Parti Communiste International
L’internationalisme syndical de collaboration de classe

Juin 2019

 

L’Internationalisme des travailleurs est à l’ordre du jour et une nécessité pour la lutte des prolétaires désormais imbriqués dans le contexte économique mondial et ses crises. La proximité d’une crise énorme du capitalisme affole les bourgeoisies et les organisations pseudo-prolétariennes. Malheureusement les organisations syndicales internationales actuelles qui se disputent les voix des prolétaires ne servent qu’à dévoyer la lutte des travailleurs au profit de leur classe dominante nationale. Essayons de faire le point sur la situation.


La création des Internationales syndicales : 1918‑1940

Les années 1880‑90 furent marquées par de nombreuses grèves ouvrières dans les pays industrialisés d’Europe, particulièrement en Allemagne. Pour y répondre et endiguer la montée du mouvement ouvrier tout en tentant d’ “organiser” la concurrence “déloyale” des pays faisant travailler leur prolétariat dans des conditions plus avantageuses pour leur patronat, la bourgeoisie essaya quelques manœuvres “diplomatiques” afin de réglementer le travail dans les mines, des femmes et des enfants et du dimanche. Une politique internationale du travail était esquissée à la conférence internationale de Berlin en mars 1890 à l’invitation de Bismarck et de l’empereur Guillaume et réunissait les principaux États industriels d’Europe à l’exception de la Russie, considérée comme insuffisamment industrialisée. Les vœux pieux ne manquèrent pas. D’autres conférences eurent lieu en Suisse en 1897,1905 et 1906.

Du côté du mouvement ouvrier, les étapes se multiplièrent aussi. En 1913 à Zurich était créée une première fédération rassemblant des syndicats dont certains avaient été membres de l’Association Internationale des Travailleurs, ou Première Internationale, fondée à Londres en 1864 avec Marx‑Engels, Bakounine, etc., mais qui n’avaient pas trouvé leur place dans la Deuxième Internationale, ou Internationale Ouvrière, fondée en 1889 où dominaient les partis politiques socialistes, principalement celui allemand, qui voulaient contrôler les syndicats.

Soulignons que les grands syndicats allemands restèrent intégrés dans le Parti Social-démocrate dont ils occupèrent l’aile droite.

Lors du congrès à Londres en 1896 de la Deuxième Internationale, la décision d’exclure les anarchistes était prise. La CGT (fondée en 1895, mais faiblement implantée dans les syndicats français, elle se déclarait anti‑militariste et anti patriotique) et le Trades Union Congress ou TUC britannique, dominés tous deux par les anarcho-syndicalistes, se retirèrent de la Deuxième Internationale.

En 1901, des syndicalistes allemands, belges, anglais, scandinaves, et la CGT, créaient le Secrétariat Syndical International ou SSI, qui n’admettait qu’une seule organisation syndicale par pays, et dont le rôle devait rester modeste. Le SSI dont le siège se trouvait à Berlin était dominé par la Confédération Allemande des Syndicats Libres mené par le réformiste Carl Legien (1).

Plus d’un million d’ouvriers allemands étaient couverts par une convention collective en 1905 et les commission des syndicats rayonnaient dans le Parti Socialiste allemand, le SPD. Évidemment Legien poursuivit de sa vindicte le syndicalisme révolutionnaire de la CGT (400 000 membres contre 2 millions et demi pour l’organisation de Legien!), le moyen de la grève générale, ainsi que tout souffle révolutionnaire en général ! Mais après 1906, le syndicalisme révolutionnaire commençait à battre de l’aile au sein de la CGT qui prenait la route lentement du réformisme avec l’arrivée de Léon Jouhaux comme secrétaire en 1909. Cette même année, l’American Federation of Labor (AFL, créée en 1886 principalement pour les ouvriers qualifiés et qui soutiendra l’effort de guerre), rejoignait le SSI imposant une prise de distance de celui‑ci à l’égard de la Deuxième Internationale

Après le premier conflit mondial qui vit la trahison des sociaux démocrates et des syndicalistes réformistes nationaux dans l’Union Sacrée, et dans un contexte de montée des mouvements révolutionnaires, le moyen utilisé pour “garantir la paix mondiale et sociale” fut la créationen, 1919, de la Société des Nations avec l’Organisation Internationale du Travail (OIT) et son bureau exécutif, le Bureau international du travail (BIT), à la tête duquel fut placé le français Albert Thomas (2), admirateur du modèle de productivité américaine, et soutenu par Léon Jouhaux, syndicaliste (secrétaire de la CGT de 1909 à 1947, puis fondateur de FO). L’OIT se donna pour but de promouvoir les droits au travail et de renforcer le “dialogue social”. En 1946, elle passait sous la tutelle des Nations Unies et son siège était transféré à Genève en Suisse. Il s’agissait d’une structure tripartite réunissant des représentants des travailleurs choisis sur le volet, des employeurs et des gouvernements. Ajoutons que en 1969 le prix Nobel de la paix lui a été attribuée, la paix sociale bien entendu !!

En 1913, le SSI devenait la Fédération Syndicale Internationale (FSI) à Zurich qui regroupait les syndicats réformistes, et elle élisait à sa tête l’allemand Carl Legien ; ce dernier se maintint à la tête du réformisme syndical contre révolutionnaire durant la guerre civile allemande de 1918. Le siège de la FSI passait de Berlin à Amsterdam, pays neutre.

En 1918, la conférence syndicale de Londres organisée par la FSI se prononçait pour le programme du président Wilson et la création de la Société des Nations avec l’OIT. L’OIT mena une véritable politique soucieuse de préserver la productivité de chaque pays en perfectionnant la rationalisation du travail et la formation professionnelle. En 1919 à la conférence d’ Amsterdam, les syndicats réformistes créaient l’Internationale d’Amsterdam (son siège se trouvait dans cette ville) rassemblant les syndicats ouvriers les plus réformistes et qui étaient donc hostiles aux syndicats révolutionnaires. L’AFL y participa mais s’en retirait en 1924 (les USA optaient pour l’isolationnisme). Le syndicaliste britannique W. A. Appleton était nommé président, le syndicaliste français Léon Jouhaux et le syndicaliste belge Corneel Mertens en étaient vice présidents. La FSI restait très liée à l’OIT de la Société des Nations. Puis lors de la montée des fascismes italien et allemand, les syndicats de ces deux pays au sein de la FSI disparurent.

En janvier 1918, les bolcheviks, face à l’impossibilité pour les syndicats les plus révolutionnaires de demeurer au sein de l’Internationale d’Amsterdam, appelaient à la constitution de L’Internationale Syndicale Rouge ou Profintern, proche de l’ Internationale communiste. Créée en juillet 1921, condamna la politique réformiste de la FSI et de l’OIT, défendant le syndicalisme d’industrie contre les syndicats de métier, majoritaires au sein de la FSI. Elle privilégiait l’action revendicative. Mais elle connut le sort de l’Internationale Communiste, se dissolvait en 1937 pour rejoindre en 1945 la nouvelle Internationale syndicale, la FSM.

Avec la dissolution de l’Internationale Syndicale Rouge en 1937 et la disparition des centrales syndicales des pays de l’Axe, ne subsistaient comme organisation internationale que la Fédération Syndicale Internationale, et la Confédération Internationale des Syndicats Chrétiens (CISC). Cette dernière avait été fondée en 1919 à La Haye aux Pays Bas avec les syndicats chrétiens ; elle comptait peu de membres, était influente en Suisse et en Belgique; devint en 1968 la Confédération Mondiale du Travail (CMT). Ces deux Internationales syndicales durant la Seconde Guerre mondiale se trouvaient dans le camp des Alliés et leurs directions à Londres.


Les fédérations syndicales internationales après la 2ème guerre mondiale

L’après guerre fut marqué au niveau international par la “guerre froide” entre les deux impérialismes soviétique et américain, ce qui se répercuta sur les organisations internationales. La Fédération Syndicale Mondiale ou FSM fut fondée en 1945 à Paris sous l’impulsion de la CGT et des TUC britanniques. Elle était rejointe par les organisations de la FSI. Trois tendances s’y affrontèrent : une proche des PC staliniens et donc de l’URSS stalinienne, une fortement anti soviétique et une centriste avec la CGT française et le américain Congress of Industrial Organization (CIO) fondé en 1938 pour les ouvriers non qualifiées dans les industries. La Confédération Syndicale Chrétienne (elle était pour le pluralisme syndicat et la non centralisation) et l’American Federation of Labour (AFL, développée aux USA et Canada, première organisation syndicale US, férocement anti‑soviétique) refusèrent d’y adhérer.

Les années 1945‑47 furent celles des unités nationales pour la reconstruction. Socialistes et PC staliniens, et les syndicats réformistes, étaient pour suspendre la lutte de classe. “Travailler d’abord, revendiquer ensuite”, telle fut alors en France la devise de la CGT. En 1946, les anarcho-syndicalistes, opposés à cette directive, et les anti‑staliniens quittaient la CGT pour fonder la Confédération Nationale du Travail (CNT), et désertaient le PCF.

Avec le démarrage du Plan Marshall pour “la reconstruction de l’ Europe” en 1947 (Staline refusa l’aide US!) des tensions apparaissaient au sein de la FSM, les organisations se partageant entre celles qui le refusaient (syndicats dominés par les partis staliniens) et celles qui l’acceptaient (américains, britanniques, scandinaves) qui finirent par quitter la FSM. Des experts actifs au sein des missions Marshall étaient fournis par les deux grands syndicats américains AFL et CIO, viscéralement opposés aux soviétiques.

En effet, en mars 1948, le représentant de l’AFL, Irwing Brown, convoquait à Londres une conférence des organisations syndicales partisanes du plan Marshall. La Confédération Internationale des Syndicats Chrétiens (puissante en Belgique et en Italie mais faible en France) était également présente. Le TUC britannique, le CIO américain et les syndicats néerlandais quittaient la FSM. Mais cela ne suffisait pas. Irwing Brown, agent de la CIA, qui fut chargé en 1944 de préparer le débarquement en Sicile puis en Provence, joua un grand rôle en Europe de l’Ouest et en Afrique dans la lutte contre l’influence des staliniens au sein des syndicats et s’attacha à affaiblir les mouvements des partis staliniens en Europe. La CIA avec Irwing Brown souhaitait favoriser en France et en Italie des syndicats non communistes pour affaiblir la CGT et son homologue italienne, la Confederazione Génerale Italiana del Lavoro (CGIL), toutes deux proches des partis communistes staliniens et donc de l’URSS.

En France Brown soutint financièrement ainsi la scission au sein de la CGT : André Bergeron et Léon Jouhaux quittèrent la CGT pour fonder la CGT‑Force ouvrière, avec la minorité CGT partisane du plan Marshall, principalement des socialistes, et une aile anarcho-syndicaliste à qui les staliniens faisaient la vie dure. Pierre Monatte, figure historique de l’anarcho-syndicalisme français, à la CGT d’avant 1914, exclu du PCF en 1924, tout en demeurant à la fédération du Livre‑CGT, appelaient lui aussi à rejoindre FO (3), l’activité militante au sein de la CGT désormais dominée par les staliniens devenant impossible. De nombreuses fédération comme la FEN (éducation nationale) quittèrent la CGT mais ne rejoignirent aucune des internationales syndicales. A sa création, la CGT‑FO recevait le soutien logistique et financier de syndicats belges, allemands et de l’AFL.

En Italie survint aussi la scission de la CGIL en 1948‑49.

Irwing Brown, installé en France à la fin des années 1950, prit une part active dans la lutte contre les communistes grecs et Salvador Allende au Chili ; il finança le parti algérien, Mouvement National Algérien au cours de la guerre d’Algérie et certaines tendances du Front de Libération Nationale.

La FSM devenait ainsi complètement contrôlée par les PC staliniens et le bloc impérialiste soviétique et, expulsée de son siège parisien en 1951, s’installait à Prague. Elle allait désormais suivre les méandres de la diplomatie soviétique avec l’expulsion des syndicats yougoslaves en 1950, chinois et albanais en 1966. La CGT française et la CGIL italienne en étaient les principaux membres.

Le bloc impérialiste américain continua son œuvre. Et en décembre 1949 naissait à Londres la Confédération Internationale des Syndicats Libres (4) ou CISL, sous l’impulsion de l’AFL avec Irving Brown. Elle dénombrait 225 membres dans 148 pays avec un siège à la Maison Syndicale Internationale à Bruxelles, et désigna son principal ennemi : l’URSS et les syndicats “communistes”. Son président était un néerlandais, son vice président Léon Jouhaux, ex CGT passé à FO. Elle regroupait la majorité des syndicats social démocrates comme FO, la DGB allemande, la CIO américaine, et d’autres ouvertement à droite comme l’AFL, favorable à la libre entreprise. La Confédération Chrétienne Refusait de se dissoudre pour rejoindre la CISL.

La CISL fut favorable à la création de la Communauté Économique européenne, fondée par le traité de Rome de 1957, ou Marché Commun – encouragée alors par la bourgeoisie US – tandis que la FSM avec la CGT y étaient évidemment hostiles en tant que machine de guerre, comme le plan Marshall, contre l’URSS. La CISL mettait en place un Secrétariat Syndical Européen (SSE) regroupant ses organisations de l’ Europe des six, qui en 1969 devenait la Confédération Européenne des Syndicats (CES) à laquelle finalement adhérait en 1973 la Confédération Internationale des Syndicats Chrétiens. La CES se donnait pour mandat d’agir dans le cadre du processus d’intégration européenne, donc de participer à la construction de l’Union Européenne qui la reconnaissait comme seule organisation syndicale européenne représentative. Le TUC britannique et la CGT la rejetèrent, FO et la Confédération Française des Travailleurs Chrétiens (CFTC, qui devenait en 1964 la CFDT, ouverte aux non‑chrétiens !) y adhéraient. En effet, la CES s’inscrivait pleinement dans le camp “atlantiste” de l’OTAN.

En 1965, la centrale italienne CGIL créait un comité pour l’unité d’action syndicale en Europe occidentale afin d’avoir une représentation avec un siège à Bruxelles et des liens avec l’administration de la CEE ; la CGT, contrainte par la FSM, la rejoignait sans enthousiasme. CGT et CGIL faisaient leur entrée au conseil économique et social européen sur décisions de leurs gouvernements respectifs ! La CGIL, alors contrôlée par le PCI, ne résista pas et évolua très rapidement vers la reconnaissance de la CEE, en quittant la direction de la FSM en 1969 puis en rejoignant la CES en 1974, rompant les relations avec la CGT et la FSM ! La CGT résista plus longtemps ! L’AFL‑CIO (fusion en 1955 de l’AFL et du CIO, et principal regroupement syndical des USA soit 25% des ouvriers américains) se retirait, hostile au rapprochement avec les syndicats “communistes” et à la prédominance de la social-démocratie ; elle réintégrera la CISL en 1989.

Les années 70 furent celles du début d’une grande crise économique au niveau mondial, et les années 1985‑89 celle de l’éclatement de l’URSS. Dès 1969, le discours de la CGT vis à vis du marché commun s’était adouci. En 1975, la CGT quittait la direction de la FSM tout en y demeurant affiliée et demandait son adhésion à la CES, ce que lui refusèrent la CFDT et FO en exigeant qu’elle se retirât de la FSM et qu’elle fasse un peu plus de “nettoyage”. Mais jusqu’en 1989, la CGT avec le PCF s’affirmaient ouvertement opposés au processus de la Communauté Européenne, et maintenaient le “national” de leurs positions avec le “produire français”. Solidarność polonais, et la Confédération Internationale Chrétienne (26 millions d’adhérents) rentraient dans la CISL qui en novembre 2006 à Vienne prenait le nom de Confédération Mondiale du Travail.

Quant à FO, à partir de 1969, elle maintint un appui à la construction d’une politique européenne jusqu’à l’effondrement de l’ URSS. Puis, l’ennemi soviétique n’existant plus, la centrale évolua vers une critique revendicative de l’Europe de Maastricht sous la pression des groupes anarchiste et trotskyste-lambertiste dans les années successives, et aujourd’hui la centrale garde une certaine marginalité au sein de la CES, se retranchant sur le national. Lors du congrès de Moscou en 1990 de la FSM, les syndicats soviétiques faisaient voter un changement de statut avec la disparition de la référence à la lutte des classes et la mise en place de bureaux régionaux. La FSM, fortement affaiblie en Europe, déménageait son siège de Prague à Athènes (PC grec).

A la fin des années 1990, après la chute du mur de Berlin, de nombreux syndicats quittaient la FSM pour adhérer à la CES. La CGT ne prenait pas position sur le référendum de Maastricht en 1992. En 1995 la grève des cheminots pour la défense des droits à la retraite pour tous bloqua la France durant un mois (novembre-décembre) avec le soutien des travailleurs des transports, sous la houlette du front syndical CGT‑FO. Ce fut là la dernière grande grève générale en France ! La direction CGT se désaffiliait de la FSM lors de son congrès de décembre 1995 pour rejoindre la CES en 1999 (en 1996, la CFDT et FO s’opposaient à son entrée, et en 1999, FO votait encore contre !). Elle se montra désormais de plus en plus “prudente”, voire démobilisatrice (le sumum est atteint avec les grèves “perlées” de la SNCF en 2018, et sa méfiance vis à vis du mouvement des gilets jaunes en 2018‑2019) dans les conflits sociaux. Après les oppositions de FO et du DGB allemand pendant de nombreuses années, les deux grandes centrales CGT et CGIL avaient rejoint officiellement le grand banquet bruxellois avec la CFDT et les autres centrales réformistes.

Une page était tournée pour la CGT : elle s’ “ouvrait” ouvertement à l’espace européen et à ses organisations de “dialogue” avec le patronat.

Ainsi après 2006, on dénombrait 2 grandes centrales syndicales internationales : CISL‑CSI (atlantiste, pro‑européenne), FSM (souverainiste).


Les Internationales syndicales des années 2000 toujours liées aux camps impérialistes

La FSM connaît un renouveau depuis 2005 surtout en dehors de l’Europe de l’Ouest. Elle est actuellement dirigée par Mavrikos, issu du mouvement syndical grec PAME, émanation syndicale du PC de Grèce (souverainiste), et son président est issu du syndicat sud‑africain COSATU. En ce qui concerne la COSATU (5), il faut se souvenir de la grève des mineurs de Marikana d’août 2012 où la police massacra des dizaines de travailleurs, sous un gouvernement ANC‑PC‑COSATU. La COSATU se montra clairement comme un syndicat de régime. A La Havane lors du congrès de la FSM en 2005, les références à la lutte des classes sont introduites de nouveau dans les statuts, de même qu’une perspective révolutionnaire pour l’abolition du capitalisme. Elle est forte dans les pays en voie de développement, en Amérique latine (au Venezuela, les syndicats de régime constituent une des ossature de la FSM), en Afrique du sud (la COSATU, la plus grande confédération syndicale du pays, liée au PC sud africain et au parti de Mandela, l’ANC ; et aussi le NUM, 2ème force syndicale du pays) ; au Soudan (le mouvement syndical y fut très puissant), au Moyen Orient (Liban, Syrie, Turquie). En Angleterre, le syndicat des travailleurs du transport a rejoint la FSM en 2013, et en Italie l’Unione Sindacale di Base (USB) ainsi que d’autres petits syndicats. Certaines fédérations de la CGT y sont affiliées dont celle de la chimie en 2014, certains syndicats de cheminots CGT (celui de Versailles en 2014), la fédération du commerce et des services en 2019, la CGT énergie Paris, alors que la direction CGT reste affiliée à la confédération européenne des syndicats CES.

En France, en effet, ces dernières années en raison des chutes vertigineuses des scores, des contestations s’organisent au sein du PCF et de la CGT pour réclamer un retour aux “traditions” de lutte de classe. Le Pôle de renaissance communiste en France (PRCF) est créé en 2004, pour s’opposer à la “mutation” opérée par le PCF dans les années 1990  et l’abandon du centralisme démocratique et de la lutte de classes. Cette organisation qui ne se définit pas comme un parti est contre l’UE (c’est‑à‑dire, selon la nouvelle terminologie, souverainiste!), défend le gouvernement cubain et celui de Maduro (comme il soutenait Chavez) au Vénézuéla, refuse toute alliance avec la social démocratie ; regroupant des militants issus du PCF, avec comme organe “Initiative Communiste” et “Étincelles”, il se réclame du “marxisme-léninisme”. L’organisation autorise la double adhésion comme celle au PCF mais tous ses membres n’appartiennent pas au PCF. Le PRCF est pour revenir à la souveraineté nationale, une politique extérieure indépendante et anti impérialiste, l’abolition des mesures réactionnaires prises dans le cadre de l’union européenne et est partisan de l’affiliation à la FSM. Son secrétaire national est un ancien syndicaliste, Georges Gastaud, député PCF de la région du Pas de Calais, et il se définit comme “communiste, internationaliste et patriote” (une véritable salade niçoise!) ! Il milite pour un retour aux luttes sociales et à l’“identité nationale” Un souverainiste “de gauche” !

Le PRCF est proche du Front Syndical de Classe, ou FSC. Le FSC, créé en 2005 par des militants CGT et FSU (syndicat de l’éducation nationale), le syndicat CGT‑Dalkia (entreprise d’énergies renouvelables alternatives, filiale du groupe EDF), a des adhérents dans 28 départements et dans divers secteurs d’activités (métallurgie, livre, énergie, transports, santé, poste, etc) ; ses militants sont issus du PRCF pour la plupart. Il est donc partisan de l’affiliation à la FSM et prône lui aussi l’indépendance nationale. Il considère que les directions de la CGT, la FSU et Solidaires s’alignent sur les positions des gouvernements français, USA et britanniques. Il affirme la nécessité d’abandonner la politique de “négociations” pour celle de la “lutte”, d’un retour à un syndicalisme “révolutionnaire”. Il s’agit encore une fois de courants “souverainistes” qui lors du congrès de la CGT en mai 2019 à Dijon n’ont fait que quelques étincelles oratoires et n’ont en rien entamé la détermination de la direction et de la majorité du congrès qui confirme son adhésion à la CSE et donc à la politique de Bruxelles ! Beaucoup de bruit pour rien !

Quant à la FSM, rappelons qu’en 2015 elle organisa à Damas, en pleine guerre civile, mais avec l’accord du bourreau Hassad, une conférence syndicale de solidarité avec le peuple syrien (sic!). L’USB, membre italien de la FSM, y participa et affirma son soutien au régime syrien, comme cette organisation l’apporta à la lutte “nationaliste” dans le Donbass ukrainien. Au Soudan la FSM a salué la “révolution” en 2019, et s’insurge contre les interventions des atlantistes. Elle soutient Maduro contre Guaido et l’impérialisme américain au Vénézuéla. Sans parler de son soutien à tous les mouvements liés aux PC staliniens dans toutes les régions du monde (Vietnam, Sri Lanka, Corée du Sud et même des syndicats de la Corée du Nord!). La CGT n’est pas en reste. Elle a toujours appuyé la politique étrangère du gouvernement français avec ses interventions en Syrie, Afghanistan, Lybie.

Voyons maintenant du côté de la CES. Depuis 2000, la CES a vu son rôle se renforcer ; le comité permanent de l’emploi a été remplacé par un sommet social tripartite : UE‑patronat‑CES qui organise la politique sociale de l’UE avec les patronats. Le correspondant privilégié de la CES en France fut historiquement FO (tenu par les trotskistes-lambertistes qui depuis se sont infiltrés dans la CGT et le PCF) mais les désaccords se multiplient  car il s’agit bien pour chaque nationalité de défendre les intérêts de son patronat. FO a pris des “distances” et désormais le pôle le plus influent est celui des syndicats italiens et la CFDT française.

La CSI, fondée en 2006 lors de son élargissement à d’autres syndicats européens, ex‑CISL, regroupe en 2011, 176 millions de travailleurs, 301 organisations réparties dans 151 pays. En France, y sont affiliées la CFDT, CFTC (syndicat chrétien), CGT, FO ; en Italie, la CGIL, CISL, UIL ; et aussi la CTA argentine et l’ OPZZ polonaise. Son siège est désormais à Bruxelles ; cette organisation se rapproche des ONG et suit les problèmes climatiques et les problématiques sociétales les plus divers.Son siège est à Bruxelles, ce qui lui permet de faire du lobbying auprès d’institutions comme la Banque Mondiale, le Fonds Monétaire International, ou l’Organisation Mondiale du Commerce. Que du beau monde ! Elle maintient des liens étroits avec la CES, et est reconnue comme interlocuteur syndical interprofessionnel par l’Union Européenne, le Conseil de l’ Europe. 2 points dans ses statuts : obéissance à l’ONU et décisions prises à la majorité des adhérents. L’essentiel de ses affiliés se trouve en Europe et en Amérique du nord, ce qui est l’inverse pour la FSM, mais la CSI doit faire face à une érosion de ses effectifs surtout avec le DGB allemand qui a perdu un million d’adhérents en 10 ans.

Évidemment une forme de résistance modeste à l’ignoble collaboration de classe s’organise. Ainsi le Réseau Syndical International de Solidarité et de Lutte (International Labour Network of Solidarity and Struggles) est fondé en mars 2013 à Saint Denis en France, à l’appel du syndicat français Solidaires, de la confederacion general del trabajo espagnol, et du syndical brésilien de la métallurgie Conlutas. Il regroupe des organisations syndicales européennes, africaines, américaines et asiatiques, qui sont membres de la CSI, de la FMS ou d’autres réseaux syndicaux internationaux. Il se propose de mobiliser la résistance au niveau international à travers les luttes, de lutter pour la réappropriation des services publics, pour les nationalisations. Et ce réseau se veut autonome par rapport à toutes les organisations politiques (mais il s’y trouve beaucoup de trotskistes qui poursuivent la tradition de l’entrisme et du front unique politique et syndical). Il ne se considère pas comme une nouvelle organisation syndicale. On trouve ainsi en France, Solidaires, la Confédération Nationale du Travail (CNT), anarcho-syndicaliste ; en Italie, l’Unione Sindacale Italiana (USI), SI COBAS, la Confederazione Unitaria di Base (CUB), l’ORSA, CAT ; en Grande Bretagne, le Syndicat national des travailleurs des transports ferroviaires, maritimes et des transports. Ce réseau a pris position contre la confédération de régime en Afrique du sud, la COSATU, qui a expulsé le syndicat NUMSA (Union métallurgique) qui revendiquait un syndicalisme plus offensif. Mais cette organisation ne s’en tient pas aux seules revendications des travailleurs, et englobe aussi la contestation environnementale, féministe, anti‑fasciste, donc un front interclassiste avec des revendications politiques de caractère “souverainiste”.

* * *

Le prolétariat n’a rien à attendre de toutes ces organisation soi‑disant internationalistes et souverainistes, qualificatifs qui historiquement devraient être antagoniques.

Ces organisations comme la FSM et les syndicats qui la rejoignent, ou les partis de pseudo “renaissance”, n’ont d’internationalistes que leur trahison de la solidarité prolétarienne internationale avec leur culte du front de classes et de retour au national ; dans les faits elles soutiennent des régimes anti‑prolétariens (Vénézuela, Soudan, Syrie, etc.) et s’avèrent être avant tout contre l’impérialisme américain. Elles prônent un “renouveau”, un retour à la lutte de classe, à la solidarité internationale quand dans le “même temps” (expression désormais célèbre de Mr Macron) elles appellent au souverainisme, nouvel appellation du nationalisme. Le prolétariat international ne doit pas se fourvoyer dans ce souverainisme-nationalisme, émanation et sauve‑qui‑peut des bourgeoisies nationales pour échapper à la grave crise économique de surproduction mondiale qui s’annonce. Cette voie est contraire à toute solidarité des travailleurs au niveau international, et elle réapparaît dans les mouvements réformistes à chaque avant guerre (pour la préparer) et après guerre (pour reconstruire “nationalement”, donc en front de classe, l’économie du pays).

Les CES‑CIS, organisations intégrées dans l’outil européen de Bruxelles, servent quant à elles à défendre ouvertement les intérêts nationaux de leur patronat.

“Les prolétaires n’ont pas de patrie” affirme le Manifeste ! Et ils n’ont pas de camp impérialiste à préférer. Aucune alliance n’est possible car aucune bourgeoisie n’est “meilleure” que l’autre, toutes sont l’ennemi de classe à combattre.

Les prolétaires n’ont pas à choisir entre le syndicalisme petit bourgeois soi disant de gauche et soi disant de combat, ou celui des négociations de collaboration avec le patronat. L’un et l’autre dévoient ou combattent les travailleurs au profit des classes dirigeantes et du patronat international.

L’internationalisme prolétarien doit renaître en dehors de ces organisations sur la base de véritables syndicats de classe, se battant pour des revendications d’amélioration des conditions de vie et de travail, au‑delà des limites des entreprises, des catégories, des nationalités, et reconnaissant leurs directives dans celles du Parti Communiste International.




1. Carl Legien (1861‑1920) fut l’un des principaux dirigeants du grand syndicat allemand l’ADGB (créée en 1919) et également du parti socialiste, le SPD, dont il dirigea l’aile droite.

2.. Albert Thomas fut syndicaliste, membre du Parti Socialiste Français puis de la SFIO (parti socialiste français fondé en 1905 par Jaurès et Guesde et qui se maintint jusqu’en 1969), et durant la première guerre il fut ministre de l’armement et des fabrications de guerre entre 1916‑17.

3. Les anarchistes, minoritaires au sein de FO, influents dans quelques fédérations (métallurgie, Poste) vont dans les années 60 se rapprocher du mouvement trotskiste incarné par Pierre Lambert. Ce dernier, exclu du PCF en 1936, exclu de la CGT en 1950, (en 1954, Lambert s’associe au Socialist Worker américain) rejoint FO en 1961. L’anarchiste Hébert et le trotskyste Lambert vont constituer l’opposition de “gauche” au sein de FO. La tendance lambertiste et celle anarcho-syndicaliste devaient prendre une place de plus en plus importante au sein de FO après les évènements de 1968 et surtout dans les années 1980. Lambert (mort en 2008) et sa mouvance s’organisa politiquement dans le Parti Communiste Internationaliste (1944), et dans l’Organisation Communiste Internationaliste ou OCI (1965), qui devint en 1968 une des grandes organisations d’extrême gauche préconisant le front unique ouvrier. Dans les années 70 l’organisation lambertiste se rapproche du PS jusqu’à soutenir l’élection en 1980‑81 de François Mitterrand, puis prend le nom de Mouvement pour un Parti des Travailleurs (1985), le Parti des Travailleurs PT (1986) composé de quatre courants (communiste, socialiste, anarcho-syndicaliste et CCI) où les lambertistes se regroupent en 1992 dans le Courant Communiste Internationaliste CCI (différent du Courant Communiste International - Révolution internationale !) à l’intérieur du PT, et sont désormais le pilier de FO. Puis le PT devient le Parti Ouvrier Indépendant (2008). En 2017, le POI scissionnait en deux partis. Aujourd’hui une grande partie des militants lambertistes sont des cadres syndicaux, surtout à FO, mais aussi à CGT.

4. Libres ? Libre de toute religion et de tout parti !

5. Cf à l’article de Il Partito mars 2019 n°394 : “L’“internazionalismo” anti-operaio de la FSM”.