, puis l’Algérie, le Bangladesh, et des pays d’Afrique subsaharienne.

L’Arabie Saoudite est le troisième pays au monde pour la dépense militaire et le second importateur d’armes, tout de suite après l’Inde. Sa dépense militaire a subi une réduction brutale en 2016 en passant de 90 à 64 milliards de dollars, mais en 2017 elle est remontée à environ 70 milliards. Elle correspond à 10,3% du PIB de Riyad ! Depuis des années la dynastie saoudite est en guerre au Yémen et indirectement en Syrie en fournissant des armes et des équipements à différents groupes islamistes.

Actuellement elle s’allie de fait à Israël et aux Etats Unis contre l’Iran. L’Iran avec 19% supplémentaire et l’Irak avec 22% ont également enregistré des hausses significatives des dépenses militaires en 2017 par rapport à 2016. En 2017, les dépenses militaires au Moyen Orient correspondaient à 5,2% du PIB de cette région ; aucune région du monde n’a consacré plus de 1,8% de son PIB aux dépenses militaires. Les importations d’armes ont doublé au cours des dix dernières années dans cette région et représentent 32% des importations mondiales d’armes en 2013‑17 et l’Arabie Saoudite est le deuxième importateur d’armes au monde, l’Égypte étant le 3ème et les Émirats arabes unis le 4ème.

L’Inde participe activement à cette course au réarmement en prenant la quatrième place du peloton. Elle se trouve encerclée par la Chine qui contrôle le Tibet et qui a récemment tenté d’occuper militairement une position stratégique sur le plateau du Doklam au Bhoutan qui permet de couper les Etats indiens de l’Est du reste de l’Inde. Sans oublier les ports en eaux profondes au Sri‑Lanka et au Pakistan utilisés par la flotte de guerre chinoise. En outre le Pakistan est utilisé comme canon contre l’Inde. Cette situation pousse inévitablement l’Inde à s’armer. On peut ajouter que l’affrontement avec la Chine est inéluctable, tout comme il l’a été à la fin du 19° siècle et au début du 20° entre la France et l’Allemagne. De ce fait l’Inde est le quatrième pays au monde pour la dépense militaire, en passant de 41 milliards en 2008 à 60 en 2017, soit de 2,7% à 3,7% de la dépense mondiale, et 2,5% de son PIB. L’Inde est le premier pays au monde pour les importations d’armes, représentant 12% de la dépense mondiale en armements. Dans la période 2013‑17, le premier pourvoyeur d’armes à l’Inde, avec 62% du total, a été la Russie, mais les Etats‑Unis ont augmenté ces dernières années de plus de cinq fois leurs exportations vers ce pays ce qui en fait le 2ème fournisseur d’armes de l’ Inde. Au Pakistan, les importations d’armes ont diminué de 36% entre 2008‑12 et 2013‑17 et le pays représente 2,8% des importations d’armes mondiales en 2013‑17, la provenance des USA ayant diminué de 76%. Avec l’adhésion de l’Inde au Pacte QUAD, à la fonction anti‑chinoise, avec les USA, le Japon, l’Australie, il est probable que la balance passe du côté des USA qui, dans le même temps, ont réduit leurs exportations d’armes vers le Pakistan de 76% entre la période 2008‑12 et celle de 2013‑17. On est loin du Congrès de Bandung de 1955, où les représentants des différentes bourgeoisies « révolutionnaires » du Tiers‑Monde – Nasser, Nehru, Soekarno (Indonésie) et Zhou Enlai (Chine), entre autres – se retrouvèrent pour célébrer l’amitié entre les peuples et la lutte contre l’impérialisme occidentale, USA et Europe de l’Ouest ! L’accumulation du capital dans ces pays, surtout en Chine, montre aujourd’hui la vrai face des ces différentes sociétés bourgeoises et l’avenir que ces bourgeoisies préparaient.

Passons à la Russie. On voudrait bien nous la présenter comme l’ennemi principal des USA ! Mais, si elle peut constituer un danger dans l’immédiat pour sa politique envers la Syrie, l’Ukraine, la Géorgie et d’autres Etats qui ont fait partie de l’ex empire russe, elle n’a pas la structure économique suffisante pour s’élever au rang de puissance mondiale comme les USA et la Chine, malgré son extension territoriale et sa récente restructuration et modernisation de son appareil militaire. La dépense militaire de la Russie ces dix dernières années se positionne à la cinquième place. Elle a atteint son maximum en 2016 mais en raison de problèmes économiques, elle a chuté de 20% en 2017, passant de 5,5% de son PIB à 4,3%. Ses exportations d’armes qui font de la Russie le deuxième exportateur d’arme après les USA se sont également réduites de 7,1% de la période 2008‑12 à celle de 2013‑17, malgré les succès obtenus dans sa politique extérieure avec l’annexion de la Crimée ou lors de son appui au régime de Assad en Syrie. Ses exportations sont dirigées vers quelques pays traditionnellement liés à l’ex Union Soviétique ; ces deux dernières années, elle a ainsi exporté en Inde (4 075 millions), Algérie (2 348), Chine (1 499), Egypte (1 288), Vietnam (1 167).

La France est au sixième rang de la dépense militaire mondiale, derrière la Russie (en dollars constants 2016, la Russie se retrouve derrière la France !), pour la décennie 2008‑17, avec 57,7 milliards de dollars de dépense en 2017. Son pourcentage de dépense mondiale est passée de 3,5% en 2008 à 3,3% en 2017. Du fait que la France se situe au même niveau que la Russie pour les dépenses militaires, il ne s’ensuit pas qu’elle produit la même quantité d’armement et que leurs forces armées sont équivalentes. La comparaison en prix montre ici ses limites. Le salaire d’un militaire russe ou français n’est pas le même. Il en va de même pour les salaires des ouvriers russes et français. Ce qui fait que l’entretien des armées en Russie et la production des armes coûtent moins cher. Du reste il suffit de comparer le nombre d’hommes sous les drapeaux pour voir la différence : 766 000 hommes en Russie, contre 265 000 pour l’armée française. Sur le front des exportations d’armes, la France occupe la troisième place, loin derrière les USA et la Russie, avec 7% en 2017 du total mondial. L’interventionnisme français dans les conflits internationaux est bien connu ! La France exporte un peu partout dans le monde, comme les USA, mais parmi ses meilleurs clients nous trouvons l’Égypte, où elle a exporté ces deux dernières années pour 1 676 millions de dollars, l’Inde (446), la Chine (255), Singapour (213), l’Indonésie (160).

En septième position, voici la Grande Bretagne qui suit de près la France et la Russie. Après avoir atteint un maximum en 2009 avec 58 milliards, elle affiche une réduction continue atteignant ces dernières années 47,1 milliards. Dans la décennie 2008‑17, sa dépense atteint 522 milliards, et le pourcentage par rapport à son PIB passe de 2,4% en 2009 à 1,8% en 2017. La Grande Bretagne exporte surtout vers les Etats sur lesquels elle exerce son influence traditionnelle : l’Arabie Saoudite (1 279 millions ces deux dernières années), Oman (540), l’Inde (143).

Le Japon prend la huitième place mondiale pour la dépense militaire dans la décennie 2008‑17. Comme beaucoup d’autres Etats de la région, ce pays se sent menacé par la nouvelle stratégie militaire « révisionniste » développée par la Chine, et a tendance à se réarmer. Malgré qu’il n’ait pas officiellement une armée, mais seulement une « Force d’autodéfense », il dispose de la flotte la plus puissante dans le Pacifique, après celle des USA. Sa dépense militaire tourne autour des 46 milliards de dollars par an, soit 0,9% de son PIB, depuis des années, et en 2017, il est passé à 2,6% de la dépense militaire mondiale. Récemment le gouvernement japonais a supprimé les limitations législatives pour les exportations d’armes et on peut prévoir que le Japon pourra bientôt occuper une place de premier rang comme exportateur d’armes, étant donné le haut niveau technologique des armes qu’il produit, surtout dans le secteur aéronaval.

L’Allemagne arrive en neuvième position. Elle a maintenu depuis des décennies une dépense militaire basse, avec 1,3% de son PIB. En 1992, elle était à 54 milliards, derrière les USA et la France. En 2013, elle est descendue à 39 milliards pour remonter à 44, avec toujours 1,2% du PIB. Elle est le 4ème exportateurs d’armes au monde en 2013‑17. Ces deux dernières années, elle a surtout exporté vers la Corée du Sud (777 millions), l’Algérie (613), l’Italie (560), le Qatar (371), l’Égypte (340), la Grèce (275), l’Indonésie (168), les USA (150), l’Arabie Saoudite (118). Ses exportations d’armes vers le Moyen Orient ont augmenté de 109%. Dans la période 2010‑17, elle a égalisé la France avec 5,8% des exportations mondiales, mais la dernière année, alors que la France était passée à 7%, l’Allemagne descendait à 5,3%.

Et en dixième position, voici la Corée du Sud qui est certainement un des pays dans l’œil du cyclone. Depuis la fin de la guerre civile, le pays est « protégé » par un fort contingent de troupes US d’environ 35 000 hommes. Depuis peu y a été installé un système anti missiles d’avant garde, fourni par les Etats Unis, le Thaad, sous le motif de protéger le pays d’une attaque en provenance de la Corée du Nord. En réalité, cette appareil permet de contrôler les cieux de la Chine méridionale, et Pékin a plusieurs fois montré son hostilité à ce déploiement, menaçant ouvertement d’entreprendre des rétorsions. La Corée du Sud, qui en 1992 dépensait 17 milliards de dollars en armements, est parvenue en 2008 à 29, soit 1,9% du total mondial. Sa dépense a ensuite régulièrement augmenté jusqu’à atteindre 39 milliards en 2017, soit 2,6% de son PIB et 2,2% de la dépense mondiale. Ces investissements sont surtout destinés au renouvellement complet de la flotte avec sa transformation d’une marine de défense côtière à des navires en mesure de défendre les lignes de communication maritime du pays, et la perspective est de se doter de sous marins à propulsion nucléaire. La Corée du Sud se trouve à la onzième place des pays exportateurs d’armes avec 587 millions, mais ses exportations sont en nette augmentation et son activisme dans la réalisation de nouveaux navires influencera positivement dans les prochaines années également ses exportations. Les trois contrats les plus importants pour la fourniture de navires en 2017 ont étés ceux avec l’Indonésie (160 millions), les Philippines (132), la Grande Bretagne (133) ; et en 2016, elle a vendu à l’Irak des armes pour 427 millions de dollars.

On peut ajouter à tout ceci que de nombreux Etats européens sont membres de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) et ont convenu d’augmenter leurs dépenses militaires, arguant du fait que la Russie constituait une menace croissante. Le total des dépenses militaires des 29 membres de l’OTAN s’élève à 900 milliards de dollars en 2017, soit 52% des dépenses mondiales.

Depuis le milieu des années quatre vingt, les différents Etats d’Europe de l’Ouest ont diminué constamment leur effort militaire, divisant au fil des ans pratiquement par deux le poids de leur dépenses militaires dans leur PIB. Ainsi par exemple la France est passé de 3,7% à 2,3%, l’Allemagne de 3,2% à 1,2%, l’Angleterre de 4,9% à 1,8%, pour ne citer que les principaux pays. Mais cela est vrai pour tous les pays d’Europe de l’ouest. Cependant il ne fait pas de doute que l’accroissement des tensions géopolitique et récemment les grandes manœuvres qu’entreprend la Russie, manœuvres inédite depuis la guerre froide, ne peut que relancer la course aux armements en Europe. L’impérialisme russe, qui se trouve en position de faiblesse sur le terrain économique, a coutume d’utiliser l’intimidation militaire comme moyen diplomatique. En 2017, déjà il avait réalisé une véritable provocation en effectuant des manœuvres militaires aux frontières même des Pays‑Baltes et de la Pologne. Cette année la Russie organise en septembre 2018 des manœuvres d’une ampleur jamais vue depuis la guerre froide. Et fait nouveaux des troupes chinoises participent à ces manœuvres militaires. La Chine, après la route de la soie qu’elle veut créer pour inonder l’Europe de ses marchandises et plus tard de ses capitaux, montre qu’elle pourrait participer à une invasion militaire de l’Europe par la voie terrestre. Pour le moment il s’agit seulement de moyens de pression de la part de la Russie, qui a pris la précaution de réaliser ces manœuvres en grand de l’autre côté de l’Oural et dans la partie orientale de la Sibérie. Et elle a en outre invité les représentants de l’OTAN comme observateurs. Néanmoins ces manœuvres sont inédites par leur ampleur – 300 000 soldats, 36 000 véhicules militaires, 1 000 avions et 80 navires, etc... – dépassant celle de 1981, au temps de l’URSS, qui avait déjà une dimension exceptionnelle. Depuis 2005 la Chine participe à des manœuvres communes avec la Russie, mais jusqu’ici elles avaient lieu dans le pacifiques, le long des côtes chinoises. En 2017, cependant elle a envoyé trois navires de guerre pour participer à une manœuvre navale conjointe avec la Russie dans la mer Baltique. La participation chinoise à des manœuvres terrestres en Sibérie est un pas de plus et marque un tournant qui ne peut pas ne pas inquiéter les Etats majors européens.

PRINCIPAUX EXPORTATEURS ET IMPORTATEURS
D’ARMES MAJEURS 2013‑2017
EN % DU VOLUME TOTAL (SIPRI
6)
EXPORTATEUR
IMPORTATEURS
USA 34% INDE 12%
RUSSIE 22% ARABIE SAOUDITE 10%
FRANCE 6,7% EGYPTE 4,5%
ALLEMAGNE 5,8% EMIRATS 4,4%
CHINE 5,7% CHINE 4,0%
ROYAUME-UNI 4,8% AUSTRALIE 3,8%
ESPAGNE 2,9% ALGÉRIE 3,7%
ISRAËL 2,9% IRAK 3,4%
ITALIE 2,5% PAKISTAN 2,8%
    INDONÉSIE 2,8%

La course aux armements bat son plein ! Les plus puissants pays impérialistes dont le peloton de tête est constitué par les deux grands rivaux, les USA et la Chine, se préparent donc, après une guerre économique impitoyable pour l’obtention des marchés mondiaux et l’augmentation des taux de profit sur le dos des travailleurs, à l’éventualité d’un affrontement militaire. Celui‑ci a déjà commencé dans le reste du monde, et pourrait conduire à une guerre directe entre clans impérialistes pour le partage du monde, c’est‑à‑dire à une troisième guerre mondiale. Une nouvelle guerre mondiale serait une catastrophe pour l’humanité et repousserait d’autant la venue d’une société communiste où l’exploitation de l’homme par l’homme sera enfin bannie. Seul le prolétariat international peut empêcher ce massacre et cette destruction de forces productives en relevant le défi que désormais son ennemi mortel lui lance ! A bas la société de classe et ses exploiteurs ! Qu’advienne la lutte du prolétariat international derrière ses organisations de classe et son parti communiste international ! Vive la dictature du prolétariat qui viendra abolir le mode de production capitaliste, désormais parasitaire, pourvoyeur de destructions et de morts, et permettra de passer au mode de production communiste !

DÉPENSES MILITAIRES DANS LE MONDE en 2017
Rapport SIPRI 2018 7 (pour les pays dépensant plus de 10 Milliards de dollars par an)
RÉGIONS du MONDE
et PAYS
Milliards
de dollars
constants
2016
Milliards
de dollars
courants
2017
%
du PIB
% de la
dépense
mondiale
%
Variation
2017
sur 2000 8
AFRIQUE   42,600      
     Afrique du Nord   21,100      
          Algérie 9,684 10,073 5,7%   299,0%
     Sub Saharienne   21,600      
AMÉRIQUE   695,000      
     Amér.Centr.et Caraïbes   7,600      
     Amérique du Nord   630,000      
          Canada 19,837 20,567 1,3%    
          1 - USA 597,178 609,758 3,1% 35,1% 42,0%
     Amérique du Sud 82,700 57,000   3,3%  
          Brésil 25,751 29,283 1,4% 1,7% 51,2%
ASIE & OCÉANIE   477,000   27,4%  
     Asie de l’Est   323,000      
          2 - Chine 228,173 228,231 1,9% 13,1% 452,2%
          8 - Japon 46,556 45,387 0,9% 2,6% 2,5%
          10 - Corée du Sud 37,560 39,153 2,6% 2,3% 84,2%
          Taïwan 9,875 10,569 1,8% 0,6% -0,9%
     Asie du Sud          
          5 - Inde 59,757 63,924 2,5% 3,7% 118,6%
          Pakistan 10,378 10,774 3,5% 0,6% 94,7%
     Asie du Sud Est          
          Singapour 10,122 10,198 3,3%   41,8%
     Océanie 29,900        
          Australie 26,102 27,462 2,0%   83,5%
EUROPE   342,000      
     Europe Centrale   24,100   1,4%  
          Pologne 9,519 10,010 2,0% 0,6% 93,5%
     Europe de l’Est   72,900      
          4 - Russie 9 55,327 66,335 4,3% 3,8% 239,3%
     Europe de l’Ouest   245,000   14,0%  
          6 - France 56,287 57,700 2,3% 3,3% 10,6%
          7 - UK 48,383 47,193 1,8% 2,7% 11,1%
          9 - Allemagne 43,023 44,329 1,2% 2,6% 1,6%
          Italie 28,417 29,236 1,5% 1,7% -20,6%
          Pays-Bas 9,780 10,049 1,2% 0,6% 1,6%
          Espagne 15,686 16,227 1,2% 0,9% -9,1%
MOYEN ORIENT          
          Iran 14,086 14,548 3,1% 0,8% 140,3%
          Israël 15,501 16,489 4,7% 1,0% 18,9%
          3 - Arabie Saoudite 69,521 69,413 10,3% 4,0% 118,2%
          Turquie 19,580 18,190 2,2% 1,0% 15,9%
AUTRES PAYS NON DÉTAILLÉS          
TOTAL MONDIAL   1739,000 2,2% 100,0%  
29 membres de l’OTAN   900,000   51,8%  

 

 


1 Le SIPRI est un institut international basé en Suède, consacré à faire des recherches concernant les conflits, l’armement, le contrôle des armements et le désarmement ! Cet institut se donne pour mission (impossible) de préserver la paix dans le monde. Il s’agit d’un parmi tant d’autres « groupes de réflexion » (ou Think Tank) dont la bourgeoisie s’entoure de par le monde, et qui est formé le plus souvent d’anciens diplomates de différentes nations. Il est établi à Stockholm en Suède, et se donne pour mission de fournir des informations et des recommandations aux décideurs, chercheurs, médias et au public afin de maintenir « la paix »… du monde occidental. Nous pouvons souligner que celui qui est à l’origine du projet est en 1964, le Premier ministre de Suède, Tage Erlander, qui avança l’idée d’établir un institut de recherches pour la paix afin de commémorer les 150 ans de paix en Suède ! La bourgeoisie suédoise a en effet échappé aux deux premières guerres mondiales et espère échapper à la 3ème armée de ses distributions de Nobel et autres instituts !

2 Les dollars constants en gommant l’inflation permet des comparaisons entre différentes années et les dollars courants comprend l’inflation.

3 Le PIB correspond à l’ensemble de la valeur produite (en dollar) par pays pour une année ; la dépense des gouvernements y est donc incluse.

4 Voir Tableau récapitulatif en fin d’article : Data for all countries from 1988‑17 in constant (2016) USD.pdf ; Rapport SIPRI 2017 : voir tableau.

5 D’autres États, mais bien plus petits, comme Israël ou l’Arménie, qui était en guerre avec l’Azerbaïdjan, ont un taux de dépense, par rapport à leur PIB, comparable voire même plus élevé. Mais évidemment les sommes ne sont pas les mêmes. Israël est un moustique, même si par rapport à son PIB, ses dépenses militaires sont élevées.

6 Rapport du 12 mars 2018.

7 www.org/databases/milex :Military expenditure by country, in constant (2016) US$ m., 2009-2017 - SIPRI 2018

8 calculée avec les valeurs de la dépense militaire en dollars constants (2016) des années 2000 et 2017.

9 En 2017 à cause de la crise économique, suite à son contingentement économique de la part de l’Europe et des États-Unis, à la suite de son invasion de l’Ukraine, la Russie a dû temporairement diminuer ses dépenses militaires de 20% en 2017. Pour ne pas fausser la tendance de fond depuis 2000, nous prenons comme référence l’année 2016, au lieu de 2017, pour la variation 2017/2000.