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Darfur: Une guerre oubliée

(2025)


Les médias bourgeois rapportent quotidiennement les massacres à Gaza et en Ukraine, les décrivant com me des conflits nationaux, raciaux et religieux, que nous Marxistes définissons comme impérialistes, pour le contrôle stratégique de territoires et ressources par d’énormes intérêts économiques garantis par les Etats.

Dans plusieurs pays, de grandes masses se sont mobilisés contre l’extermination à Gaza. Ici, les bourgeoisies impérialistes majeurs ont accepté une apparence de trêve qui, cependant, fait des victimes chaque jour, avec l’armée Israélienne d’un côté et Hamas de l’autre, laissant les Palestiniens être tués sans entrave.

Sur le conflit au Soudan, en revanche, ils restent silencieux.

Le pays est devenu indépendant en décembre 1956 avec le retrait des forces britanniques et égyptiennes qui l’avaient occupé depuis 1898, la date de la bataille historique de Omdurman, qui a marqué la fin de la révolte Mahdiste menée par des rebelles soudanais (surnommés “derviches”), partisans de Muhammad Ahmad (le “Mahdi”).

La République de Soudan a immédiatement été menacée par des rivalités entre les provinces du nord et du sud. De fortes différences en développement social et des antagonismes raciaux divisent la population des provinces du nord, composées d’Arabes et de Nubiens de la religion musulmane, et celle du sud, qui sont noirs et vivent principalement en Equatoria et le Haut-Nil. Depuis, une série de coups d’état ont changé la direction, mais n’a résolu aucun problème, et encore moins celui des trois provinces du sud.

Du Programma Comunista no. 19 de 1971, nous lisons: “Le Parti Umma, représentant les intérêts des propriétaires fonciers du sud, et le Parti Unioniste, représentant les intérêts bourgeois du nord, ont alterné en gouvernement, servant en tour de rôle les intérêts de puissances impérialistes qui se retrouvèrent bientôt réduit à trois: les Etats- Unis, l’Allemagne, et l’URSS. En mai 1969, avec l’arrivée au pouvoir de Gaafar Muhammad an-Numeiry et Awadallah, il semblait que l’équilibre allait enfin basculer en faveur de l’URSS; la rupture des relations avec l’Allemagne et les Etats-Unis, accusé d’inciter du séparatisme au sud, le rapprochement avec l’UAR de Nasser, et les relations diplomatiques et commerciales établies avec les pays du bloc de Moscou et avec la Chine semblaient confirmer ce renversement. Le Parti Communiste Soudanais de Mahjub a soutenu Numeiry, bien que “critiquement”, et la frénésie diplomatique poussa le Président de la nouvelle République, Awdallah, à dire que ‘notre socialisme et spécifiquement soudanais et c’est sur la bases de nos propres traditions que nous construirons un nouveau Soudan’, tandis que Numeiry s’est professé être ‘un socialiste modéré qui croit au nationalisme arabe’. Bientôt, cependant, l’incohérence non seulement d’encore un autre ‘chemin national vers le socialisme’, mais du ‘chemin’ même du développement social et économique fut révélée dans toute sa rudesse, avec l'incapacité de la bourgeoisie Soudanaise et l’échec de la politique étrangère de Moscou. Les célèbres “mines” éclatèrent à plusieurs reprises.”

En réalité, le Soudan connaîtrait un futur d’instabilité. Diverses guerres suivirent, provoquant mort, famine, et destruction. Ce qui est connu comme la deuxième guerre civile, de 1983 à 2005, causa environ 1,9 million de morts et plus de 4 millions de réfugiés.

Après de nouveaux conflits, nous arrivons à la période entre janvier 9 et 15, 2011, quand un référendum fut organisé en Soudan du Sud sur la sécession du Nord et la création d’un Etat indépendant. La constitution faisait déjà partie de l’Accord de Naivasha de 2005 entre le gouvernement de Khartoum et l’Armée/Mouvement Populaire de Libération du Soudan (SPLA/M). Un référendum simultané a été organisé dans la province d’Abyei pour choisir si elle souhaitait rejoindre le Soudan du Sud ou rester au Soudan. Néanmoins, la région est restée contestée et effectivement soumise à un contrôle joint.

Le 7 février 2011, le président soudanais Omar Hasan Ahmad al-Bashir, formalisant les résultats du référendum, proclama la naissance de l’Etat du Soudan du Sud, qui devint alors le 54ème Etat Africain. Le 9 juillet, après une période d’essai, l'indépendance du Soudan du Sud fut proclamée et reconnue immédiatement par le gouvernement de Khartoum.

Mais le nouveau petit Etat a rapidement replongé en guerre, combattant entre 2013 et 2018 entre les forces loyales au président Salva Kiir et celles liées au vice-président Riek Machar, causant au moins 400,000 morts et forçant 4 millions d’habitants, sur une population d’un peu plus de 12 millions, à fuir leur domicile.

Ce qui se joue aujourd’hui au Soudan est une guerre par procuration, avec les bourgeoisies impérialistes régionales se disputant les ressources d’un pays riche en or et en matières premières.

L’Egypte et l’Erythrée soutiennent les Forces Armées Soudanaises (SAF) du général Al-Burhan et son gouvernement basé à Port-Soudan, tandis que l’Ethiopie, en conflit avec l’Egypte à propos du barrage de la GERD, soutient Hemedti (RSF), ancien adjoint de Burhan dans l’ancienne junte militaire, aux côtés de la République centrafricaine et du Tchad.

Les Emirats Arabes Unis, l’un des plus grands importateurs d’or des mines de Darfur, envoie des armes, via la République centrafricaine et le Tchad, vers les forces RSF, qui ont été données du soutien économique et militaire, incluant la formation la formation et le soutien logistique. En retour, ils ont été impliqués dans des opérations contre les rebelles Houthis au Yémen.

Iran, d’autre part, un soutien des Houthis Iran, pour contrer l’influence Émirati et étendre sa présence dans la région de la Mer Rouge, fournissent des drones aux Forces Armées Soudanaises (SAF) menées par al-Burhan.

L’Arabie Saoudite, en compétition avec les Emirats pour l’hégémonie sur la Mer Rouge, agit comme médiateur entre les concurrents, mais en réalité entretient des relations proches avec le SAF, partiellement en gratitude pour le soutien reçu par des mercenaires soudanais contre les rebelles Houthis.

La Russie aussi est très active sur le terrain. En 2017, elle réussit à atteindre un accord pour la construction d’une base navale sur la côte soudanaise de la Mer Rouge, mais a rencontré plusieurs obstacles au cours des années et, au moment même que nous écrivons, nous apprenons de l’ambassadeur russe à Khartoum, Andrei Chernovol, que sa construction a été suspendue à cause de la détérioration de la sécurité interne au Soudan.

La Chine aussi est impliquée. Selon plusieurs sources, elle a investi $3 milliards dans des champs pétrolifères et des pipelines qui transportent du pétrole brut du nord du Soudan à Port Soudan, devenant un partenaire commercial majeur pour le Soudan.

Finalement, les Etats Unis, si bien qu’ils se déclarent neutres, cherchent à contrer l’influence croissante de la Russie, la Chine, et l’Iran dans la région.

En bref, c’est un réseau d’intérêts bourgeois dans lequel aucune des grandes puissances mondiales ne manque, à l’exception d’une Europe désormais sans pouvoir, sans aucune force économique ni militaire à faire valoir dans ce conflit.

Le 12 septembre, l’Egypte, l’Arabie Saoudite, les Emirats Arabes Unis, et les Etats-Unis ont annoncé un plan pour mettre fin au conflit, fournissant une trêve de trois mois suivie par un cessez-le-feu et un procès de transition politique.

Mais le 26 octobre, avec la conquête de la ville de El-Fasher, le RSF regagna le contrôle de la religion occidentale entière de Darfur, maintenant aussi contrôle sur de larges régions du sud du pays, tandis que l’armée soudanaise contrôle les régions nord, est, et centrales le long du Nil et de la Mer Rouge. Le RSF continua ses massacres, tuant des centaines de civils, démontrant encore une fois que les comptes se règlent par la force des armes et non par des inutiles bouts de papier sous forme de ‘feuilles de route’ improbables, et toujours au détriment du pauvre prolétariat.

Le 22 avril, le site du ISPI déclara: ‘La guerre au Soudan a généré une crise humanitaire qui s’est immédiatement montrée extrêmement sérieuse. D’une population excédant 45 millions avant le début de la guerre, 30 millions ont été identifiés par l’ONU comme étant en besoin d’aide humanitaire et près de 25 millions sont exposés à de hauts niveaux d’insécurité alimentaire, tandis que la famine a été confirmée dans certaines régions de Darfur et les Monts Nouba. 12,6 millions de personnes ont été déplacées par le conflit: parmi elles, 3,8 millions ont cherché refuge dans de pays voisins, principalement en Egypte (1,5 millions), au Soudan du Sud (1 million, majoritairement des soudanais du sud forcés à retourner au pays duquel ils avaient précédemment fui) et au Tchad (plus de 770,000).

Le 21 octobre, Avvenire a publié un appel utopique des missionnaires Comboni y travaillant: “L’Italie doit évacuer les civils de l’enfer de Darfur.” “Dans la ville de El Fasher, assiégée pendant 18 mois, 260,000 personnes risquent de mourir de faim. Les réserves de nourriture pour animaux distribuées à la population sont également épuisées. El Fasher est la capitale de l’enfer. Parmi eux, 130,000 sont des enfants (...) Un voile de silence est tombé sur un conflit civil ignoré par les médias et la communauté internationale, ce qui a causé la plus grosse crise humanitaire de la planète avec 14 millions personnes déplacées et réfugiées et 26 millions souffrant de la faim.”

Voici comment le capitalisme traite le prolétariat du monde: il l’exploite dans son travail ou le condamne à la mort!

La guerre odieuse pour la division des riches ressources souterraines du Soudan a causé des centaines de milliers de victimes et les pires atrocités au fil des ans. Nous avons écrit sur cela en 2019 dans l’issue 396 de notre journal. “Les milices progouvernementales Janjawid étaient engagées dans la lutte contre le séparatisme des populations animistes et chrétiennes de la région Darfur, soutenues par les Etats-Unis et l'Israël. Le terrorisme du RSF a été utilisé pour tenter d’arrêter un mouvement qui avait perturbé l’ancien équilibre politique du pays et avait déjà conduit à la destitution en avril dernier du président Omar al-Bashir, qui était lié aux Frères musulmans mais qui entretenait aussi de bonnes relations avec la Russie et la Chine”.

Le mode de production capitaliste n’a aujourd’hui rien à offrir au prolétariat et aux dépossédés du monde autre que la souffrance et la mort, dans une tentative de survivre à sa propre autodestruction. Le seul salut réside dans son annihilation par la révolution prolétaire