Parti Communiste International


Les prolétaires d’Ukraine et de Russie auraient tout intérêt à ce que leurs bourgeoisies soient immédiatement vaincues

(Rapport présenté lors de la réunion générale de janvier 2026)



Ce mois de février, la guerre en Ukraine dépassera les quatre années, constituant l’affrontement le plus long et le plus intense entre armées régulières depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Elle représente donc une épreuve fondamentale tant pour les États impliqués que pour le prolétariat qui en est la victime. Malgré cela, les relations entre les impérialismes mondiaux traversent une période si orageuse que cette guerre a été reléguée à l’arrière-plan par les médias internationaux.

Les promesses improvisées du président américain, réélu il y a tout juste un an, de mettre rapidement fin aux combats en proposant un partage du butin ukrainien entre les États-Unis et la Russie, ont suscité l’opposition de nombreux États européens, exclus du banquet malgré leur implication dans la guerre, tandis que la Russie n’a montré aucun intérêt à accepter un compromis.

Tout récemment, en coulisses du Forum économique mondial de Davos, un Zelensky revigoré a de nouveau rencontré Trump ainsi que d’autres mandataires américains qui négociaient avec le Kremlin.

Zelensky, bien qu’ayant reçu encore 90 milliards de dollars de l’Union européenne – laquelle s’emploie activement à trouver un moyen de préserver la glace du Groenland – n’a pas hésité à la critiquer sévèrement pour son indécision face à la Russie, et a annoncé une première rencontre trilatérale aux Émirats arabes unis entre les États-Unis, la Russie et l’Ukraine, qui s’est tenue les 23 et 24 janvier.

Ainsi, la bourgeoisie ukrainienne, en grande difficulté, semble s’éloigner de l’étreinte de l’UE, contrainte finalement de se livrer aux mains des États-Unis. Nous verrons.

Au cours de ces longues années de guerre, le prolétariat ukrainien et russe a payé un tribut humain extrêmement lourd ; certaines régions de l’Ukraine ont été réduites en ruines, mais les dégâts matériels sont également considérables en Russie. Cette destruction pèsera sur le prolétariat des deux pays pour des générations à venir. Dans ce contexte tragique, une classe politique d’acteurs inconséquents continue d’organiser des sommets inutiles, des réunions “de haut niveau” appelées “négociations de paix”, un spectacle médiatique derrière lequel les fronts impérialistes opposés continuent d’alimenter la guerre. À l’heure actuelle, aucun gouvernement n’a un réel intérêt à mettre fin au conflit, malgré son absurdité manifeste.


La Russie gagne (pour l’instant)

La Russie, dont l’armée est à l’offensive sur l’ensemble du front depuis plus d’un an, n’a aucun intérêt à la paix tant qu’elle n’obtient pas l’essentiel de ce qu’elle exigeait lors de l’invasion de février 2022. En substance : l’OTAN doit rester en dehors de l’Ukraine ; les quatre oblasts orientaux doivent être reconnus comme faisant partie de la Russie, comme cela est déjà inscrit dans la Constitution ; l’armée ukrainienne doit être réduite à un effectif de 70 000 à 80 000 hommes au maximum, et ce dans le seul but de maintenir l’ordre social interne.

Les succès russes, dus à sa supériorité croissante en troupes, en équipements et en puissance de feu, ont permis à Poutine d’affirmer le 27 décembre que « si les autorités de Kiev ne veulent pas résoudre la question pacifiquement, nous réglerons tous les problèmes qui nous attendent par une opération militaire spéciale et par des moyens militaires ». Cela ne nous semble pas relever du simple bluff. L’armée russe a déjà conquis 19 à 20 % du territoire ukrainien, y compris la Crimée, et continue de pilonner chaque nuit les infrastructures énergétiques, les zones industrielles, les bases militaires et surtout le port d’Odessa à l’aide de missiles balistiques, de missiles de croisière et de drones. Les défenses aériennes ukrainiennes se révèlent de plus en plus inefficaces face à ces attaques. L’armée ukrainienne se délite tandis que l’armée russe se renforce. Elle est en train de gagner la guerre et se trouve donc en position d’imposer les termes d’un éventuel accord de paix, ou de l’imposer de facto une fois ses objectifs atteints.


Le massacre des prolétaires en uniforme

Les estimations les plus fiables situent les pertes russes entre 250 000 et 350 000 hommes, tandis que celles de l’armée de Kiev pourraient avoir dépassé les 800 000. Cette évaluation contredit la propagande occidentale, qui parle toujours de “pertes russes très élevées”.

Depuis de nombreux mois, l’armée russe, qui dispose d’une puissance de feu très supérieure à celle des Ukrainiens en matière d’artillerie, de drones et de moyens aériens, est en mesure de frapper durement les lignes ennemies.

La situation est également favorable à la Russie en matière de recrutement. Selon diverses sources, on compterait environ 300 000 déserteurs dans l’armée ukrainienne en 2025, au moins 850 000 hommes en âge d’être mobilisés se cacheraient pour échapper aux recruteurs, et environ 650 000 resteraient à l’étranger afin d’éviter de porter l’uniforme. L’armée russe, en revanche, ne semble pas souffrir du problème des désertions, puisqu’elle n’envoie pas de conscrits au front et combat en enrôlant chaque année entre 360 000 et 400 000 volontaires sous contrat. Elle a déjà prévu d’en recruter 409 000 en 2026.

Il nous paraît évident que si les soldats russes étaient envoyés à la mort dans des “assauts de masse”, comme l’affirme l’état-major ukrainien, il n’y aurait pas autant de volontaires, malgré une bonne rémunération.


La crise économique

La propagande occidentale continue d’affirmer que la Russie traverse une grave crise économique et une forte inflation, dues principalement aux sanctions occidentales, et que celles-ci devraient bientôt conduire à un effondrement politique et militaire.

Il s’agit là encore d’une illusion. Avant que la crise économique ne provoque des divisions internes et des troubles sociaux susceptibles de contraindre à la fin de la guerre – ce que nous souhaitons, mais qui, malheureusement, ne se produira pas à court terme – l’armée russe aura contraint l’Ukraine à capituler sans conditions, la bourgeoisie ukrainienne aura perdu l’ensemble de ses richesses, et ses alliés devront s’y résigner.


L’entêtement criminel du gouvernement ukrainien

Cependant, le gouvernement ukrainien refuse toujours de céder des territoires et continue de rechercher une aide militaire et financière auprès de l’Occident, malgré l’absence de réserves, les désertions et le remplacement incomplet des brigades.

Mais la position du gouvernement de Kiev n’est pas celle de la fierté nationale, comme voudrait nous le faire croire la propagande belliciste européenne, mais bien celle de la soumission au parti de la guerre à tout prix. Zelensky n’a pas d’autre choix, ayant vendu son propre prolétariat à ses maîtres américains et européens. Cela signifia d’abord résister à l’invasion, puis poursuivre la guerre, contre toute logique militaire et contre toute considération de simple pitié envers son propre peuple.

Un article du Monde diplomatique affirme qu’« il serait moralement impensable que les forces de Zelensky, qui ont envoyé des milliers de soldats à la mort pour préserver le Donbass, renoncent volontairement aux positions qu’elles occupent encore (…) L’armée refuserait probablement d’obéir ». En revanche, une capitulation, car c’est bien de cela qu’il s’agirait, serait certainement accueillie avec enthousiasme par les soldats au front, et aussi avec un immense soulagement par la population civile. Mais la démobilisation de l’armée pourrait déclencher une crise politique, l’explosion de troubles, peut-être même une guerre civile.

À l’inverse, si le gouvernement russe renonçait à l’occupation de l’ensemble du Donbass, il ne pourrait pas présenter la fin de la guerre comme une victoire, et cela conduirait probablement à une crise interne.

De même que la bourgeoisie russe a sacrifié le prolétariat, qui n’a rien à gagner dans cette guerre, pour défendre ses intérêts menacés par la bourgeoisie occidentale, la bourgeoisie ukrainienne a sacrifié le prolétariat au profit des capitalistes ukrainiens, au service de Washington et de Berlin. L’arroseur arrosé.

Comme nous l’écrivions clairement dès mars 2022, quelques jours après le début de la guerre :

« La classe ouvrière d’Ukraine n’aurait rien à perdre d’une capitulation immédiate de sa bourgeoisie face à l’invasion russe. Symétriquement, les travailleurs de Russie n’ont rien à gagner d’une victoire de leur État en Ukraine. Mais la bourgeoisie ukrainienne voulait la guerre, tout autant que ses "protecteurs" occidentaux et la bourgeoisie russe ».


La situation intérieure

Dès 2014, bien avant le déclenchement de la guerre, nous constations déjà que la crise économique avait provoqué « une émigration massive en Ukraine : la population, qui avait atteint 52 179 210 habitants en 1993, a diminué régulièrement dans les années suivantes, pour atteindre 45 593 300 en 2012. Cela démontre la gravité de la crise et les souffrances que la population a dû endurer. Pour le prolétariat et les classes moyennes, c’était comme être en guerre ».

Mais dans les années suivantes, la situation s’est encore aggravée : actuellement, plus de 8 millions d’Ukrainiens se trouvent à l’étranger (dont environ 6 millions dans l’UE), 1,8 million ont été déplacés à l’intérieur du pays par la guerre du Donbass entre 2014 et 2022, et encore 5,7 millions par l’invasion russe de 2022.

La population actuelle est inférieure à 37 millions d’habitants, contre 146 millions en Russie, soit un rapport de quatre contre un.

D’un point de vue financier, l’Ukraine est également en faillite. Selon les estimations du Fonds monétaire international, elle aura besoin d’au moins 160 milliards de dollars d’ici ce printemps.

La poursuite indéfinie des combats, des bombardements et des destructions, alors que la partie militaire est déjà jouée, démontre d’une part la force du parti de la guerre, soutenu par les oligarchies capitalistes, les producteurs et les marchands d’armes. D’autre part, elle confirme la faiblesse du mouvement prolétarien international, et de celui d’Ukraine en particulier. En l’absence de syndicats forts et d’un parti de classe, il est incapable de susciter une réaction à même de bloquer la guerre impérialiste par en bas.


L’Union européenne inexistante

cette situation de tensions mondiales extrêmes, l’Union européenne a une fois de plus démontré qu’elle n’existe pas en tant qu’entité unifiée. Les États ont agi de manière autonome et en opposition les uns aux autres, montrant que les causes des conflits du siècle dernier sont loin d’avoir disparu.

Les dirigeants européens crient au danger russe, avec la cavalerie cosaque prête à faire boire ses chevaux à la fontaine de Trevi, comme l’affirmait la propagande démocrate-chrétienne en Italie en 1948, et lancent un vaste plan de réarmement. Mais en réalité, ce sont les États pris individuellement qui se réarment, l’Allemagne en tête.

Chaque bourgeoisie européenne, grande ou petite, défend ses propres intérêts et sa sphère d’influence, renforce les politiques nationalistes, l’esprit patriotique et surtout le budget militaire, en préparation de l’affrontement futur que tous appellent de leurs voeux. Le président polonais a bien résumé cette politique désastreuse avec le slogan « De l’argent aujourd’hui ou du sang demain », ce qui signifie en réalité « De l’argent aujourd’hui et du sang demain ».

Même le président ukrainien, à Davos, n’a pas épargné ses critiques à l’égard de l’Union européenne moribonde, alors même qu’elle venait de lui attribuer 90 milliards de dollars supplémentaires d’aide ! C’est totalement insuffisant, mais avec ce “prêt” additionnel, les dirigeants européens ont confirmé qu’ils misent encore sur la guerre, “jusqu’au dernier Ukrainien”. En effet, ces fonds seraient “garantis” par le paiement de réparations par la Russie, une perspective aujourd’hui hautement improbable.

D’autre part, l’Union européenne a accepté toutes les injonctions imposées ces derniers mois par les États-Unis, depuis des dépenses militaires à hauteur de 6 % du PIB jusqu’à 600 milliards de dollars d’investissements dans l’industrie américaine et 750 milliards pour l’achat de gaz américain hors de prix, après avoir refusé le gaz russe bon marché.

Les États européens représentent le bloc capitaliste le plus faible, et ils en paient les conséquences.

Mais le prolétariat européen doit se détourner des sirènes politiques qui exaltent l’unité de l’Union, ses “valeurs” de démocratie et de liberté. Permettre aux bourgeoisies du continent de se défendre face aux pressions venant aussi bien de l’Est que de l’Ouest ne signifierait que la naissance d’un troisième bloc impérialiste opposé à ceux des États-Unis et de la Chine. Le prolétariat international n’aurait rien à y gagner. Un affrontement entre blocs capitalistes se prépare, qui n’a rien à voir avec les intérêts du prolétariat. C’est par la propagande de la défense de la patrie, de la liberté, de la démocratie, de la paix, que le parti de la guerre, transversal et international, tentera d’entraîner les prolétaires vers le front.


L’OTAN s’effondre

L’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) est elle aussi profondément impliquée dans le conflit. Comme nous l’écrivions dans notre article de 2022 :

« Officiellement, depuis 2014, l’OTAN a une présence constante dans l’organisation et la formation de l’armée ukrainienne dévastée. Il est clair qu’un travail était mené pour élargir le conflit, d’un affrontement local impliquant les républiques séparatistes, vers un conflit ouvert et généralisé. La présence de structures militaires occidentales représentait un important avant-poste atlantique sur le territoire ukrainien, même s’il était temporairement extérieur à l’Alliance. Plus récemment, sous la présidence du docile ancien acteur Zelensky (2020-2021), l’Ukraine est même devenue une zone opérationnelle pour des exercices de l’OTAN, avec des opérations provocatrices destinées à faire pression sur la Russie voisine ».

Au cours de ces quatre années de guerre, les États membres de l’organisation ont adopté des positions très différentes : il suffit de penser aux politiques menées par la Hongrie ou la Turquie, ou à l’inverse à celles de la Grande-Bretagne ou de la Pologne.

Malgré les proclamations du secrétaire général sur la menace “existentielle” représentée par la Russie et la Chine, les résultats sont maigres, et les divergences internes entre alliés quant au degré d’implication, aux calendriers et aux objectifs finaux révèlent l’absence d’une vision commune et démasquent l’effort de propagande visant à présenter l’Alliance atlantique comme une force monolithique et cohérente.

Le rôle politique de l’OTAN dans cette guerre est ambigu : elle est en réalité une partie active du conflit, mais continue de se présenter comme une entité non belligérante afin de ne pas affronter ouvertement Moscou. L’hypocrisie d’une non-intervention formelle et d’un soutien militaire substantiel est le signe évident de l’absence d’une ligne politique commune claire et cohérente. Les États-Unis, qui sont la clé de voûte de l’Alliance atlantique depuis sa création, ne cachent plus leur volonté de s’en “émanciper”. Les orientations de la nouvelle Stratégie nationale de défense, publiées par le Pentagone, affirment : « La priorité absolue des forces armées est de défendre les États-Unis. Le Département donnera donc la priorité à cet objectif, notamment en défendant les intérêts américains dans l’ensemble de l’hémisphère occidental ».

Et plus loin : « Tandis que les forces américaines se concentreront sur la défense du territoire national et de l’Indo-Pacifique, nos alliés et partenaires assumeront la responsabilité principale de leur propre défense, avec un soutien essentiel mais plus limité des forces américaines ».


Sur le grand échiquier du capitalisme agonisant

La guerre en Ukraine, qui oppose l’OTAN à la Russie, est en réalité bien davantage une guerre entre les États-Unis et l’Europe, en particulier l’Allemagne. Washington ne cache pas sa satisfaction d’avoir brisé les liens commerciaux, industriels et financiers qui unissaient certains pays européens, l’Allemagne en premier lieu, à la Russie. Elle a coupé les approvisionnements en gaz et en pétrole et contraint les États européens à augmenter drastiquement leurs budgets militaires, au profit des géants américains de l’armement. Le Pentagone déclare que la Russie n’est pas l’adversaire, contredisant ouvertement le discours du secrétaire général de l’OTAN et réduisant fortement l’aide militaire et économique à l’Ukraine. À ce stade, l’OTAN n’a plus de raison d’exister, bien qu’elle continue probablement à subsister, survivant à elle-même.

Les bases militaires de l’OTAN révèlent ainsi de plus en plus clairement ce qu’elles ont toujours été : des bastions de l’occupation militaire de l’Europe occidentale par l’impérialisme américain, imposée après la victoire de la Seconde Guerre mondiale. Leur fonction a également été de maintenir sous tutelle un prolétariat combatif, en collaboration avec les États du Pacte de Varsovie, chargés d’écraser la classe ouvrière en Europe de l’Est.

Pendant ce temps, l’énorme présence du mégacapitalisme chinois s’impose silencieusement dans le monde.

Combien de temps Berlin attendra-t-il avant d’exiger des comptes sur le sabotage des gazoducs Nord Stream, ordonné par les États-Unis et exécuté par une unité de commandos ukrainiens ? Mettront-ils au gouvernement l’Alternative pour l’Allemagne, pro-nazie, pour cela ?

Les contradictions de l’impérialisme deviennent de plus en plus évidentes à mesure que la crise s’approfondit et que la guerre se rapproche.


Nouveaux scénarios

Ces nouveaux scénarios suscitent l’inquiétude au sein du corps diplomatique bourgeois international.

Le régime capitaliste, dans sa phase d’impérialisme décadent, se dirige droit vers la guerre. Une troisième guerre mondiale catastrophique ne peut être empêchée que par la montée d’une réaction prolétarienne internationale.

Pour cela, il faut de vastes organisations syndicales, sous l’influence d’un fort parti communiste international. Celles-ci devront oeuvrer afin que le prolétariat de chaque pays, même s’il est “attaqué”, ne se rallie pas à la guerre ni à la défense des “frontières sacrées”. Car l’ennemi est sa propre bourgeoisie nationale, qu’elle se drape de bannières fascistes ou d’oripeaux démocratiques. Il fraternisera avec les soldats prolétaires “envahisseurs”, eux aussi envoyés à l’abattoir, et préparera la seule guerre favorable au prolétariat : celle de sa libération, par la révolution communiste, de ce régime politique infâme !

Telle est l’immense mais enthousiasmante tâche qui attend nos camarades dans les mois et les années à venir.